Je suis rentré de Las Vegas hier soir tard après une correspondance via Londres et
c’est l’esprit encore un peu embrumé par le manque de sommeil et le
décalage horaire que je vais tenter de rédiger ce compte-rendu sur le Microsoft Mix
10 qui s’est tenu à Sin City de lundi à mercredi.
Le Mix de Microsoft se tient traditionnellement à Las Vegas chaque
année et c’était ma première participation. Cette conférence
réunit des développeurs venus du monde entier, soit près de 3500 personnes
hautement expertes en programmation dans un environnement Windows. J’étais pour ma
part invité par Microsoft France dans le pack « presse et
média », petit privilège qui nous donnait accès à toutes
les conférences et au silence feutré de la salle de presse, richement dotée
en connexions web, muffins et café américain.
Côté impressions, ma première fut celle du gigantisme des
lieux. Dans une ville ou le problème de l’espace ne se pose pas (encore)
puisque plantée en plein désert du Nevada, l’unité de mesure de base
semble être l’hectare (y compris pour les chambres suites d’hôtel), et le
complexe hôtelier et loisirs dans lequel se déroulait le Mix en compte exactement
vingt-quatre, d’hectares. L’autre impression est le paradoxe entre l’image
corporate et assez peu fantaisiste de Microsoft et le choix du lieu, même si Las
Vegas est devenue en quelques années une grande ville de congrès, ce qui en
banalise fortement le côté joyeusement déluré (voire
dépravé). La dernière sensation est celle procurée par
l’ambiance de ce Mix, particulièrement cool et bon enfant, où rien
n’est imposé, et où vous pouvez naviguer au gré de vos
affinités et de vos centres d’intérêt pour picorer ici et là de
l’information au fil des keynotes ou des sessions. Impression renforcée par la
musique d’introduction ou d’attente entre les keynotes, à forte dominante rock
(et du bon).
Les développeurs sont à la fête dans ce type de
conférence, et nombre de sessions – trop techniques pour moi et sans grand
intérêt pour la plupart d’entre vous – ont certainement fait le bonheur
des programmeurs.
Côté annonces, même si aucun scoop fracassant ni aucune présentation ne
fut de nature à provoquer un séisme dans le monde de l’informatique et du
web, plusieurs nouveautés ont été présentées. Vous avez
déjà certainement lu de nombreuses choses sur le sujet, aussi vous donnerais-je
simplement mon point de vue sur ce que j’ai retenu :
Silverlight 4
Ce fut le premier sujet de la première keynote, mais aussi la première
grosse surprise pour moi. A votre avis quel est le taux de pénétration
mondiale du player Silverlight dans les ordinateurs, autrement dit, quel est le pourcentage
d’ordinateurs équipés de Silverlight ? 5% ? 10% ? Vous n’y êtes
pas du tout : près de 60% ! Rappelons pour ceux qui sont moins au fait que Silverlight est
un environnement de développement et de lecture de fichiers multimédia dans le
navigateur web directement concurrent de Flash (qui lui équipe 98% des ordinateurs).
L’environnement Silverlight est composé d’un outil de développement,
Expression Blend, lui-même intégré à Expression Studio et du player, un plugin à installer dans son
navigateur web. Le taux d’équipement a connu une très forte croissance depuis
que certains grands médias ont délaissé Flash pour signer un accord avec
Microsoft en vue de la diffusion de leur contenu multimédia. Ce fut le cas notamment avec
des chaînes de TV américaine, canadienne et norvégienne lors des derniers JO
de Vancouver. Chez nous, c’est par exemple France TV qui propose notamment la vidéo
à la demande dans un player Silverlight, comme ses journaux télévisés.
La keynote fut donc l’occasion d’annoncer la disponibilité immédiate de
Silverlight 4 (applaudissements de l’assistance) en version
développeur, la version définitive arrivant d’ici fin avril.
Pour l’internaute, quel est l’avantage d’installer le player
Silverlight si l’on possède déjà Flash ? Ce n’est pas
véritablement une question d’avantage mais de choix : si vous voulez accéder
au contenu multimédia d’un site en Silverlight, vous devrez installer le plugin
sinon vous aurez droit à une jolie page vide. Pour les avantages il faut voir du
côté des éditeurs de site : la technologie Silverlight serait plus
évoluée et plus flexible que Flash (smooth streaming HD, deep zoom… ) et
consommerait moins de ressources. Côté versatilité des applications,
Silverlight représente un avantage incontestable car il sera nativement
intégré dans Windows Phone 7 Series : les applications du futur Windows Phone
seront en Silverlight, et les sites proposant du contenu Silverlight seront normalement
compatibles avec les Windows Phone de prochaine génération. Un exemple nous a
été fourni avec
Seesmic pour Twitter sur Windows Phone présenté par Loïc Le Meur.
Windows Phone 7 Series
J’ai déjà eu l’occasion de vous parler ici de Windows Phone 7, lors de
sa
présentation officielle au MWC de Barcelone le mois dernier. Nous avons pu cette fois
prendre en main un
prototype de mobile Windows Phone 7 et, pour un proto et un OS en version beta qui a encore
un bon semestre de développement devant lui, la bonne impression de départ est
confirmée. A ce sujet je voudrais en profiter pour tordre le cou à une affirmation
un peu simpliste que je lis régulièrement : Windows Phone 7 Series
n’est PAS une copie de l’OS de l’iPhone, et c’est même
tout l’inverse. Microsoft, contrairement aux autres, a compris in extremis que s’il
tentait de faire un énième iPhone killer (ou iPhone like) il allait droit dans le
mur (un mur sans fenêtres cette fois, hahaha). Les équipes de Windows Phone,
largement renouvelées par rapport à celles qui avaient conçu les versions
précédentes, sont donc parties d’une feuille blanche et ont tenté de
repenser complètement ce que devait être l’interface utilisateur d’un
mobile. D’ailleurs le résultat n’a pas grand chose à voir avec
l’iPhone puisqu’ici nous avons affaire à une logique de hubs (les
grands thèmes, People, Music, etc…) et non plus à un choix par icônes.
Je reviendrai dans un article séparé et complet sur la session à laquelle
j’ai assistée sur la genèse du design de l’interface utilisateur de
Windows Phone 7 (nommée « Metro »), un moment passionnant au cours
duquel j’ai pu récupérer un document riche en informations dont je publierai
quelques extraits scannés. Maintenant on ne pas nier que l’iPhone ait imposé
un nouveau standard de fait dans le mobile. Un standard qui est devenu en un peu plus de deux ans
l’ABC de l’interface mobile, comme les quatre roues et le volant pour
l’automobile. Difficile dans ce cas de se démarquer complètement. Nous
verrons si Microsoft va réussir en faisant de cette alternative un nouveau paradigme.
L’accueil de l’assistance et des grands éditeurs semble en tout cas
très encourageant, et de nombreuses applications ont déjà été
développées, et présentées au Mix, comme notamment une version
très convaincante de FourSquare mais encore une application Shazam pour Windows Phone ou
des jeux et même une fonction de télécommande pilotant un robot-canon qui
catapulte des missiles en carton-pâte dans le public (applaudissements).
Les outils de développement pour Windows Phone 7 Series sont disponibles
immédiatement et sont gratuits ici : http://developer.windowsphone.com/
(applaudissements).
Internet Explorer 9
Je vais être direct : pour moi Internet Explorer est mort depuis
longtemps. Je n’utilise plus jamais ce navigateur sauf dans deux cas bien
précis : pour tester une page web et quand j’y suis contraint et que je n’ai
pas d’autre choix (PC d’entreprise sans navigateur alternatif principalement).
Aujourd’hui je partage mon surf entre Firefox la plupart du temps et Google Chrome, sans
oublier bien sûr Safari sur iPhone ou… Opera sur Windows Mobile [1].
Je ne suis évidemment pas un cas isolé puisque les parts de marché
d’Internet Explorer, largement préservées par une forte présence
d’origine dans Windows et en entreprises, se sont fortement dégradées au
cours des cinq dernières années, passant de plus de 90% à moins de 60%
(source).
Internet Explorer 9 va-t-il changer la donne et permettre à Microsoft de
reconquérir une partie du terrain perdu ? En tout cas là aussi on sent le
vent du renouveau, qui consiste surtout ici en une mise à niveau. En substance, la keynote
sur IE9 a principalement consisté à démontrer que cette nouvelle version
allait faire à peu près aussi bien qu’un Firefox, qu’un Chrome ou
qu’un Safari, démonstration comparative à l’appui (applaudissements).
Aussi bien, c’est tout ? Non : mieux. Microsoft, décidément en mode
reconquête semble vouloir faire un peu mieux et a introduit dans Internet
Explorer 9 un traitement GPU, soit une accélération matérielle via
un traitement par la carte graphique des données rendues par le navigateur, ce qui promet
normalement un affichage optimisé et plus fidèle mais surtout un temps de
chargement des pages très fortement réduit.
Le reste de la démo a donc consisté à mettre en exergue la bonne
intégration de SVG et de HTML5 et CSS3 dans Internet Explorer 9, à tel point que
cette présentation ressemblait davantage à un inventaire des progrès et
avantages de HTML5 plutôt qu’à une démo du futur navigateur de
Microsoft. Pour vous faire une idée vous pouvez télécharger une version de
preview ici : http://ie.microsoft.com/testdrive/. Attention, cette preview n’est pas
compatible avec Windows XP ni avec Vista première version. Il vous faudra au moins Vista
SP2 ou Windows 7 pour l’installer.
Tous ces arguments, qui montrent là aussi que Microsoft tente de se remettre en question,
seront-ils suffisants pour inciter les internautes qui ont déserté Internet
Explorer à le réutiliser ? L’avenir le dira. Pas gagné pour
autant…
En vrac
D’autres annonces et démonsttations ont été faites lors de ce
Mix 10, et je vous les livre en vrac car toutes ne justifient pas à mon sens un
développement détaillé :
- le code source du player vidéo de Silverlight 4 va être prochainement
publié en open source
- présentation de Pivot, un outil en Silverlight de gestion de de
manipulation d’images (notamment pour les archives de presse) aux effets étonnants.
Je vous conseille de regarder la démo ici : http://www.getpivot.com/
- présentation de Bing Maps qui propose un mode Street View
à base de photos retraitées en 3D (possibilité de tourner autour d’un
bâtiment) avec une technologie empruntée à Photosynth.
- démonstration d’un widget eBay « eBay Simple
Lister » en Silverlight qui permet aux vendeurs de scanner par exemple
directement le code-barre ISBN d’un bouquin pour le mettre en vente. Toutes les
données ISBN seront alors incluses automatiquement dans son annonce avec notamment la
couverture du livre.
- présentation des dernières avancées sur JQuery par son
créateur, John Resig.
- hormis les applications Silverlight, Windows Phone 7 supportera les jeux
multi-plateformes : vous pouvez commencer une session de jeu sur votre XBox360 chez vous
et la continuer sur votre Windows Phone si vous devez partir en déplacement. Voir la
démo dans cette vidéo.
Ce que je n’ai pas vu au Mix 10
Au rayon des petites déceptions, et contrairement à ce que certains, dont je
faisais partie, envisageaient, nous n’avons pas vu trace ni du Slate de HP et encore moins
du Courier, pour lequel le blackout d’information semble être total chez Microsoft.
Sauf si j’ai raté quelque-chose, rien non plus sur Office 10 et sa version Online,
mais nous en saurons certainement plus d’ici fin avril.
En conclusion
Le vent tourne et après des années de domination écrasante sur
l’informatique mondiale, Microsoft apparaît dans une nouvelle posture de challenger
dans des domaines ou le marché et les utilisateurs l’attendent au tournant,
notamment le mobile, la navigation web et le respect des standards. Concernant le mobile,
à une époque où l’on commence à assister à des querelles
de chiffonniers entre Adobe, Google et Apple, notamment dans le débat autour de Flash,
Microsoft se démarque et va proposer une solution avec un avantage concurrentiel
incontestable : l’intégration de Silverlight dans Windows Phone. Un avantage
énorme pour les développeurs mais aussi pour les consommateurs, qui risque de
rendre très vite obsolètes les questions existentielles sur Flash et les
applications mobiles riches.
Enfin je ne pourrai pas finir ce billet sans remercier l’équipe de Microsoft France
pour son accueil, sa sympathie et sa bonne humeur tout au long de cet évènement, et
notamment un super poke au camarade David Cohen, aux petits soins avec nous.
(applaudissements)
Pour en savoir plus (vidéos et autres compte-rendus) :
[1] A quoi sert Internet Explorer ? A télécharger Firefox. A quoi sert Internet
Explorer Mobile ? A télécharger Opera Mobile
Et maintenant les photos :
autres photos à venir, en cours de traitement…
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Article original écrit par Eric et publié sur Presse-Citron, le 19/03/2010. | Lien direct vers cet
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