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Shangols -
1 days ago
John Gilbert enfile un sous-pull ridicule (que Lon Chaney a dû refuser de mettre) et
incarne... dans cet attirail le fameux magicien Cock Robin qui fait plus d'étincelles que le groupe du
même nom. Toujours l'ambiance de ces petits cirques de pacotilles avec femmes fatales en
exhibition (je vous conseille Spiderwoman), patron glauque (Le Grec (Lionel Barrymore), plus
dangereux qu'un sandwich du dit pays), magicien dragueur sur la brèche (John Gilbert) et
créature féminine "sublime" sortie d'un conte des Mille et Une Nuit (Salome
jouée par Andrée Adorée, grasse comme un loukoum - adoré, c'est bien
un participe passé, non?). Le Grec couve Salome qui fait les yeux doux à Cock Robin
qui drague tout ce qui bouge dont une bien innocente bergère. Histoires sentimentales qui
s'entremèlent et qui cachent de sombres histoires de pognon, le Grec lorgnant sur le
pactole du père de la bergère qui vient de vendre 3456 moutons, le John, lui,
tirant profit chaque soir de cette bien aimable bergère qui l'entretient. On ajoute
à cela une curieuse créature dangereuse, un varan du Komodo... qui vient de
Madagascar (super dangereux, tu m'étonnes, pour avoir fait tout ce chemin) et qui te saute
à la tronche horriblement, pour peu que l'accessoiriste l'ait bien lancé. On
apprécie cette ambiance de multiples petits regards en coin, de drames qui se nouent en
coulisse (Le Grec qui se déguise, pour, lors du clou du spectacle de magie,
véritablement couper la tête de Cock, diable), de petites rues mal
éclairées où personne n'est à l'abri d'un coup de feu...
La tension monte et puis tout d'un coup le film bifurque vers le drame sentimentale violoneux
avec le Cock qui, poursuivi de toute part, trouve refuge dans l'appart de Salome avec celle-ci...
Il est alors question d'un vieil homme aveugle (Oh peuchère) qui loge ici même et
qui attend son fils parti à l'armée; en fait celui-ci est en prison et Salome de
couvrir habilement la vérité, en faisant croire au vieux qu'un jour son fils
reviendra - elle écrit elle-même de fausses lettres... Forcément notre Cock
va peu à peu fondre pour la gonzesse et devenir doux comme un agneau grâce à
son influence ultra-positive, lui qui faisait tout de même super peur dans son sous pull
des années 70. Ce changement de direction dans la trame est un peu surprenant même
si cela permet à Browning de se focaliser sur ses deux stars et de faire des
économies de décor (signé du terriblement prolixe Cedric Gibbons, 1050 films
à son actif et quelques 11 Oscars (ne cherchez pas, il est dans tous les
génériques que je regarde actuellement de Garbo à Borzage - tiens, c'est
presque un chiasme, étonnant). Heureusement le varan enragé fait une nouvelle
apparition pour un final haletant... Enfin plus ou moins (l'accessoiriste s'en donne vraiment
à coeur joie pour lancer comme un malade le pauvre animal), le final étant un peu
convenu voire à l'eau de rose... Mais bon, les trois acteurs ne déméritent
point et l'atmosphère brumeuse de ce festival de cirque dans cette bonne ville de Budapest
est, au départ, relativement bien rendue. Un très honnête Browning.

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Shangols -
1 days and 6 hours ago
En 1937, Detlef Sierck ne s'appelait pas encore Douglas Sirk, et
ne l'était pas non plus. Pour tout dire, cette Habanera est
assez poussive et inintéressante, et le style du gars manquait encore clairement de
précision. On est là dans le mélodrame pur jus, teinté d'un
soupçon d'exotisme (ça se passe à Puerto-Rico), d'une larme de
comédie musicale (quelques romances tire-larmes) et d'un soupçon de drame
politique. Quand on dit ça, on imagine à peu près ce que ça peut
donner : eh bien, c'est exactement ça, et le film avance sans surprise, sur des rails
très pépères qui sentent l'artifice à plein nez. Est-ce la faute de
ce scénario de série rose, de cette actrice fadissime, du manque d'invention dans
les évènements, de l'aspect franchement surranné de la production ? Je ne
sais pas trop, tout prêt à mettre ça sur le dos d'un Douglas Sirk un peu flou
dans son discours, qui voudrait condamner la toute-puissance économique face au malheur,
exalter la vraie vie et l'amour pur face à la jalousie et au pouvoir, mais qui sert
finalement un p eu le contraire : un regard légèrement condescendant et colonisateur sur
un peuple (par ailleurs relégué au second plan comme un décor), une
déification du "Home sweet home" à travers une héroïne en mal de patrie
et une eshétique en plastoc.
On sent qu'il y a du potentiel, je ne dis pas, dans cette utilisation toujours très
raffinée des décors. Il y a notamment une jolie séquence de chanson
centrée autour d'une femme malheureuse, sur laquelle tous les regards convergent à
travers l'espace dans un très beau mouvement d'ensemble. Sirk utilise encore une fois
merveilleusement les cloisons ou les miroirs pour décupler les rapports entre les acteurs,
et fait preuve de beaucoup de sensibilité dans les déplacements de caméra
(les très légers recadrages de afce sur les personages pour venir capter la ch'tite
émotion furtive). Mais pour cette fois, le tout est plutôt fade, le film ne trouve
pas son ton, et on tombe très vite dans une mièvrerie assez poussive. On imagine ce
qu'un Buñuel, par exemple, aurait pu faire de cette histoire d'amour qui
s'étiole au sein d'une île gagnée par une fièvre mortelle, ce qu'il y
aurait mis de moiteur et d'érotisme ; Sirk peine à définir ses ambiances, et
cède vite à un exotisme de pacotille assez douteux. Renseignements pris, 1937
correspond pour lui à une période trouble, où il hésitait entre
rester en Allemagne et devenir un collaborateur des nazis, ou fuir ce régime qu'il
refusait : ça se sent un peu dans ce film qui tourne autour du pot, qui ne dit rien, qui
reste timoré et lisse. Quelques cadres glamour, un ou deux traits de comédie, et un
rythme chaloupé assez bien senti sauvent un peu la chose, mais on cherchera sans
succès l'incandescence de ses films plus tardifs. Pour lectrices de romans de plage.

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Shangols -
1 days and 16 hours ago
Mastroianni en pleine bourre dans cette comédie sicilienne adultérine.
Affligé d'un petit tique dès qu'il ressent le moindre problème - un petit
pschitt du coin de la bouche -, il passe le film à faire une tête d'enterrement en
priant pour que tout se goupille pour le mieux. Cheveux gominé ultra classe ou po
rasé avec les cheveux frisés en quenouille, notre Marcello à petite mine
reste craquant - quand il tente désespéremment de serrer et d'embrasser sa cousine
lors de l'enterrement du père de celle-ci ou lorsqu'il croise par hasard la femme qui
vient d'assassiner son propre mari... parti avec la femme du Marcello ("Ben et mon honneur,
moi...?!" dit-il l'air tout bêta). Belle ambiance sicilienne plombante, sympathique petit
air de comédie noire lorsque le Marcello imagine sa femme mourir de multiples
façons, mais également petite baisse de régime sur la fin lorsque Marcello
attend que sa femme fasse un faux pas pour la flinguer...
Marcello est fou amoureux de sa cousine - Stefania Sandrelli, 15 ans..., (nonnn?, ah ben si, j'ai
bien fait de me taire, moi) - mais se retrouve marié depuis 13 ans avec un
véritable pot à tabac: sa femme a plus de moustache que Christine Boutin (enfin,
vous voyez, c'est dans l'esprit bien sûr), des sourcils plus épais que ceux de
Bernard Pivot et un air aussi niais que la Carla quand elle applaudit son mari en essayant de ne
pas rater ses mains. Stefania, c'est la jeunesse, la passion, les limbes de la beauté
féminine... Une fois que cette dernière a embrassé tendrement le Marcello
dans leur petite courette - ils habitent dans la même demeure -, le Marcello ne va avoir de
cesse (en invitant chez lui, pour restaurer les fresques sur ses murs, un homme amoureux de sa
femme depuis toujours et en cachant un micro dans la pièce) de vouloir piéger sa
propre femme. Cocu de notoriété public, il attend patiemment son heure pour se
débarraser de sa femme...
Le plus fendard demeure les multiples réflexions de Mastroianni en voix off, personnage
qui imagine constamment la façon dont son procés va ensuite se dérouler.
Méticuleux dans la préparation de son propre cocufiage, le Marcello rumine en
silence son désir d'émancipation. Il est prêt à passer pour l'homme le
plus couillon du village pour voir son seul et unique rêve se réaliser. Famille
sicillienne hurlant, complot mafieux que l'on devine, lettres de délation ou d'insulte qui
affluent, l'ambiance est aussi lourde que le soleil qui tape sa race sur la place du village.
Lors d'une séance de La Dolce Vita devant une salle pleine à craquer et
muette d'admiration - clin d'oeil sympa au père Fellini -, Marcello décide de
retourner chez lui pour coincer sa femme et connaître peut-être enfin cette fameuse
douce vie promise, quitte à passer quelques années en prison... Sera-t-il pris
à son propre piège ou l'amore parviendra-t-elle à triompher? il n'est pas
forcément question de morale chez le Germi qui s'amuse de ce pantin d'homme
tiraillé par cet amour enfantin ou divin... Excellente prestation du Marcello en tout cas
dans un film qui péchouille un poil, au niveau du rythme, dans son second pan (Mais c'est
vraiment pour faire la fine bouche).

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Shangols -
1 days and 23 hours ago
Elle a le diable au corps cette perfide Clara Bow... Non,
en effet, Victor Fleming n'a pas fait que des films sur le vent en signant cette sympathique
aventure canadienne avec la petite bombasse de l'époque. Adaptée d'un roman de
Sinclair Lewis, cette oeuvre ne fait, cela dit, point dans la dentelle ni dans la
complexité au niveau du scénar: un gars de la brousse du Canada va en ville et se
dégotte rapidement une poule alors qu'un avocat de New York, qui en a ras la casquette
d'écouter les plaintes de femmes qui demandent le divorce, décide avec un ami
d'aller prendre l'air dans cette contrée sauvage. Forcément, la chtite Clara va
faire les yeux doux à notre avocat et va tenter de se faire la malle avec lui... A moins
qu'une meilleure opportunité se présente... C'est délicieusement misogyne -
le "délicieusement" est pour l'ami Gols qui me soupçonne de ne point toujours
être franc du collier à ce sujet (allons bon!) -, pardon, reprenons-nous, c'est tout
de même affreusement misogyne, à l'image de cette petite phrase qui tente de
caractériser l'avocat au début du film: "Ralph Prescott feels that even when a
woman gives a man the best years of her life, he gets the worst of it". Quant au personnage
de Clara, c'est clair comme de l'eau du Saint-Laurent: son but, c'est de draguer tout ce qui lui
tombe sous sa main; et même quand on pense qu'elle est guérie et qu'elle a enfin
trouvé l'homme de sa vie, elle continue la bougresse... Comme c'est pratiquement le seul
caractère féminin du film, on comprend que c'est po la face la plus intellectuelle
de la femme dont il est question ici. Mais elle demeure néanmoins le centre de
l'attention: entre deux panoramas sur des paysages de ouf (enfin, en noir et blanc, cela ne rend
guère justice) et des prises de vue sur un canoë en pleine action voire sur un
hydravion, il est clair que tout est fait pour se focaliser sur le regard de velours de la star
Clara. Aussi photogénique que Louise Brooks, elle tire la couverture de la péloche
à elle et se lance même dans deux trois numéros hystériques -
lorsqu'elle danse notamment - qui montrent que la gazelle était bourrée
d'énergie. Elle donne un peps évident au film pas déplaisant sur la longueur
(un peu plus d'une heure, une bagatelle, certes)... Je n'ai pas non plus sauté au plafond
- c'est bien plan-plan quand même sur le fond - mais suis prêt à
découvrir une ou deux autres petites réussites vintage de la Clara. C'est
déjà ça.

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Shangols -
2 days and 15 hours ago
Film au tempo relativement lent et aussi triste que le titre français le laisse
présumer mais, encore une fois, splendidement mis en scène par Kon Ichikawa. Chaque
séquence est magnifiquement découpée, chaque changement d'angle semble aller
de pair avec la phrase qui est échangé - s'attachant là à un visage,
ou ici à un geste ou encore à un simple mouvement des individus dans la
pièce - comme pour donner un maximum de poids, de sens, de profondeur à chaque mot.
Relativement lent disais-je mais parler de regrets éternels, de suicide, de mort (l'action
se situe, qui plus est, lors de la mort-même de l'Empereur et la fin de l'ère Meiji
(en 1912, ouais), la fin d'un monde en soi) ce n'est par forcément la fête du slip
à tous les étages. Film claustrophobique presque, en un sens, comme si l'on se
retrouvait dans la peau de Nobuchi, homme enfermé et taciturne s'il en est, un
héros qui semble attendre le moment propice pour mettre doucement fin à ses
supplices, comme si le passé l'avait rogné de l'intérieur.
Nobuchi est un être plus paisible qu'un nuage de vapeur sur un thé au jasmin qui
visite en solitaire la tombe de son ancien pote mort treize ans plus tôt. Sa femme le
soupçonne de lui cacher tout un pan de sa vie, une histoire (une femme, son
passé...?) et demande de l'aide à un jeune étudiant qui semble avoir
sympathisé avec le Nobuchi. Quel mal-être se cache derrière son comportement
de plus en plus larvaire? L'étudiant a fait la connaissance de Nobuchi alors que ce
dernier, parti pour se baigner, semblait être prêt à se laisser engloutir par
les flots - superbe séquence sous-marine muette au passage (les lèvres des deux
hommes remuant sans que l'on perçoive un quelconque son): l'étudiant va t-il sauver
Nobuchi de la noyade morale, en parvenant à faire remonter à la surface ce qui
plonge celui-ci dans le désespoir? Nobuchi se tâte, semble prêt à
vouloir s'ouvrir à ce nouvel ami, mais malheureusement l'étudiant est appelé
auprès de son père mourant.
Nobuchi, ne pouvant le faire de vive voix, va alors se livrer à une confession par
écrit pour décrire les tourments qui l'obsèdent: il avait auparavant fait
part, auprès de l'étudiant, du sentiment de trahison qu'il avait eu
vis-à-vis d'un oncle qui l'avait blousé au moment de son héritage familiale
- lui expliquant ainsi son peu de confiance par rapport aux hommes en général -;
cette fois-ci, on va revivre lors d'un long flash back la trahison dont il se sent lui-même
responsable. Son pote d'enfance jouera un rôle centrale lors de ce long flash-back: on sera
témoin de leur amitié, de leur complicité, mais aussi de leur
différence de point de vue quant à la façon de bien mener sa vie - son pote
semblant privilégier, pour sa part, son développement intellectuel et spirituel,
quitte à fermer les yeux sur son entourage, se cloisonnant comme un lingot dans un
coffre-fort suisse. Et puis, et puis, il y a une femme, la fille de leur propriétaire, qui
ne laisse point le timide Nobuchi indifférent... ni son pote.
C'est raconté grain par grain de riz et Ichikawa nous gratifie au passage de quelques
plans d'une sobre beauté - Nobuchi, petit point sur la plage, ce petit train qui s'enfonce
dans la campagne, le visage lumineux mais terriblement triste de la compagne de Nobuchi -
jusqu'à faire d'un gros plan métaphorique (le pied de Nobuchi qui s'enfonce dans la
boue lorsqu'il croise par hasard son pote avec la fille du proprio qui reviennent ensemble de la
ville) le tournant de son histoire. Ce premier pas dans la fange va conduire Nobuchi a prendre
une décision ultra lourde de conséquence... C'est certes pas le genre de film qui
vous fait marrer toutes les quinze secondes, c'est clair, mais il est de ceux par la "tristesse
zen" qu'ils dégagent qui font doucement leur chemin jusqu'à votre petit coeur. Le
propre des grands.

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Shangols -
3 days and 6 hours ago
Voilà encore une fois un film d'une classe absolue, qui prouve que Sirk est aussi bon dans
le noir et blanc que dans la couleur. Fini le mélodrame pur et dur, nous voici dans ce
mélange de sécheresse et de sentimentalisme propre à Faulkner, dont
The Tarnished Angels est une adaptation. Très bonne adaptation
d'ailleurs (de Pylône), puisque Sirk arrive magnifiquement à rendre
à l'écran les rouages complexes des personnages faulknériens, notamment
cette attirance vers la boue et l'abîme qui fait la marque des romans du sieur. Ici, c'est
un pilote d'avion (Robert Stack, photogénique), héros déifié de la
dernière guerre, qui joue sa vie dans des courses miteuses et s'enfonce avec masochisme
dans la manipulation amoureuse envers sa femme (extraordinaire Dorothy Malone, belle à
s'évanouir, et qui se déplace en glissant sur le sol, comme en apesanteur).
Elle-même prend un plaisir torve à sacrifier ses sentiments pour ce héros
malsain, tournant le dos à la bonté d'un journaliste qui fond pour elle (Rock
Hudson, impeccable de tenue, et qui a droit à un monologue final d'anthologie) ou à
son amoureux de l'ombre (le second couteau très touchant Jack Carson). On est dans les
sentiments contraires, dans la complexité de l'amour, et le film enregistre avec
précision et sensibilité ces méandres, trouvant sans arêt des
équivalences visuelles à ces tourments abstraits.
Une fois de plus, la mise en scène est magique : elle fait toucher du doigt les rapports
de personnages par la seule force de la construction des plans. Sirk s'amuse encore avec les
miroirs, ou avec ces lignes verticales qui coupent l'écran en deux, ou avec ces plans a
priori simples mais qui, dès que la caméra opère un travelling
arrière, deviennent très complexes, multipliant les rapports et les regards entre
les personages. Les mouvements de la caméra semblent épouser directement les gestes
des acteurs, de façon très millimétrée et en même temps
infiniment sensible, infiniment raffinée. Une femme qui se détourne de celui qui
l'aime pour échapper à son regard, et hop la caméra recule avec elle pour
cadrer l'homme qui esquisse un geste vers elle ; un enfant pleure la mort de son père, la
tête baissée, et hop un travelling glisse vers un vieil homme qui le regarde en gros
plan : c'est virtuose et c'est la preuve d'un intense amour de Sirk pour ses acteurs et pour
l'espace. La construction de chaque séquence est sur-puissante, sans en rajouter, comme si
c'était évident. Il y a notament la grande scène spectaculaire de la course
en avion, savant montage sophistiqué entre des plans d'ensemble sur la course, des gros
plans sur les pilotes, des inserts sur les spectateurs haletants et des plans de coupe divins sur
le fils du pilote qui imite son père dans un manège pour enfants. La tension est
palpable dans ces 5 minutes-là, grâce à ce sens parfait du tempo, de la
gestion de l'émotion, du spectaculaire.
Le reste du film est à cette hauteur, entre les scènes hyper-glamour entre Hudson
et Malone, filmées dans un noir et blanc d'une grande élégance, et les
moments de bravoure que constituent la lente réparation d'un avion tout cabossé, la
déchéance superbe de l'épouse meurtrie ou le final crépusculaire.
The Tarnished Angels appartient à ce cinéma disparu qui, à chaque
seconde, semble entrer dans quelque chose d'immortel, une magie incompréhensible. C'est
peut-être la fragilité de ce film, qu'on peut aussi appeler son côté
désuet, qui le rend si touchant : on sent que derrière cette histoire de
virilité mise en doute, il y a quelque chose de déjà à moitié
mort, et le charme du film tient beaucoup à cette mélancolie triste. Sirk est en
passe de devenir mon idole.

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Shangols -
4 days and 7 hours ago
Le titre français joue roublardement avec le chef-d'oeuvre
de Hooper, mais malheureusement ce massacre-là est loin de valoir l'autre, et on cherchera
en vain la dose de crasse insensée de son prédecesseur dans ce slasher
movie vintage. Non pas que The Funhouse soit honteux : on passe
même un moment délicieux devant cet exemple de film d'épouvante vieille
école, et on constate qu'avec l'arrivée des gros chèques, Hooper n'a rien
perdu de son impolitesse. Mais disons qu'on a affaire à un film purement commercial, qui
prend soin de pleire sans trop choquer, et qu'on est à 10000 bornes de l'ambiance malsaine
à laquelle nous a habitué le gars.
Ceci dit, on retrouve les thématiques chères
à son cinéma : retour au sein d'une famille de freaks, constituée en plus
grande partie par des violeurs cradingues et viandards, des monstres baveux ou des femmes
tordues. Bizarre de constater combien Hooper est fasciné par ces ersatz de familles
modèles, sortes de clones déviants de l'american way of life parfaite. La famille
normale, celle de l'héroïne, n'est déjà pas très saine (une
mère légèrement violente, un père absent), mais Hooper s'attarde
très peu sur elle ; il préfère s'attarder sur ces monstres de foire en mal
d'affection et de sexe, qui compensent leur solitude par le meurtre, de préférence
sanguinolent. On reconnaît assez bien la famille de Leather Face dans ce fiston affreux,
qui vanace de surcroît masqué comme son grand frère. Bonne idée
d'ailleurs d'avoir dissimulé le visage monstrueux sous un
masque de la créature de Frankenstein : une monstre qui cache un monstre, on est pas loin
de la mise en abîme. D'ailleurs, the Funhouse joue aimablement, dans sa première
partei en tout cas, sur les références directes : Boris Karloff, Psycho ou
Halloween sont cités textuellement, pour mieux reconnaître modestement
l'appartenance à un genre, ou peut-être pour tenter d'en prolonger les recettes.
Hooper fait monter doucement son ambiance malsaine à grands renforts de bruits bizarres,
de personnages louches (ma préférence à la mémé
prophétique) ou d'étrangeté troublante (dans tous les manèges de la
foire, le bateleur est le même, avec de légères variations, et met son point
d'honneur à planter son regard dans celui de notre pauvre héroïne). Quand enfin il plonge
ses jeunes gens dans l'horreur, on est prêts. mais là, il pèche un peu :
beaucoup trop de hors-champ ou d'ombres qui cachent l'action, et qui ne parviennent pas à
créer le trouble. On dirait que Hooper est subitement habité par des pudeurs de
jeune fille, ou qu'il croit que son public-cible (les ados) va s'anouir à la vue du sang.
C'est bien dommage, mais ça manque de gore, tout simplement, en tout cas d'audace, de
frontalité. Les méchants sont pas mal, notamment le fils monstrueux aux gestes
hystériques, mais les gentils sont trop lisses pour qu'on ait vraiment peur avec eux : on
attend tranquillement qu'ils se fassent massacrer dans l'ordre décroissant du
générique de début, sans vraiment trembler. Pourtant, les ambiances sont
bien plantées (le décor idéal d'un train fantôme), et Hooper a
souvent de bonnes idées pour faire mourir ses acteurs. Il utilise surtout la machinerie du
manège pour illustrer l'inéluctabilité de la mort, lors de deux
scènes très joliment rythmées : l'une où la victime, coincée
dans un wagon, s'approche vers son bourreau très lentement ; l'autre où le
personnage est happé par les engrenages hyper-lents de la machine. C'est parfait. A part
ces deux scènes, c'est de l'honnête boulot de série B, un peu frileux mais
professionnel.

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Shangols -
5 days and 6 hours ago
L'auteur de Génération X fait un tour dans
la religion et les moeurs de son pays. On pourrait de fait s'attendre à un brûlot
pop, à un essai cynique et violent sur le monde moderne. On est déçu :
Hey, Nostradamus ! fait l'effet d'un coup d'épée dans
l'eau, sûrement parce que Coupland veut pour cette fois faire figure d'écrivain,
alors qu'il était bien mieux en artiste conceptuel.
On suit les pensées intimes de quatre personnages liés entre eux. D'abord une
lycéenne tuée dans un massacre; ensuite son jeune mari perdu; puis la nouvelle
épouse de celui-ci; et enfin, son père, seul personnage vraiment intéressant
du quatuor, un catho intégriste se débattant avec les affres de sa foi vacillante
et excessive. Le fil conducteur étant cette fameuse tuerie originelle dans le
lycée, qui déclenche une vague de dépressions, reniements paternels,
violences parallèles et autres ego en déroute. Bon. Le principe, déjà
vu, peut quand même apporter quelque chose. Mais on dirait que Coupland ne trouve pas
vraiment son sujet, qu'il erre à l'entrée d'un roman qu'il ne touche jamais.
Même si, par endroits, le livre est intéressant (dans la description précise
des réflexions des personnages), l'auteur ne cesse de surajouter des intrigues à
l'intrigue principal, pour mieux nous montrer la violnec intrinsèque de l'Amérique
et la perdition irréversible de ses héros. Un règlement de comptes qui fait
long feu, un chantage sans intérêt, la mort d'un frère qui ne mène
à rien, des tas de petites anecdotes censées étoffer le récit
premier, comme si Coupland ne faisait pas confiance à la puissance de celui-ci. Du coup,
c'est très décousu, mal tenu, peu passionnant. On comprend vite que chaque piste
explorée mène à une impasse, et l'écriture pourtant assez dynamique
du bougre ne suffit pas à faire oublier l'effilochement de l'intrigue. Un roman pas
déplaisant, mais pas à la hauteur de son ambition, très vite oublié.

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Shangols -
5 days and 11 hours ago
3 nouvelles livraisons straubiennes dans ma
vidéothèque, qui commencent avec le tube du couple infernal : Chronique
d'Anna Magdalena Bach. Soit une vie de Bach racontée par sa femme, faite de
petits évènements factuels (les engagements de son mari dans différentes
chapelles de Leipzig, ses soucis avec ses supérieurs, les 32 enfants qu'il perd en bas
âge, etc.), mais surtout faite de musique. Et de ce côté-là, on peut
dire que les Straub sont au maximum respect : entre les documents d'époque, manuscrits,
partitions, ils insèrent de très longues plages musicales, filmées "live"
par des musiciens en perruque dans des cadres serrés et en plans-séquence.
D'où l'agréable sensation que la musique de Bach est le sujet principal du film :
pour une fois, elle n'illustre pas les images, mais bien plutôt le contraire : elle est la
texture-même du film. On regarde la musique se faire, au plus près dans les moments
de solo à l'orgue (plans sur les mains, cadres simples sur l'exécutant), plus
largemen t dans les morceaux de concert (beaux plans qui encadrent un groupe d'hommes, avec des
légers zooms à l'intérieur pour venir souligner un thème). Les Straub
ne démordent qu'à de rares exceptions de ce dispositif très simple. C'est
rigolo comme un dimanche de novembre, mais le fait est que c'est sûrement la seule bonne
façon de rendre compte de cette vie uniquement dévouée à la musique.
Quand le film sort un peu de cette austérité, c'est d'autant plus impressionnant.
On est habitué maintenant à ces rares et brusques changements de ton dans les films
de Straub et Huillet : ils inventent un dispositif fermé qu'ils utilisent pendant une
grande partie du film, et subitement le cassent pour rompre l'ensemble. Ici, ce sont par exemple
deux plans sur l'extérieur qui arrivent comme des cheveux sur la soupe : sur la mer pour
amener des bribes de fiction dans le "documentaire", ou sur le ciel pour faire écouter un
morceau particulièrement puissant de Bach. De même, l'arrivée de
scènes jouées à l'intérieur du procédé "à plat"
est assez bluffant : les compères se croient tout à coup dans "Au théâtre ce soir" et se permettent même, mais
oui, un ou deux plans de coupe... Il y a aussi un cadre particulièrement anachronique,
où Bach dirige un orchestre situé hors-champ, alors que derrière lui brille
un flambeau très artificiel, le tout devant une diapositive montrant une façade de
palais. Si les Straub s'amusent avec les transparences, maintenant, où va-t-on ? En tout
cas, c'est un des films les plus accessibles du couple, et pour peu qu'on aime la musique de Bach
(ce qui n'est pas vraiment mon cas, d'où ma gène) on doit passer un bon moment.
Qu'on peut aussi passer en écossant des haricots, je ne dis pas, mais enfin...

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Shangols -
5 days and 18 hours ago
Il m'a fallu attendre 38 ans pour trouver un réalisateur américain capable de
rivaliser avec Hitchcock au niveau de la mise en scène. Je sais bien que je m'emballe,
mais quand on tombe sur une fulgurance formelle comme Imitation of
Life, on peut bien envoyer paître toute réserve : on a droit ici au
film du siècle, et puis c'est tout.
Pas pour rien que je le compare à Hitch : comme dans les plus grands films de Bouddha,
Imitation of Life parvient à déclencher l'amotion par la rigueur
quasi-mathématique de la mise en scène. C'est inouï de constater
l'espèce de maîtrise parfaitement distancée dont use Sirk pour mettre en
place son dispositif et la profondeur des émotions qu'elle déclenche pourtant. Sirk
possède un sens de la réalisation absolument total, sachant parfaitement où
placer sa caméra et ses acteurs pour déclencher le sentiment, disposant avec un
sens de l'espace extraordinaire les objets, les couleurs, les mouvements de caméra, avec
un contrôle et un génie permanents. La profondeur du scénario, que n'aurait
pas renié Tchekhov ou Strindberg, n'est jamais perdue dans la sophistication de la
réalisation, l'une étant au service de l'autre, appuyant l'autre avec une parfaite
homogénéité.
Il est question ici de gens qui pasent à côté de leurs vies, de leurs
sentiments, dans une "imitation de la vie" qui trompe quelques temps mais aboutit
forcément au malheur : une actrice qui oublie d'être mère et renonce à
la pureté de sa jeunesse, une fille née black et qui refuse la
vérité, des couples qui se côtoient sans se rendre compte de la beauté
de leurs sentiments,... Le film est totalement desespéré, fermé par tous ses
bouts, très proche de la tragédie ; mais une tragédie ouatée,
plongée dans la délicatesse soyeuse des décors bourgeois, des robes à
frous-frous et des jeunes filles en fleurs. Tout ça déborde de sentiments,
jusqu'à dépasser complètement le film, et tout comme les personnages
semblent être les fantômes de leurs propres personnages, les clones imparfaits de ce
qu'ils sont vraiment, le film a l'air d'être une pâle copie de ce que son fond
raconte ; comme si Sirk filmait l'apparence de son film plutôt que le film lui-même
(difficile à expliquer, mais en tout cas l'audace est totale). On découvre
l'apparence des choses, fleurie et glamour, mais on entrevoit sans cesse le "sous-texte", ces
êtres solitaires et malheureux qui se cognent les uns aux autres dans le mensonge et le
déguisement. La grande "politesse" de Sirk est de ne pas nous imposer les émotions
: il les induit, en filmant la surface plus que le coeur de son sujet. C'est merveilleux de se
sentir entraîné dans ce style hyper-sophistiqué, et de toucher grâce
à lui à l'essence de la vie.
On voudrait citer toutes les scènes, tant on hurle au génie devant chacune d'elles.
Ce sont des scènes de dialogues à 90%, genre ardu et austère s'il en est.
Mais c'est justement là-dedans que Sirk est le meilleur. le film est une symphonie de
regards qui s'évitent, tendant des lignes géométriques, la plupart du temps
asymétriques. Jamais (ou presque) les yeux ne se croisent, dans ce film où il est
pourtantsans arrêt question de confrontations, de déclarations d'amour. Grâce
à une complexe installation, faite de miroirs, de pans de cloisons ouverts, de grilles qui
cachent les regards, de barres qui coupent l'écran en deux et séparent les
êtres, de fenêtres, d'objets placés en amorce et qui occultent une partie du
plan, Sirk invente une grammaire du champ/contre-champ complètement inédite.
Même dans les simples dialogues entre deux personnages, il brouille la logique des axes,
place ses acteurs dos à dos, ou profil à profil : dans leur volonté
d'échapper à la vérité des choses, les personnages évitent le
face-à-face, terrorisés par ce qu'ils pourraient y trouver. Scène
monumentale, notamment, lors du premier baiser entre Lana Turner et John Gavin : les corps
s'évitent, sont sans arrêt séparés par des interventions
extérieures, roulent sur les murs, se rejoignent et s'éloignent, très
longuement, et on a l'impression d'une danse sensuelle qui ne se terminerait jamais. Encore une
fois, Hitch a dû jubiler en voyant une aussi belle prolongation à ses fameuses
scènes de baiser (Notorious).
Sirk suit toujours ce procédé, plaçant ses acteurs dans l'espace puis
organisant avec les corps et la caméra un ballet sentimental poignant où tous
tentent de glisser entre les doigts de ceux qui les aiment. Ca donne quelques moments
bouleversants : une fille au sang noir qui se regarde dans un miroir en hurlant "I'm white !
white!" alors qu'au fond du miroir, sa mère black l'observe ; un regard qui se lève
vers celui de l'autre alors que la parole n'arrive plus à sortir ("mama" articulé
sur les lèvres de Sarah-Jane, et le son ne vient pas) ; des dizaines de plans où un
personnage en observe un autre en arrière-plan, alors que le sujet principal imite la
vie... L'élégance sublime des cadres (des contre-plongées incroyables, des
panoramiques d'une souplesse à tomber à genoux) n'est qu'un leurre de plus pour
séparer ces êtres les uns des autres. Quand des bribes d'honnêteté et
de sentiments avoués émergent enfin, c'est toujours trop tard : après la
mort de celle qu'on aime, ou après la séparation. C'est cette mise en scène
qui déclenche le sentiment ; on est certes dans le mélodrame le plus classique,
mais c'est moins les situations qui font pleurer que le dispositif mathématique,
l'organisation visuelle de l'espace en temps que bourreau, dirais-je. Je n'ai pu regarder la
dernière demi-heure qu'à travers un rideau de larmes, je suis finalement un grand
sentimental ; mais je défie quiconque de rester froid face à ce chef-d'oeuvre
intersidéral qui prend dès aujourd'hui une place de choix dans mon panthéon
personnel.

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Shangols -
6 days and 18 hours ago
Totalement sous le charme de ce petit film d'horreur à
l'ancienne : Kuro semble déjà à cette époque avoir tout compris des
recettes du genre, et les applique avec passion tout en se construisant discrètement le
style personnel qui éclatera quelques années plus tard. Autant son
précédent Sweet Home était tout bancal, autant The
Guard from the Underground est d'une très grande classe.
Complètement sous influence de Tobe Hooper, dont il recopie presque textuellement des
séquences entières de Massacre à la Tronçonneuse, Kurosawa
invente un personnage opaque, mutique, qui massacre tout le monde sans réelle motivation.
Tout comme Leatherface, il tue presque professionnellement, sans affect, mais avec la même
brutalité que son modèle américain. C'est la sécheresse des scènes de meurtres qui bluffe d'abord : le tueur
démembre tranquillement ses victimes, en quelques gestes précis, sans expression
sur le visage. Si Kuro s'attarde moins sur le gore que Hooper, il joue parfaitement de l'horreur
de ces scènes par une précision parfaite des cadres, et par une utilisation des
sons impeccable : après de longues plages de silence où il semble qu'il ait
effacé les bruitages, il monte subitement un seul son très fort (le bruit des pas
de l'héroïne qui s'enfuit, ou, plus impressionnant, le claquement sourd d'une barre
de fer qui brise une tête). Très efficace, cet effet, qui n'a pas besoin de
s'adjoindre des flots de sang pour rester en tête.
Kurosawa joue également avec une grande force sur la puissance de ses cadres, utilisant
son décor dans toutes ses possibilités : lignes de fuite des couloirs (on ne sait
jamais d'où le danger va surgir), utilisation des plans totalement vides pour faire monter
la tension, très belle utilisation des arrière-plans, et montage impeccable de tous
ces cadres sophistiqués. Le film est rythmé au millimètre, da ns toutes les scènes de suspense en tout cas : les effets restent
classiques (qui est derrière la porte ?), la mise en scène reste dans la veine du
genre (ces cadres sur des portes, cette alternance entre les gros plans sur l'héroïne
qui regarde l'horreur et ceux sur l'horreur elle-même) ; mais l'immobilité de la
caméra, la longueur des plans et la rigueur du dispositif amène un
côté implacable aux aventures de cette jeune femme : il y a, comme chez Carpenter,
une sorte d'inéluctabilité de la mort, qui est induite par la simple lenteur des
actes du tueur et par la simplicité frontale des plans. Dommage que Kurosawa ait encore un
peu de mal dans la maniement de la musique : elle est très bien, mais il la balance
souvent un peu trop tôt sur les scènes de violence, et désamorce quelques
effets. Dommage aussi que les acteurs ne soient pas à la hauteur de cette grande mise en
scène : dans les moments calmes, on s'ennuie un peu, d'autant que Kuro a toujours une
tendance très japonisante à la déviance des personnages pour meubler son
scénar (le patron de l'entreprise légèrement obsédé sexuel),
ce qui ne rajoute rien à l'histoire.
Et puis il y a déjà ces accès de
personnalité qui feront la marque de ses grands films de genre : une fascination pour les
recoins, pour les murs nus, d'où semblent s'extraire les personnages, fantômatiques
et immobiles ; la volonté d'échapper au regard direct du spectateur, avec
l'utilisation de bâches transparentes ou de cloisons qui cachent le détail principal
; ces longs plans fixes sur des visages fermés ; ces héros sans gloire, presque
antipathiques alors que les tueurs sont chargés d'une sensibilité presque
romantique (ici, un homme pieds et poings liés à son rôle de destructeur,
presque malgré lui). Tout Kuro est déjà dans The Guard from the
Underground, le grand styliste et l'inventeur d'histoire : ce film n'a pas à rougir,
dans ses scènes de genre en tout cas, face à Kairo.

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Shangols -
7 days and 16 hours ago
Voilà un film qui ne mange pas de morue, ma foi. Il est de bon ton apparemment de
s'extasier sur tous les films du bonhomme, mais je ne le ferai point. Ce Porto de mon
Enfance est bien sympathique - le souvenir d'un cinéaste sur sa ville
natale, on pourrait presque faire un cycle - mais n'a absolument rien de transcendantal. A partir
de photos - celles notamment de sa maison d'enfance en ruines (forcément, comme les
souvenirs sont aussi, par définitions, pleins de trous, cela fait une belle "image"), de
petites comptines ou berceuses nostalgiques, de poèmes de ses proches, d'images d'archive (le type qui s'attaque à l'église
à main nue et parvient à son sommet en un tour de main, joli), d'évocation
de lieux mythiques pour le Manoel (confiserie, bar...) qui ont forcément disparu et son
devenus bien souvent des magasins de vêtements (il a du bol d'avoir habité à
Porto, cela dit, où la plupart des façades ont été conservées
- à Shanghai, il y aurait un petit building de 50 étages à la place d'une
baraque en toile...) ainsi que quelques scènes de reconstitution (son souvenir d'une
pièce de théâtre dans laquelle il joue lui-même le rôle d'un
voleur qui s'immisce dans l'intimité d'une femme - il y a sûrement une
métaphore à faire avec son taff de cinéaste mais j'ai une petite forme -,
ses déambulations en ville avec ses potes, tous artistes par la suite, apparemment). C'est
vraiment léger comme une petite bulle de savon pleine de saudade, la voix off du Manoel
prenant tout son temps pour nous raconter certaines anecdotes. Beau travail
cinématographique de réminiscence, pas de quoi non plus donner, automatiquement,
l'envie de manger un kilo de morues dans la foulée, hein, restons pesé.

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Shangols -
7 days and 18 hours ago
Dernier film de ce coffret Wellman (Forbidden Hollywood vol. 3) et sûrement le
moins intéressant des six. Le type du casting qui a décidé de faire endosser
un rôle de paysan à George Brent et à Barbara Stanwyck aurait
été capable de filer un rôle de black à Michael Jackson (R.I.P.).
Barbara Stanwyck en glaneuse! Ah la poilade, on se croirait presque parfois dans un film de
Dovzhenkho tant celle-ci tente du mettre du coeur à l'ouvrage sous l'oeil attentif de la
caméra... Hein? Oui, j'exagère bien sûr. Notre pauvre Barbara, chanteuse de
son état, décide donc de se faire la malle - elle veut couper les ponts avec son
passé grosso modo - et de partir en pleine cambrousse pour se marier avec un gars
solitaire rencontré sur photo. Vous imaginez Whitney Houston débarquait dans la
bonne ville de Cosne d'Allier et vous avez le tableau. Le type est forcément tout
excité, la nuit de noces arrive, il saute sur la gâte en déshabillé
(oui, on voit cette jeune Barbara deux fois en tenue légère... Le seul
intérêt du film? Mouais... Sachant tout de même qu'à côté,
la Redoute est un magazine porno) et se mange une claque énorme. Il est vexé.
Pendant une heure Barbara va s'excuser - "T'es arrivé dans mon dos, ça m'a surpris,
allez..." - et à la fin - ça dure une heure, heureusement - tout s'arrange aussi
bien que dans un épisode de La petite Maison dans la Prairie - le faux paysan et
la fausse paysanne peuvent enfin retourner dans leur maison respective et quitter ce plateau
champêtre. Ah oui c'est pataud comme histoire et il ne se passe vraiment rien
d'intéressant pour tenter de faire rebondir ce pauvre pitch. La petite chanson langoureuse
de Stanwyck au tout début du film est peut-être encore le seul truc qui fonctionne
vraiment...

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Shangols -
7 days and 22 hours ago
La Rue sans Joie est le genre de rue Gamma du pauvre avec le boucher,
la conscience tout tâchée, qui après avoir fait patienter les bonnes gens du
peuple en quête d'un steak pendant six heures, n'en laisse rentrer que quelques uns avant
de fermer boutique: ensuite, ce sont les femmes de petites vertus qui frappent au carreau et qui,
après un passage dans la chambre froide à tâter la charcutaille du boucher,
peuvent repartir avec un autre morceau de bidoche, sans moustache celle-ci. Une rue Melchior sans
roi mage, à Vienne, en 1921, qui respire la misère alors que pas si loin, au
Carlton ça danse la tektonik en cravate et queue de pie et ça fume des cigares
ça comme. Le point de rencontre de ces deux mondes, le véritable centre
névralgique de la ville, c'est la boutique de la mère Greifer, qui n'hésite
point à organiser des défilés de mode pour initiés, mais surtout
à ouvrir des arrière-salles où il s'en passe de belles: les jeunes femmes
pauvres se prostituent auprès de vieux gros barbichus... On a beau dire, la vie est bien
faite, chacun pouvant finalement y trouver son compte. (Je vais me faire tacler par les Chiennes
de Garde, mais j'assume, j'aime de toute façon beaucoup les bêtes).
Véritable film choral avant l'heure, Pabst nous fait connaître toute une foule de
personnage: Grete (Greta Garbo - ah ben oui, j'ai dit que je me faisais tout son cinoche muet, je
m'y tiens, attendez...) - qui joue un peu comme une quiche dès qu'elle tente d'être
expressive et qui n'a pas encore dû trouver le bon mascara pour ses paupières qui
pèsent huit tonnes, mais bon, elle débute la pauvrette - est la fille d'un
fonctionnaire sans le sou (il a troqué son boulot contre deux ans de salaire pour acheter
des actions qui lui ont autant rapporté que mes 4As de la Caisse d'Epargne en 10 ans);
celle-ci est prête à tout pour acheter de la viande pour sa chtite soeur: elle va
donc pour se prostituer mais elle tire tellement la gueule que généralement les
clients restent froid; on trouve également certains hommes d'affaires qui se
réunissent pour projeter de répandre des rumeurs sur une grêve dans le
charbon, faire baisser les actions, acheter au plus bas puis revendre au prix fort, une fois la
rumeur dissipée: un certain Egon, secrétaire de l'un de ses messieurs et dragueur
né, amène la femme de l'un d'eux dans ce fameux endroit de perdition tenu par la
mère Greifer, pour, pense-t-on, la délester de quelques billets - ou juste pour un
ptit coup pour la route, après tout; pas de bol pour lui, la gonzesse est retrouvée
morte, étranglée, et forcément les soupçons retombent sur lui...; il
est question aussi d'un officier de la Croix-Rouge qui vient loger chez la Grete et la regarde
comme une statue grecque, du fameux boucher dont l'esprit salace dégouline par tous les
pores, d'autres filles de joie - celle qui tente de se tirer de chez ses parents et aime Egon ou
encore celle qui essaie de survivre avec un mari et un gamin... On passe d'un monde à
l'autre sans transition et l'on sent assez bien l'insouciance des uns face au marasme des autres.
Certes, découpé en 9 actes (ah oui, 2h30 tout de même), le film semble
parfois un peu s'éparpiller dans tous les sens - quel est le fil conducteur, se dit-on
parfois, Grete, l'enquête sur le meurtre?... - jusqu'à la montée finale de la
violence du petit peuple qui se révolte en lançant des cailloux là où
les riches bambochent ou en tentant de s'immiscer chez le boucher qui cache sa bidoche...
Même si la dernière image porte en elle un soupçon d'optimisme - un gamin
sauvé des flammes: un signe d'espoir?... Ou juste un happy end un peu putassier par
rapport au ton général du film, comme la Grete sauvée in extremis par son
type de la Croix-Rouge? - le film nous emmène dans tous les recoins de la pauvreté
qui jure forcément avec la grosse rigolade des nantis. Quelques subreptices ralentis assez
jolis (ou c'est la bande qui coince, p't'être pas quand même?) - surtout quand on
chez les riches, comme s'ils vivaient décalés de la réalité (ou juste
pour le plaisir d'un ralenti, ce qui est bien aussi) -, quelques beaux plans volés sur des
jambes gainées de femmes mais pas de quoi non plus, faut avouer, totalement s'extasier sur
la longueur. On sent bien, en tout cas, qu'à l'époque de l'après-guerre,
c'était pas la fête du slip pour tous dans cette partie du monde...

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Shangols -
8 days and 6 hours ago
Voilà ce qu'on appelle un film inexistant : ni bon
ni mauvais, ni réalisé ni bâclé, c'est juste un moment de vide qui
traversa un jour votre vie et en disparut aussitôt sans laisser de trace. Fini avant
d'avoir commencé, n'en finissant pas de commencer, il raconte une historiette sans aucun
intérêt, ni méchante, ni gentille, une tranche de vie inconséquente
traitée avec la tendresse qui se doit et dans la mise en scène qu'on attend. Un
gars est forcé d'héberger pendant quelques jours quatre vieilles dames, gentilles
mamies un peu capricieuses mais pas trop qui l'embêtent mais pas trop. Di Gregorio commence
20 intrigues (vont-elles s'étriper ? se découvrir une soif de liberté qui
les poussera à la fugue ? lui rendre la vie impossible jusqu'à l'assassinat ?
squatter son intérieur ?), et n'en suit aucune, préférant filmer des
dialogues inconséquents mais si naturels entre les mémés. Ce qui fait que
quand le générique arrive, on a comme l'impression qu'on en est qu'au
hors-d'oeuvre, pour filer la métaphore du déjeuner. Di Gregori est le
scénariste de Gomorra, on s'attendait à du lourd ; mais, sûrement trop
amusé par ces actrices amatrices et taquines, il a préféré abandonner
toute ambition narrative pour les suivre dans leurs petites humeurs ; or, elles ne sont pas assez
intéressantes pour faire un film, et comme actrices et comme personnages.
On soupçonne Di Gregori d'avoir tenté de nous faire une chronique sociale
désabusée, avec ces portraits d'êtres délaissés au milieu d'un
immeuble vide (le fantôme de Scola et sa Journée Particulière
rôde dans les coins (mais pleure sa mère)), avec cette petite musique
mélancolique et douce-amère, avec ces échappées dans une Rome
vidée de toute vie, avec ce célibataire vieillissant et ces mères sans
enfants. Mais il aurait fallu un autre coup de plume pour parvenir ne serait-ce qu'au petit doigt
de pied de ses modèles. Le Déjeuner du 15 août a
des arrière-goûts de simple apéritif aux pistaches périmées...

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Shangols -
8 days and 16 hours ago
Savourant l'effort de l'ami Gols à revoir certaines oeuvres de l'ami Marcel avec un
intérêt relativement mou, je décidai de mettre la main à la pâte
en me repenchant sur Thérèse Raquin (cela s'appelle faire
preuve de solidarité). Le constat est amer, le film ayant la même dynamique qu'une
chaise empaillée remisée dans un sous-sol. De la mise en scène plate comme
un dessus de lit chez grand-mère (il doit y avoir des croix au sol pour que les acteurs
restent planter et permettent sans trop se prendre la tête les champs/contrechamps; deux
options: le plan en pied enchainé malicieusement avec un plan américain ou bien le
plan américain enchaîné avec espèglierie avec un gros plan - sorti de
là, il n'y a guère de variations à tel point que quand la caméra se
met soudainement à tenter une manoeuvre sur 28 cm, on tremble) au jeu des acteurs
terriblement figé (Raf Vallone bâti comme un canapé en cuir de vachette mais
aussi expressif que celle-ci, Jacques Duby en petit mecton maître-chanteur aussi
charismatique qu'un parasol en terrasse de café, quant à la pauvre Simone Signoret
- que j'aime beaucoup, sinon - à laquelle on demande simplement de tirer une tronche de
deux pieds de long, elle le tient super bien sur les 100 minutes), dur de ne pas avoir la
terrible impression d'assister à une oeuvre cinématographique d'un autre
siècle - en voyant ce film (réalisé six ans avant A Bout de Souffle
et non soixante), on peut comprendre à quel point les cinéastes de la Nouvelle
Vague avait des fourmis dans les jambes... Seule véritable satisfaction le superbe noir et
blanc joliment contrasté signé Roger Hubert qui fait la part belle à ces
noirs profonds comme de l'encre d'un poulpe en colère.
Récit d'un adultère qui tourne au vinaigre mais qui manque justement diablement de
passion. La Thérèse vit donc avec ce triste Camille fragile comme un roseau et
couvé comme un oeuf dur par sa mère. La Thérèse croise le regard du
canapé Laurent (Ah, Raf, tes pectoraux saillants) et les deux d'être comme des
statues de sel - Carné filme super bien ces statues de sel, on sent bien d'ailleurs son
attirance pour tout ce qui reste fixe. Les scènes de baisers bénéficient du
même traitement: on se regarde - on a pas grand-chose à se dire apparemment - et hop
c'est le baiser de cinéma en attendant patiemment le fondu qui, heureusement, ne
tarde point à venir. Un voyage en train, on pense subrepticement à
La Bête Humaine mais on ne fait justement qu'y penser. Raf, sur un coup de grisou,
de balancer comme un sac de patates le Camille hors du train et c'est le drame... Cela dit, on ne
s'attendait pas vraiment à ce que le Raf réfléchisse vu la finesse
psychologique dont il avait fait preuve jusqu'ici (Il a tout de même l'art, j'avoue, de se
cacher derrière une porte ultra incognito: si je penche la tête vers la porte, elle
pourra po me voir, malin!). Nos deux amants n'osent plus rien faire - cool, cela évite une
autre scène d'action - et attendent patiemment leur heure et la fin du film avec nous. Un
petit-maître chanteur, donc, pour la route, histoire de relancer ce couple à nouveau
uni dans l'adversité avant que le destin s'acharne - une seconde scène d'action,
bravo! (Raf Vallone portant secours à un blessé, une séquence à
montrer dans toutes les écoles... de secouristes, pour illustrer ce qu'il ne faut pas
faire - comme quoi, il y a toujours quelque chose à garder dans un film). Bref, le Marcel
me laisse, avec ce film, terriblement dubitatif alors que je reste persuadé que, moi
aussi, dans le temps, il m'a parfois fait rêver. Sûrement po avec
Thérèse, cela dit...

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Shangols -
9 days and 9 hours ago
Excellente comédie sur "l'âge bête", qui
sait capturer à merveille les nazeries et grandeurs de nos jeunes glandus, Les
Beaux Gosses est franchement hilarant, ce qui est assez rare dans le cinéma
français pour le remarquer. Sattouf a fait ses armes dans des BD taquines vraiment
impeccables (lire le très bon Retour au Collège), et il met la barre aussi
haut avec ce premier film. On est à peu près à 10000 lieues de La
Boum, avec pourtant les mêmes ingrédients : un groupe d'ados, leurs histoires
d'amour mignonnes, leurs rapports avec les parents, leurs profs barjots... Seulement Sattouf est
un vrai satiriste, qui certes adore ces mômes tout de traviole, mais ne leur pardonne rien
non plus : ses deux héros sont tartignoles, lourds, moches et assez crétins, leurs
parents sont immatures et dépressifs, leurs profs apeurés ou mégalos. Tout
est boutons d'acnée filmés au plus près, appareils dentaires immondes,
dialogues avec cinq mots de vocabulaire et vannes basses du front.
Quiconque a été ado ne peut que jubiler devant ces corps mal à l'aise qui
tentent de se donner une constance, devant ces interrogations basiques (comment rouler des pelles
? C'est comment "à l'intérieur" ? Est-ce qu'il y a vraiment contrôle de SVT
ce matin ?), devant ces postures face au grand mystère de l'amour. Par petites vignettes
absolument toutes tordantes, Sattouf délivre un portrait caustique du monde de la jeunesse
d'aujourd'hui (et d'hier et de demain), et on constate que cette accumulation d'anecdotes finit
par toucher à une réalité presque objective : le trait est vraiment à
peine forcé, et les personnages sont tellement crédibles que même leurs
excès sont impeccablement observés. Gloire aux acteurs, tous parfaits, avec une
mention à Noémie Lvovsky qui joue avec une finesse extraordinaire la mère complice
du héros : elle est insupportable d'impudeur et de lourdeur ("qu'est-ce tu fais ? tu
t'masturbes ? hihihi !"), et apporte un contrepoint très bienvenu à la nonchalance
fatiguée de son fils. Ces deux-là forment un couple d'enfer, et leurs scènes
sont criantes de justesse. Sattouf n'est sûrement pas encore un maître de la mise en
scène (assez fonctionnelle), mais il est excellent dans la construction des situations (la
scène de magie noire où on convoque le fantôme d'Hitler est un énorme
moment) et dans les détails : une coiffure horrible, un petit personnage secondaire
parfaitement dessiné, une ligne de dialogue, tout un ensemble d'"arrière-plans" qui
rendent encore plus crédible l'univers. On est dans la chronique sociale et dans la grosse
blague en même temps, un peu comme si Pialat s'était tapé Les
Sous-Doués : le résultat est à se taper sur les cuisses. Longue vie
à nos ados boutonneux et balourds.

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Shangols -
9 days and 22 hours ago
Clarence Brown nous régale du début à la fin en assurant à la fois le
spectacle - une bagnole qui fonce à toute blinde passant miraculeusement au dessus
d'ouvriers dans des tranchées jusqu'à cette bagnole, la même,... qui, dans
l'utlime séquence, roule beaucoup moins vite - mais surtout en déclinant avec brio
toute une grammaire du cinoche à grand renfort d'angles originaux de prise de vue (une
plongée qui écrase notre pauvre Greta dominé par le père de l'homme
qu'elle aime), de jeu avec la profondeur de champ (les retrouvailles entre Garbo et son amant,
avec la femme de ce dernier, en arrière-fond, qui pète un peu l'ambiance), ou de
multiples mouvements de caméra (travelling arrière alors que le personnage se
dirige, chancelant, vers son destin; travelling latéral sur les jambes de la Greta qui
fait les cent pas alors qu'elle sent que son avenir se joue...), parfois d'une superbe amplitude
- cette caméra qui balaie littéralement le décor avant de venir se poser en
douceur sur l'un des personnages. Cette diversité dans les approches crée une vraie
dynamique dans le film alors même que la trame déroule inexorablement sa petite
mécanique destructrice.
Rien de bien nouveau au niveau du scénar: Greta, petite fille friquée, et Neville,
d'une bonne famille, monsieur, de celles qui ont le sens
de l'honneur depuis 34 générations, s'aiment depuis tout petit. Seul
problème: le père du Neville (Hobart Bosworth, du genre à rire quand il se
brûle) voit d'un mauvais oeil l'union de son fils avec cette gonzesse qui, pour lui,
ne vaut pas tripette. Bref, il va tout faire pour que son fils se barre bien loin - en Egypte -
pour mettre fin à cette romance de jeunesse... Ca va créer beaucoup de malheur, ma
bonne dame. Greta, tout légère et pétillante au départ, se console du
départ du gars Neville dans les bras de son autre pote d'enfance, David; le mariage ne va
cependant pas faire long feu, le David se défenestrant en un geste très gracieux
qui laisse la Greta baba... Tout le monde pense que ce suicide est dû à la sale
influence d'une Greta volage, alors que pas du tout, vous vous mettez complètement le
doigt dans l'oeil, alors là complètement... Greta, en fait, sauve la
réputation de ce fameux David (la clé de l'énigme en fin de film...) et
préfère passer aux yeux de tous comme une méchante fille plutôt que de
trahir ce lourd secret. Le Neville va également finir par se marier avec un chtit bout qui
fait pas de bruit mais, forcément, on voit bien que la Greta et le Neville sont, chacun de
leur côté, malheureux comme des pierres et on croise les doigts pour qu'avant la fin
du film, la voie de la raison triomphe... Je vous conseille de croiser les doigts bien fort.
Greta passe de la lumière - ses petites mimiques au départ et son grand sourire
ravageur - à l'ombre d'elle même, semblant flotter comme un fantôme dans son
grand manteau. Elle pense que le manque de courage initial du gars Neville, manipulé par
son père, finira par n'être, un jour, qu'un mauvais souvenir, seulement il est
impossible de rattraper la passé - j'ai essayé bien des fois, et je peux vous
assurer que c'est peine perdue... Il y a de magnifiques confrontations entre Greta et son
frère starbé, Greta et Neville, ou encore Greta et le père de Neville
(magnifique séquence avec la Greta clope au bec) qui sont d'une remarquable tension...
alors qu'une multitude d'anges passent (normal vous allez me dire, dans un film muet, vous
êtes bêtes, ce que je veux dire c'est qu'aucune parole est échangée, il
s'observe, face à face, attendant déespérément que le courant finisse
par passer...). Il y a pleins de petites trouvailles narratives (notamment le journaliste qui
nous montrent des photos prises dans les archives de ces sept dernières années ce
qui nous permet d'avoir un parfait résumé de la vie dissolue de la Greta depuis la
mort de son mari), des décors toujours parfaits (l'hôpital où se meurt Greta,
l'immense chambre de Neville aussi nue que sa vie dépourvue de sens...) et une
véritable élégance dans la mise en scène qui font du film une
parfaite réussite alors même que le muet vit ses derniers jours... Vraiment bien, ma
foi - pour faire dans le lyrisme...

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Shangols -
9 days and 23 hours ago
On ne peut reprocher au cinéaste sa vision totalement délirante de la
société à travers les aventures très chamarrées de ce
héros brésilien "sans caractère": de la jungle à la ville puis de la
ville à la jungle avec entre-temps moult péripéties sexuelles, du
cannibalisme, des attentats, une mystérieuse pierre magique et une bonne dose de
marijuana... On sent chez de Andrade la volonté de faire un film haut en couleur tout en
soignant sa mise en scène, de livrer une oeuvre à la fois ponctuée de
multiples petits gags visuels et d'effets sanglants ("Tu as faim, tiens prend un bout de mon
mollet", et l'homme de lui tendre une tranche bien saignante... blourp...; sans parler de cette
piscine où les corps flottent les tripes à l'air...); un film qui échappe
à tous les carcans rigides et qui prouve que l'esprit soixante-huitard a bien
essaimé un peu partout. S'il faut reconnaître quelques bouffées enivrantes
assez libératrices (On oscille entre les Monthy Python et Jodorowsky à
défaut d'avoir d'autres références...) dans ces multiples saynètes
parfois assez saugrenues (notre héros qui se fait bouffer dans une marmite par trois
grosses femmes avant de se retrouver sexuellement harcelé dans une baignoire par l'une
d'elle...) - un film réalisé alors que le pouvoir brésilien ne rigolait po
vraiment -, je dois admettre que j'ai perdu parfois un peu le fil en route (mais qu'est-ce qui
veut bien vouloir nous dire, là, le bougre...?), sûrement, en grande partie, par
manque de connaissance de cette culture... Un objet rasant non identifié qu'il ne fait pas
de mal de découvrir à défaut de toujours se sentir vraiment concerné
par ce trip jaune et vert, pour ne point dire multicolore...

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Shangols -
10 days and 18 hours ago
C'est sûr qu'on ne peut pas aller faire un tour dans
la tête de Lars Von Trier et en ressortir immaculé.
Antichrist est le film inconfortable par excellence, qui ne fait
absolument rien pour se faire aimer, qui met même son point d'honneur à être
repoussant. Une fois de plus, le bon Lars nous montre son cul et jubile à chaque cri
d'orfraie de son spectateur ; une fois de plus, il nous manipule en génie, utilisant le
cinéma dans son aspect le plus vil (la propagande) ; une fois de plus, il choisit le
mauvais goût contre le consensus, les cris de haine contre l'admiration. Rien que pour
ça, il a droit à tout mon respect.
Le film est réellement provocateur, non pas tant à cause des scènes
ultra-violentes ou pornographiques, mais à cause de ce mystère pénible qui
hante le film. On a l'impression de pénétrer dans un subconscient, un peu comme
dans Inland Empire, mais cette fois le réalisateur, contrairement à Lynch,
n'essaye pas de nous faire aimer ce qu'il y trouve : l'univers mental de von Trier est
déviant, laid, kitsch, à cheval entre l'enfance (les contes de fées, les flashs gothiques faits de renards qui parlent, les
films d'horreur) et l'âge adulte mal assumé (les rapports de couple, l'interrogation
sur les femmes qui vire au cliché, la haine du sexe). C'est sûr que le film,
malgré une photo et des idées visuelles superbes, est crasseux, allant au bout du
bout de la provocation de collégien pour nous déranger : on ne compte plus les
images à base de tripes, de sexe mutilé, de fausses couches, de trous dans la chair
; mais tout est fait presque avec naïveté, avec l'insolence d'un enfant, et
finalement cette provocation gratuite apparaît plus comme un autoportrait en amuseur
maladroit que comme une vraie impolitesse. C'est tellement cru qu'on finit par en rire, mais on
dirait que c'est ce que veut von Trier : nous amuser, retrouver une certaine "candeur punk", nous
faire sauter dans notre fauteuil.
Le film reste très opaque dans son fond, très
mystérieux : on ne sait pas trop ce que tout ça veut dire, on patauge parfois dans
une psychologie simpliste, certaines séquences sont presque trop jolies pour être
vraiment intéressantes (les glands qui tombent au ralenti sur Dafoe, les visions à
la Jérome Bosch de corps emmélés dans les arbres). Mais c'est parce que Von
Trier est toujours au plus près de lui-même, et qu'il assume chaque pulsion de son
cerveau, même douteuse, même laide, même roublarde. Dès lors, oui, le
film est souvent agaçant, mais il est aussi tous les autres adjectifs du dictionnaire,
parce qu'il est la somme des stimuli d'un auteur, et pas le plus sain des auteurs qui plus est.
Il fourmille en plus d'idées de mise en scène absolument géniales, à
commencer par la fameuse thématique hitchcockienne de "l'image manquante" : sans
dévoiler la fin du film, disons que tout tourne autour d'un plan qui manque à la
scène d'ouverture, et qui est doucement amené par le film, par bribes, par phases
très délicates. Il y a aussi ces fabuleux plans en parallèle entre la
jouissance sur le visage de Gainsbourg et l'extase sur le visage d'un bébé qui s'approche de la
mort (il fallait franchement oser) ; il y a ces images toutes simples et terrorisantes sur une
fougère qui bouge dans le champ de vision de Dafoe et du spectateur ; il y a ces
admirables retours du cinéma "à l'épaule" de von Trier, qui viennent cerner
au plus près la violence d'une confrontation de couple (les scènes
dialoguées sont toutes aussi brutales que les scènes gore) ; il y a ces occurences
des animaux qui donnent au film l'aspect d'un Douglas Sirk punkoïde ; il y a encore 1000
petites choses fugaces (Gainsbourg qui devient "végétale", ce brouillard
irrationnel qui envahit tout, la dernière scène géniale).
Antichrist est un grand film impressionnant, et révoltant dans le meilleur sens
du terme. Pasolini aurait aimé cette candeur alliée à un savoir-faire
très malin, Tarkovski (à qui le film est justement dédié) aurait
adoré cette puissance graphique et cette solennité des scènes d'ouverture et de
cloture, Henry Miller aurait dansé de joie devant cette posture haine/fascination envers
la femme, Lautréamont aurait reconnu son frère dans cette façon d'envisager
la nature (biologique, humaine) comme un danger odieux, Artaud aurait apprécié ce
film droit dans ses bottes, transgressif et directement branché sur la folie. Et moi, je
m'incline encore une fois avec une admiration totale devant le génie de von Trier, qui
arrive sans arrêt à aller à l'encontre de ce que j'attends de lui depuis le
début de sa carrière.

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