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Deux jeunes adolescentes qui se perdent dans la forêt pour chanter à tue-tête
une reprise de leur groupe préféré... c'est First Aid Kit qui reprend le
Tiger Mountain Peasant
Song des Fleet
Foxes. Attention, quand elles chantent "I don't know what I have done", il se pourrait bien que
quelque chose en vous se brise. (via/via)
C'est enfin la rentrée, et donc le retour des bonnes choses. Parmi
celles-ci, la nouvelle Soirée de poche, mercredi prochain 3 septembre, pour laquelle nous
aurons le bonheur d'accueillir les Bowerbirds, dans les conditions habituelles : un appartement,
de l'acoustique complète, de la proximité et des bières pas
chères.
Des Bowerbirds on vous a déjà pas mal parlé : de leur "Olive Hearts", qui
était dans mes chansons de l'année, de leur Concert à Emporter
à l'arrache dans les rues de NY, de l'admiration que leur voue Bon Iver (à voir
aussi ici ou là), de leur clip tout en
poésie naturaliste.
Nous ne sommes pas les seuls : Said
The Gramophone écrivait pour sa part, toujours à propos d'un Olive Hearts qui
n'est pourtant qu'une perle parmi d'autres, qu'il s'agissait d'une "song of
hygge, that Danish word which means good times, close friends, hot fires, cold
beer".
Entre temps, Hymn For A Dark Horse a connu une sortie française. Et
un concert a été programmé à la Flèche d'Or le 2. Autant dire
qu'on ne s'est pas posé la question bien longtemps pour la Soirée de Poche de
rentrée. Une musique née pour l'acoustique, faite pour être jouée sans
frontière, là, tout près. Des chansons belles à tomber, de beaux
moments, de la proximité et de la chaleur, des bières bien fraiches et pas
chères, c'est exactement ce qu'on vous propose.
Il y aura sans doute une première partie. Comme d'habitude, les places sont
limitées et le lieu secret. Comme d'habitude, la participation qui vous sera
demandée à l'entrée est complètement libre et sera
intégralement reversée aux artistes. Ecrivez-nous à blogothèque [at]
gmail point com, en mettant Bowerbids comme sujet, pour être sur la liste. Nous serons
obligés de nous en remettre à un tirage au sort parmi les personnes qui nous auront
écrit avant minuit ce jeudi.
Juste une précision : l'invitation est pour 20h, et le concert aura lieu à
Montreuil.
Stereogum a posté hier deux nouvelles chansons de Final Fantasy, qui prépare la sortie de deux EP : "The Butcher", le
fruit d'une collaboration avec Beirut, est tiré de Spectrum, 14th
Century ; "Ultimatum", une réorchestration pour un ensemble de 35 instruments de
morceaux d'Alex Lukashevsky,
est tiré de Plays To Please
This session marked my third (and southern-most) outing down to the great state of Oregon for a
Take-Away shoot. Richard was having a birthday party at his studio in Cottage Grove, a few miles
south of Eugene, and so it was suggested to me by a rep at Secretly Canadian to shoot there. It's
a long drive from Seattle, but the birthday party setting seemed interesting and I had a place to
stay in Eugene for the night, so sure, I would make the trek.
For me, Richard Swift is an elusive figure. I was familiar with the name, but only slightly
familiar with the music. One impressive bit of info I learned was that Wilco was so moved by his
Jools Holland performance that they invited him on a 2007 U.S. tour. This definitely struck my
curiosity. The songs I had heard I liked immediately. Tracks like "Kisses For The Misses", "As I
Go" and "Dressed Up For The Letdown" struck me with their timelessness and well-crafted
arrangements as well as Richard's warm, inviting voice. I became more familiar with his work as
the five-hour drive provided quality listening time.
I arrived at the property in the leafy environs of Cottage Grove at about 9pm. I made my way past
a neat, white house to Richard's studio behind it. A small group of guests were scattered around,
most of them outside around a bonfire. Richard greeted me as I gifted him a pint of tequila, then
he showed me around the recording studio loaded with an array of analog gear (including a
beautiful recording console given to him by Wilco).
It was an intimate party consisting of his close friends and family and then there was
me– the stranger with a camera. I enjoyed a cup of strong homemade wine and
took in the surroundings. About an hour later Richard and I retreated to the back room where we
set-up and then I left him alone to prepare a few songs. He was nervous to perform in such a
personal setting, but he wanted to start playing before the alcohol really took hold. Then
Richard casually emerged strumming "Dressed Up For The Letdown" from the LP of the same name.
Without missing a beat, he says goodbye to a friend while playing the song. As he walks toward
the camera, I step aside while he circles past his smiling guests singing his tune. Then, a warm
applause as he segues straight into "Sad Song Street" from his 2005 EP, The Novelist.
To bring this impromptu birthday performance to a close, he gleans from his back catalogue again
with the appropriately titled, "Lovely Night", ensuring his fortunate company of this;
"...motherfuckers, love! Sweet love, oh love, sweet love..."
If you have a long drive ahead of you I highly suggest cranking Richard's recent double-EP,
Richard Swift As Onasis, to get really get you going. If you happen to be on the west coast of
the U.S. in October, don't miss him on his tour support for Stereolab. And lastly, thank you,
Richard, for the invite and I hope you're enjoying your 31st year.
Steve a filmé Richard Swift dans son studio de Cottage Grove, le
soir de son trente et unième anniversaire.
Cette session a marqué ma troisième (et la plus orientée vers le sud)
excursion vers l'Oregon pour le tournage d'un Concert à emporter. Richard fêtait son
anniversaire dans son studio de Cottage Grove, à quelques kilomètres au sud de
Eugene, et un type de chez Secretly Canadian m'avait suggéré d'aller filmer
là-bas. Le trajet de Seattle est assez long, mais le cadre de cette fête avait l'air
intéressant et je savais où passer la nuit à Eugene, alors oui, j'allais
faire le voyage.
Pour moi, Richard Swift est quelqu'un d'insaisissable. Je connaissais son nom, mais pas vraiment
sa musique. L'info la plus impressionnante qu'on m'ait dite à son propos est que Wilco a
été tellement ému par son show chez Jools Holland qu'il l'a invité
sur sa tournée US en 2007. Forcément, ça a piqué ma curiosité.
J'ai immédiatement aimé les chansons que j'ai écoutées. Des morceaux
comme "Kisses For The Misses", "As I Go" et "Dressed Up For The Letdown" frappent par leur
intemporalité et leurs arrangements méticuleux autant que par la voix chaude et
accueillante de Richard. Les cinq heures du trajet étaient idéales pour
écouter et me familiariser avec sa musique.
Je suis arrivé dans les environs de Cottage Grove vers neuf heures du soir. J'ai
traversé une élégante maison blanche pour me rendre au studio de Richard,
situé derrière la propriété. Quelques invités étaient
dispersés un peu partout, la plupart s'étaient regroupés autour d'un feu.
J'ai offert à Richard une bouteille de tequila, puis il m'a fait visiter le studio
d'enregistrement rempli d'instruments analogiques (dont une magnifique table d'enregistrement
offerte par Wilco).
C'était une fête plutôt intime, seulement quelques amis et sa famille
étaient là, et puis moi, l'inconnu avec la caméra. J'ai bu un verre de vin
maison assez fort, et j'ai observé les environs. Une heure plus tard, Richard et moi nous
sommes retirés vers l'arrière-salle pour discuter, puis je l'ai laissé
préparer quelques chansons. Il était nerveux à l'idée de chanter dans
un cadre aussi intime, mais il voulait commencer à jouer avant que l'alcool prenne le pas.
Richard commença simplement à jouer "Dressed Up For The Letdown", de son album
éponyme. Il dit même au revoir à un ami tout en continuant de chanter, et je
me suis écarté alors qu'il tournait autour des invités souriants. Alors
qu'on l'applaudissait chaudement, il a enchaîné directement avec "Sad Song Street",
qui figure dans son EP de 2005 intitulé The Novelist.
Puis, pour clore ce concert d'anniversaire assez impromptu, il a été fouiller
encore une fois dans son répertoire une chanson appropriée à la situation
"Lovely Night", en assurant ceci à son auditoire : "...motherfuckers, love ! Sweet love,
oh love, sweet love..."
Si vous avez l'intention de faire un long trajet, je vous recommande chaudement d'écouter
à fond le récent double EP de Richard, Richard Swift As
Onasis, pour vous mettre dans l'ambiance. Si vous êtes sur la côte ouest des
Etats-Unis en octobre, ne le ratez pas, il sera en tournée avec Stereolab. Et pour finir,
merci, Richard, pour l'invitation, et j'espère que tu passes une bonne 31è
année.
Il existe un monde de la musique parallèle à celui que nous connaissons, un monde
dans lequel musique rime avec professionnel, plein de noms d'arrangeurs, d'accompagnateurs, de
compositeurs inconnus. Leurs titres de gloire sont d'avoir accompagné Hallyday sur
scène, Jacques Martin à la télé, composé telle musique de pub
ou de générique télé. Un monde de musiciens compétents vivant
dans l'ombre des studios mais qui parfois, par hasard, se sont ménagés de belles
escapades hors de leur destin d'accompagnateurs de variété. Et lorsque les
vide-greniers en gardent la trace, c'est un peu la fête.
Une belle pochette et au verso, la mention accordéon électronique, il n'en fallait
pas plus pour m'émoustiller. Un rapide regard sur la composition de l'orchestre : ce
disque respirait la bonne session de Jazz. C'était mieux que ça, un disque de
génériques de polars, de courses poursuites dans les ruelles, avec contrebasse
échevelée, percussions essoufflées, et les notes tantôt
mélancoliques, tantôt virevoltantes de l'accordéon de Claude
Thomain, accordéoniste réputé. Il y a même le morceau bizarre et
jouissif, expérimental 70, celui qu'on n'arrive plus à se sortir de la tête
une fois que les barrière du bon goût son tombées - il faut aimer les
ambiances de fêtes foraines un peu glauques - j'ai nommé Shaker
man.
PS : Je ne suis pas le seul à avoir flashé sur Claude Thomain, son Un soir de banco s'est retrouvé compilé dans le volume 14 de la
série DustyFingers.
Quand j'ai demandé au vendeur, la soixantaine bien tassée, quel était le
genre des morceaux de ce disque, il m'a répondu : des slows, mais il y a
aussi du rock, un peu soul, vous voyez ? enfin ce qu'on passait dans les soirée quoi.
Je l'ai pris quand même.
En fait de rock, HiFi Performance est un disque de disco-funk,
entièrement instrumental signé Yvon
Ouazana et Jean-Pierre Festi, produit par Bernard Ricci. On doit au
premier une composition pour Joe Dassin, Dans les yeux d'Emilie, ou des
arrangements pour SergeLama. Le second s'est
illustré auprès de Mary Roos ou Annie Cordy. Bernard Ricci a produit les bêtises de Sabine
Paturel. Des curriculum vitae qui ne laissent en rien augurer de la funkytude de HiFi Performance.
Car le disque est un monstre d'efficacité. Sorti en 76, en pleine vague disco, HiFi Performance est une sorte d'exercice de style autour du genre disco-funk servi
par deux professionnels de la musique très à leur affaire (Ouazana et Festi ont
également participé à la série April Orchestra). Un pur disque de
"library music" (musique d'illustration sonore, HiFi Performance
était vraisemblablement gracieusement offert aux nouveaux acheteurs de chaîne Hi-Fi)
dans lequel les breakbeats ne se comptent plus, les moments épiques inspirés du
genre disco non plus, le tout enrobé dans une perfection instrumentale propre à
emballer l'amateur du
genre. Mission accomplie les gars, le nerveux Hong-Kong Connection tape
au bon endroit, entre disco et blaxploitation. Daytona, très BO
française des années 70 à la Cosma, est peut-être mon morceau
préféré. Si vous aimez l'un ou l'autre, n'hésitez pas à
découvrir le reste - l'assez majestueux Night is blues en
particulier - ici,
accompagné d'une jolie chronique.
C'était il y a quelques années. En cherchant des informations sur le disque
brésilien d'Isabelle Aubret, j'étais tombé sur un site de connaisseurs, de
malades du groove français, le bien nommé French Attack. C'est par ces infatigables défricheurs que j'avais eu connaissance des
morceaux "cachés" des compilations du label Les
Tréteaux, ces disques de reprises aux pochette sexy dont j'avais toujours eu
tendance à me tenir éloigné. Et voilà ce qu'ils écrivaient sur
Godchild :
Yes, this is the LP every serious funk collectors are looking for. Coordinated
by Jean Claude Pierric and some secret weapons (Joel Dayde, Eric Leton..), evey tracks are gifted
by the god of groove. (...) the major thing with Godchild, similar to every great albums, is that
you like it more and more after every listening.
J'ai trouvé Godchild tout près de chez moi. Ce jour
là, la lassitude semblait avoir gagné, toujours le même vide-grenier, les
mêmes vendeurs, les mêmes disques pouilleux, j'avais prévu ne pas
m'arrêter. Comme mû par une force supérieure, j'avais poussé jusqu'au
premier vendeur. Là, au milieu d'Iglesias et d'autres Tréteaux, trois exemplaires
de Godchild. Merci.
Les Tréteaux n'était pas un label comme les autres,
plutôt une PME spécialisée, dans les disques de reprises et l'illustration
sonore. Dans ce contexte, Godchild, sorti en 1975, est une sorte
d'anomalie commerciale, avec ses instrumentaux sans thème, sa pochette abstraite, ses
titres curieux qui ressemblent à des bouts de phrase de tous les jours et son
atmosphère musicale, hors des modes. Si la justification de ce disque reste aujourd'hui
pour moi encore un mystère, une chose est sûre : les musiciens de studio
rassemblés par Jean-Claude Pierric, le directeur artistique des
Tréteaux, et Joël Dayde (ex chanteur de Zoo) ne firent pas
que mettre en commun leurs compétences d'instrumentistes. Chacun des Roger Poulet, Alex
Perdigon, Bernard Algarra, René Chave, Yves Valada, Richard Galliano,
Rémi Dall'anesse, tous connus des circuits professionnels et parfois
très jeunes, signe un ou plusieurs des 14 titres originaux de Godchild. Le résultat est sans doute un des meilleurs disques jamais
enregistré sur le versant groove de la musique.
On pourrait le décrire comme principalement orienté Jazz-Funk mais un Jazz-Funk
ensoleillé, enrichi d'apports easy-listening, baigné d'une certaine qualité
pop, voire contaminé, pour le meilleur, par une efficacité venue de la pub. Pas de
longue Jams, mais des morceaux nerveux, riches et variés, qui vont à l'essentiel,
gorgés de lignes de basses heureuses, de cuivres radieux, de claviers guillerets.
Godchild n'a même pas le point faible de bien des disques
dont la mise en musique parfaitement groovy peine à cacher la faiblesse des compositions.
Non, tout ici tient du miracle. Béni des Dieux, on vous dit. Merci Les Tréteaux.
A l'entendre, je peux imaginer avoir rencontré Hamilton et sa bande de marcheurs dans un
rade douteux de fin de nuit, un de ceux que vous manqueriez à coup sûr. Il faut
être ivre pour le trouver. Il faut savoir que s'effondrer sur un trottoir glacial les yeux
embués d'éthylène ne sert qu'à trouver de nouveaux passages
invisibles, à déceler des voies impénétrables. Il faut avoir
confiance, d'une certaine manière. Il n'y a que l'ébriété - ou la
chance des innocents - qui donne accès à ces endroits crapules. Là, tout
n'est que transport. Transport et abandon. On laisse ses frusques à l'entrée, et un
paquet de choses derrière soi. Il n'est qu'à voir autour de soi, comme les gens
dansent, comme les corps allument des incendies. Comme les vieux whiskys qu'on sert à la
volée et les chandelles donnent à chacun un air plus plein, plus vivant.
Au dessus de tous ces gens, tout au fond, sur une scène qui ressemble à une
alcôve, Hamilton et les siens. Quand il chante, il tend les bras au dessus du micro, comme
s'il essayait d'attraper son auditoire, de le prendre. Il oscille lentement. Il danse presque,
mais il danse comme d'autres chavirent. Et surtout sa voix traîne en route. Elle prend son
temps, elle semble savoir d'instinct ce qu'il faut faire d'une valse : jouer avec les trois
temps, déraper sur le troisième, s'appesantir sur le second pour mieux
s'élancer ensuite, rattraper le premier au vol. Puis recommencer.
On est loin du formalisme maniéré d'un Rufus Wainwright, pour qui valse rime avec
grand bal. Rien de tout ça ici : nous avons mieux à faire que de jouer au dandy.
Nous savons que la valse est faite pour empoigner son partenaire, pour tourner dans des cercles
qui ondulent et se façonnent au petit bonheur la chance, comme les ondes concentriques que
fait la pluie sur le bitume de nos villes mouillées. Nos valses ignorent la
grandiloquence, elles se rient des convenances, elles ne parlent que de corps qui se rapprochent.
Et elles chantent de vieilles luttes, des rêves enfouis, des regrets que l'on peut noyer
ensemble dans une bonne pinte de nostalgie. Tout ce qu'on peut célébrer en serrant
l'autre contre soi.
Comme il se doit. Comme le vieux Leo l'aurait voulu.
Une pizza, un ordinateur, un disque en fond sonore et la question de savoir "Qui est le meilleur
groupe du monde de tous les temps ?" : c'est bon, je peux regarder les chouettes photos de vacances
de Am not ham à la Route du rock.
Mashable nous
apprend que Muxtape, le joli outil de
création de mixtapes en ligne, est momentanément fermé, suite
à un problème avec la RIAA. C'est dommage, mais il fallait s'y attendre.
Au jeu des connexions bizarres, la lecture des articles sur l'exposition actuellement
consacrée par l'Institut du monde arabe de Paris à Oum Kalsoum m'a remis en
tête une autre chanteuse à lunettes noires. Sauf qu'elle a perdu la vue à quatre
ans à la suite d'une sale maladie (et qu'elle est vivante).
La vie de Dona Rosa ferait une histoire à la Victor Hugo si on la racontait de long en
large, faite de handicap, de pauvreté, d'abandon familial, d'errance à travers son
Portugal natal et d'amitiés sur les trottoirs de Lisbonne. La rue et le chant comme moyen de
subsistance épuisant, avec par chance un vrai talent qui lui a permis de ne pas sombrer,
toujours maintenue à peu près à flot par l'aumône des passants.
Jusqu'à ce que l'un d'eux, un producteur autrichien, se souvienne de cette voix entendue un
jour Rua Augusta, avec son triangle comme seul instrument, et invite Dona Rosa à intercaler
sa voix de graviers dans une production télévisée visiblement too much filmée
à Marrakech. Le XXIe siècle a les princes charmants qu'il peut.
On est en 2000, Dona Rosa commence dans la foulée, de concert en festival, une carrière
qui reste fragile. Elle accepte progressivement d'accompagner son fado en cristal sali
d'instrumentations plus riches, quitte le dépouillement du duo triangle-chant pour
l'accordéon, les cordes... Sur son dernier (et meilleur) disque sorti à la fin de
l'année dernière, Alma Livre, c'est parfois trop, mais souvent
juste ce qu'il faut pour la faire avancer. Pour que Dona Rosa ne reste pas la mendiante aveugle
de Lisbonne qui s'en est sortie. Qu'on vienne l'écouter pour sa musique.
Les gens biens de chez Mondomix n'ont pas raté le magnifique Canta canta
amigo canta et l'ont placé en ouverture de leur foisonnante compilation Mondomix
Experience. Une façon de l'adouber comme la grande interprète qu'elle est, au
chant éraillé et nasillard, plein d'aspérités jamais lissées.
Dona Rosa ne cultive pas l'exploit technique ou la beauté formelle. Elle a appris de
façon empirique l'équilibre subtil du fado, entre le trop et le pas assez
mélancolique, mais elle ne reprend aucun flambeau si ce n'est celui de ses galères,
d'un temps où il lui fallait capter les oreilles pressées.
Elle chante parce que c'est sa vie et sa voix est comme celles qui ont depuis toujours
émergé au milieu des champs. Sauf que son champ à elle est fait de pavés.
En ce moment, à Tbilissi, on écoute beaucoup Sakartvelo
("Géorgie") d'Irakli Charkviani. Sur le parvis de Beaubourg mercredi 20 août, à partir de 19h,
vous n'entendrez peut-être pas ce morceau, mais d'autres chanteurs géorgiens feront le
déplacement pour soutenir leur pays.
C'est Loronix qui nous l'apprend, dans un beau billet hommage plein de témoignages
: Dorival Caymmi nous a
quitté hier, à l'âge de 94 ans. C'est un des plus grands compositeurs du
Brésil qui s'est éteint. A la blogotheque, il nous avait fallu pas moins de deuxmp3blog pour à peine effleurer sa carrière.
Le label Musica Excentrica met en ligne une compilation titrée In Memoriam
Andrey Tarkovsky où des artistes comme Kim Cascone ou Nobukazu Takemura rendent hommage
au cinéaste
soviétique. A télécharger sur le site du label.
Quoi de mieux en ce 15 août que de s'élever un peu en allant
voir du côté des reprises ? Ce genre d'exercice supposé rendre hommage à
l'interprète original tourne parfois au ratage pur et simple. Oui, c'est facile de se moquer,
c'est même pour cela que nous le faisons. Revue de détails en 7 familles.
1 - L'erreur de casting
Comment massacrer une chanson en deux temps : solennité d'abord puis grandiloquence,
pompiérisme, surjeu. Il existe donc au Canada une chanteuse anglophone aussi insupportable
que ses cousines québécoises. Allez, Allison Crowe, t'es gentille, tu me ranges ce
piano et tu essaies autre chose.
2 - Le retour d'âge
Quant un groupe de vieux rock anglais s'unit à un très vieux groupe de pop
américaine, pour une reprise des seconds... A voir pour le catogan d'Al Jardine, le lifting
de Bruce Johnston et le regard de Brian Wilson dont on ne sait si c'est de la gêne ou la
peur de se faire taper dessus par Mike Love - tandis que Dennis Wilson fait un triple salto dans
sa tombe. "Un duo de légendes", dirait Nagui.
3 - La-chanson-étendard-de-toute-une-génération
Un genre en soi : pour le malheur de Radiohead, tout le monde s'y reconnaît, même les
groupes de néo-métal. Il n'y a rien de pire que d'être mal compris. Amis fans de
Korn, on attend vos commentaires en style SMS.
4 - Pas le matin, non, pas le matin
Non que Windmill soit un mauvais musicien. C'est juste que certaines chansons ne conviennent pas
à certains chants. "Start A War" est une chanson de The National, une chanson lente, rauque,
qui rumine sous une lumière tamisée. Pas une espèce de bluette pop au piano
appuyé, braillée maladroitement comme un petit hymne.
5 - La reprise "soirée privée" qui aurait dû le
rester
Pourtant, on aime bien We Are Scientists ici. Pourtant, ils ont tenté et réussi des
reprises pour le moins couillues. Mais là, étrangement, ça le fait quand même
pas du tout. L'impression de subir le pote qui joue de la guitare pour épater les filles en
fin de soirée ...
6 - Rayer les mentions inutiles
Las Vegas, Céline Dion, AC/DC, Anastacia, refrain en harmonie, interventions parlées.
7 - Le renvoi d'ascenseur
Pour notre malheur, Elton John à la mémoire longue et lors de cet "All Star Tribute to
Brian Wilson", il s'est souvenu que ce dernier l'a fait débuté. Prestation
vraisemblablement sponsorisée par Any d'Avray.
Bonus : L'erreur de casting bis
On ne peut pas chanter du Nirvana avec une voix de petite fille.
Bien avant Roots Manuva et Dizzee, à l'époque où certains pensaient que les
infâmes Stereo MCs faisaient du rap : Ear Fuzz revient sur le hip-hop
britannique des années 89-92