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Pop-Rock.com, le site de la pop et du rock des années 80 à nos jours -
3 hours and 31 minutes ago
Un triste samedi soir, j'avais renoncé à aller draguer au Macumba, la
discothèque technoïde du coin. Je commençais à me faire un peu trop
mûre pour ce genre de divertissement calibré. De plus, les fringues en lycra
bouloché et l'ombre à paupières mauve n'avaient jamais vraiment mis en
valeur mon genre de beauté.
Le visage nu, je me trouvais donc dans mon salon en compagnie du berger allemand familial et de
Norbert, mon meilleur (et seul) ami. Afin de satisfaire aux exigences culturelles de nos
connaissances bobos – et parce qu'après tout, un peu de vernis
intellectuel n'a jamais nui – nous jetions un œil distrait sur
Arte. Un cookie à la main, je m'immobilisai.
- Regarde, c'est Jarvis Cocker... Le chanteur de Pulp.
J'avais élevé la voix tout en apportant cette précision. Mon berger allemand
frémit des oreilles. Il avait quelques poils blancs sur le museau.
- Tu ne veux pas regarder la rediff de Federer fessant Monfils plutôt ? Je ne vois pas quel
intérêt tu trouves à cette popstar un peu passée.
- Oh, ta gueule, grognai-je.
Il y a bien longtemps que je ne donne plus le meilleur de moi-même avec mon vieil ami. Sur
la forme pourtant, Norbert n'avait pas tort. Car Jarvis appartenait de toute évidence
à la caste des anti-héros. Un archétype de l'intellectuel, pourvu d'une
distinction très victorienne et d'une plume acérée, égaré dans
une ère où les bons sentiments, la négligence vestimentaire et le laxisme
lexical prédominent. Bref, un type qui n'avait pour lui que sa nationalité, car
seule l'Angleterre pouvait l'apprécier à sa juste valeur.
- C'est bizarre comme le cercle se referme, poursuivis-je. Jarvis a retrouvé aujourd'hui
son inspiration parfois défaillante des années 80. Bon, il a de beaux restes quand
même.
- La situation était quand même plus prometteuse pour Pulp il y a vingt-cinq ans,
s'entendit renchérir Norbert, alors que son être tout entier réclamait une
balle jaune et des hommes en short.
- Certes oui, mais leurs premières années étaient assez... inégales.
Oh, il y avait bien quelques belles saillies dans la veine de Little Girl (With blue
eyes). Très belle mélodie.
J'ai fredonné. Little Girl (With blue eyes), There's a hole in your heart, And one
between your legs, You've never had to wonder, Which one he's going to fill...
- Un peu cru pour être martelé sur les ondes, commenta Norbert.
- Oui, c'est ce qui fait tout le charme des chansons de Pulp : des vérités
malsaines, des détails que l'on aurait aimé avoir oubliés,
énoncés d'une voix de crooner sur des airs imparables.
Norbert médita cette phrase, tandis que je me rengorgeai en silence.
- Toujours est-il qu'ils ont dû attendre le milieu des années 90 pour se faire
connaître.
- Ah oui, l'arrivée de la britpop...
- Je n'ai jamais compris pourquoi on avait affilié Pulp à cette scène. Outre
qu'ils surpassent aisément les poids lourds du genre, leurs titres sont à la fois
intemporels et anachroniques. Jarvis a quand même écrit la meilleure chanson des
années 80, She's a lady, en 1994. C'est cette même année qu'il a
enfin connu le succès grâce au quatrième album de son groupe,
His'n'Hers. Comme si son âge ingrat avait pris fin à 31 ans.
- La vache, a sifflé Norbert en se passant la main sur ses cicatrices d'acné, qu'il
avait fort nombreuses.
- Et en 95, la consécration. Avec Different class, Jarvis Cocker a réussi
l'impossible : flatter les gens en se payant ouvertement leurs têtes. Des gimmicks
géniaux de Bontempi l'ont bien aidé. Common people résume à
elle seule tout cela. Car au-delà du portrait au vitriol d'une greluche aisée,
désireuse d'expérimenter le tourisme sexuel de classe, le pékin moyen en
prend aussi pour son grade. And dance, and drink, and screw, because there's nothing else to
do... Tu parles d'un programme. Je préfère encore me taper la soirée
Schlagermusik de la ZDF.
- Pas moi, grogna Norbert en se remémorant la blonde saoule qui l'avait allumé au
Macumba la semaine passée.
- Cela dit, en dehors de ses évidentes qualités, Common people a le
défaut d'éclipser ses consoeurs, qui sont bien souvent tout aussi formidables. Car
Jarvis a une conception théâtrale, parfois même outrée, de ses
chansons. Mais peu importe. Qu'il se glisse dans la peau d'un vicelard revanchard durant I
spy, ou dans celle d'un adolescent frustré lors de Disco 2000, on ne peut
s'empêcher d'y croire. Cela parait tout de même assez incongru d'imaginer ce type et
ses belles fringues de dandy, perdu au milieu de la décennie la plus criminelle de la
mode, en boutonneux aux hormones, amoureux de la plus jolie pimbêche du lycée. Et
pourtant, cela fonctionne à merveille ! On se le représente, pathétique,
seul dans une chambre à la tapisseries 70's marron et jaune, en train de griffonner les
déclarations d'amour qu'il remettra à sa douce lorsqu'il sera enfin beau. En l'an
2000...
- Si je comprends bien, Jarvis pouvait tout se permettre.
- Oui, même une ballade imparable, à faire rougir tous les parasites de feu de camp,
qui officient guitare sèche à la main les soirs d'été. Ah ça,
avec Something changed, il a vraiment choisi l'offensive. Violons, textes sucrés,
mélodie aérienne. On en oublierait presque l'obsédé tourmenté
de F.E.E.L.I.N.G.C.A.L.L.E.D.L.O.V.E. – une bizarrerie d'une
intensité saisissante -, l'amant insistant de Pencil Skirt, présent
jusqu'au harcèlement.
J'ai levé les yeux. Federer venait de gagner le deuxième set haut la main. Norbert
s'étira.
- Et bien, soupira-t-il, je vais avoir de quoi tenir la conversation, la prochaine fois que
j'irai dîner bio dans le loft rénové de Julie et Stéphane.
- Ah, pas de chance. Ils viennent juste de pondre un môme qu'ils ont affublé d'un
blase impossible. Gontran, un truc comme ça. Cons de bobos. Toujours à vouloir se
singulariser. Tiens, en parlant de ça, tu ne veux pas savoir pourquoi Mis-Shapes
s'adresse à nous ?

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Akihabaranews.com -
12 hours and 33 minutes ago
Avec ses gros coups de tatanes dans la gueule, ses tatouages expression d’une
insolente virilité et sa consommation encouragée d’alcools forts aux
propriétés roboratives (© Kendy), Yakuza 3 s’adresse aux
gamers présentant une forte concentration de testostérone. Qu’on se le dise :
à désormais quarante ans, le dragon de Dojima, désormais retiré du
monde, a toujours de beaux restes… et sait encore montrer les crocs.
Yakuza fait partie de ces
séries bénéficiant d’une curieuse aura de sympathie, bien que, sous
nos contrées, peu de personnes, finalement, y ont vraiment joué. La faute a une
plate-forme exclusive, la PlayStation (2 puis 3) et, surtout, un univers et une
accessibilité un peu à part. Difficile, en effet, d’apprécier les
Yakuza sans s’y plonger corps et âme, et prendre le temps de lire les tonnes de
dialogues qui emmaillent chaque opus. À cet égard, le fait que Yakuza 2 n’ait pas
été traduit en français — tout comme ce troisième
épisode, qui ne propose que des sous-titres anglais — n’a
évidemment pas arrangé les choses… Quoi qu’il en soit, on
appréciera particulièrement, ici, la possibilité de regarder les
résumés vidéo des deux premiers volets, véritables petits films de
15-20 minutes commentés par la voix chaude de Takaya Kuroda (Kiryu dans
le jeu). Une manière pour certains de se rafraîchir la mémoire, et pour les
autres de découvrir des scénarios (tordus) suintant l’énergie et la
passion, entre trahisons, combats à mort et improbables coups de théâtre.
Notons qu’à l’écrivain Hase Seishu, scénariste
des deux premiers opus — et de l’épisode Kenzan —
succède Masayoshi Yokoyama, un illustre inconnu qui a su heureusement
respecter à la lettre l’esprit Ryû ga Gotoku, à
quelques mièvreries près. L’indéboulonnable Toshihiro
Nagoshi (qui a oeuvré notamment sur les Super Monkey
Ball… et Shenmue
!) reste le maître d’oeuvre, et partage avec Hideo Kojima, un vieux
compagnon de troquet (véridique), un amour certain pour les cinématiques à
rallonge, ici plus que jamais présentes.
Okinawa way
Difficile, pour un fan de la première heure, de ne pas être immédiatement
emballé par Yakuza
3. Enfin, la qualité de réalisation —certes imparfaite sur
certains points — permet de faire honneur au sens du détail qui
caractérise la série. Quant aux cinématiques, elles transcendent un
character design d’une qualité et d’une variété
étonnante, soutenu par des visages désormais presque photoréalistes. Le
bonheur. À l’image d’un Kazuma Kiryu désormais retiré du monde
et cherchant avant tout la paix, le début du jeu vous invite à découvrir
l’île d’Okinawa, son temps superbe, ses touristes en chemises à
fleurs… Une atmosphère idyllique entachée par une conspiration
politico-mafieuse dont on conçoit peu à peu l’ampleur, tandis que l’on
devine, évidemment, que la retraite de l’ex 4ème chef du clan
Tôjô, qui administre désormais un orphelinat, ne peut être que de courte
durée. Une parenthèse d’une dizaine d’heures avant
l’inévitable retour à Kamurocho qui, toutefois, permet de se faire la main,
et découvrir à peu près tous les aspects du titre entre mini-jeux (on va y
revenir), intérieurs de magasins modélisés avec un soin maniaque, ambiance
de foule plus vraie que nature (on regrette juste une atmosphère sonore un peu en
deçà) et, il faut bien le dire, missions diverses pas toujours follement
intéressantes. Entre livraisons de nouilles, recherche de gamine égarée,
cache-cache et transport de glaces à six boules, on n’a en effet pas toujours
franchement l’impression d’incarner le yakuza le plus classe du monde. Les petites
frappes que vous croisez sans cesse et qui ne manquent jamais de vous provoquer
— les inconscients — sont heureusement là pour
arranger ça…
Mawashi-geri dans ta face
Coeur du gameplay, les combats dans Yakuza 3 se révèlent, sans
surprise, d’une richesse ahurissante. Comme dans les précédents opus,
c’est en gagnant des points d’expérience que vous pourrez améliorer
certains de vos talents, et étendre votre palette de coups. Projections, esquives,
contres, rétablissement sur chute, garde… Les possibilités offertes
permettent de développer son propre art du combat, tandis que l’on
privilégiera plutôt telle ou telle capacité (résistance,
vitesse…), le tout en ayant la possibilité, évidemment, d’utiliser
diverses armes blanches ou de poing, ces dernières étant de surcroît
customisables. Surtout, le dynamisme des combats et la possibilité sans cesse
renouvelée de découvrir de nouveaux finishing moves —
différents en fonction de l’environnement immédiat, du type d’armes ou
d’objets utilisés, de la partie du corps que vous attrapez, etc.
— font qu’au final, chaque nouvelle échauffourée peut se
révéler différente de la précédente. Évidemment, pour
cela, il faut creuser au maximum le “fighting system”, comme dirait Van Damme, mais
tous ceux qui se donneront cette peine prendront un pied monstrueux, vraiment, à
démonter yak’ et wesh-wesh à tous les coins de rue. Cadeau Bonux :
désormais, avec son téléphone portable, Kazuma peut “saisir” une
scène qui l’interpelle dans la rue (première
“révélation” : une petite vieille qui percute une voiture en scooter et
fait un soleil…), et s’en inspirer pour mettre au point un coup spécial, le
tout étant ensuite relaté, de façon assez drôle, sur un blog
imaginaire ! Un principe complètement con… et absolument réjouissant.
Serial gamer
On trouve de tout dans Yakuza
3 : des bars et des restaurants à écumer, des salles clandestines proposant des
jeux de cartes ou de dès exotiques (chô-han, koi-koi, oicho-kabu…), des
tournois d’Ultimate Fighting underground, des courses-poursuites, des clés de
consignes disséminées ici et là qui permettent de récupérer
différents objets, du bowling, du golf, des jeux de fléchettes, des sessions de
pêche à la ligne… Pas mal de choses déjà visibles dans les
précédents épisodes, mais que l’on retrouve avec toujours autant de
plaisir et qui bénéficient évidemment ici d’un soin particulier. Il
faudra notamment gérer particulièrement bien les sticks analogiques pour certaines
épreuves, comme le billard ou les fléchettes, qui réclament de la
concentration et une vraie précision (ce qui en énervera plus d’un). On ne
soulignera évidemment jamais assez à quel point Yakuza 3, à
l’image là encore de ses illustres prédécesseurs, ne se prend pas au
sérieux et s’autorise une constante autodérision. Tout est dans le
détail : ennemi qui vous attaque avec un énorme thon congelé, finishing
moves à la violence totalement démesurée, séances de karaoké
durant lesquelles Kiryu aligne les paroles niaises et chante comme une casserole, salary man qui
vous défie à un concours de biture et roule sous la table… L’ambiance
légère du jeu, qui contraste sainement avec l’atmosphère plus
sérieuse des cinématiques, fait que l’on parcourt le jeu avec un plaisir
toujours renouvelé.
No woman, no cry
Sujet (évident) de discorde, “l’ablation” avérée des
versions américaine et européenne du jeu, qui se voient amputées de la
séquence des bars à hôtesses, notamment, a donné à certains
gamers l’envie de couper la dernière phalange du petit doigt des responsables de
cette décision a priori aberrante. Et fait naître des velléités de
boycott. Bien que je n’excuse en aucun cas ce genre de procédés, il convient
toutefois de ranger les canifs. Ne plus avoir l’occasion de draguer à loisir
quantité de jeunes femmes aux coiffures improbables, trop heureuses de faire suer votre
carte bleue, n’a finalement rien de dramatique. Surtout qu’il est toujours possible
d’en rencontrer quelques-unes au hasard, dans la rue (et de profiter d’elles pour
commander en une fois toute la carte d’un resto histoire d’accumuler les points
d’expérience !). De plus, dans un effort louable, la version “premium”
du jeu proposée en Europe contient différents bonus, entre B.O. d’une
trentaine de titres, tableau “interactif” détaillé des relations entre
personnages (dont on retrouve l’équivalent dans les menus du jeu) et DLC
gratuitement téléchargeables (malheureusement très axés baston, et
pas forcément inoubliables). Bref, un titre d’une richesse absolue, quoi qu’il
en soit, et à la durée de vie impressionnante, de toute façon incontournable
pour tous les amoureux de la série. Ceux-là pardonneront aisément les
quelques dérives d’un titre ancré dans des mécanismes certes un peu
old school, et apprécieront pleinement ce que Yakuza 3 sait proposer de
mieux : une fantastique aventure humaine.
On peut reprocher à Yakuza 3 certaines choses : une maniabilité parfois un peu raide, une
difficulté évidente à innover d’un épisode à
l’autre, une durée de vie artificiellement augmentée par des missions pas
toujours passionnantes, une atmosphère curieusement gnangnan sur toute la partie qui se
déroule à Okinawa… Et pourtant, la magie, cette fois encore, fonctionne.
Bénéficiant d’heures de cinématiques superbes, impressionnant de
possibilités, et proposant un système de combat riche et soigné, ce nouvel
opus ne peut être qu’accueilli à bras ouverts par les amoureux du Japon en
général, et les habitués de la série en particulier. Quant aux
quelques éléments malheureusement absents de cette version occidentale
— le résultat de coûts de localisation trop élevés,
dit-on officiellement chez Sega — il serait dommage qu’ils fassent
oublier à certains la qualité globale du jeu, qui n’a, dans le fond, rien
perdu de sa superbe.
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