En recommandant le dépistage des « troubles comportementaux » dès 3 ans,
le porte parole de l’UMP ne fait que ressortir une vieille lune de l’aile dure du
parti, dont le rapport Bénisti d’octobre 2004, grande Å“uvre de flicage
orwelienne de la petite enfance, fut l’une des pierres angulaires.
La proposition de Frédéric Lefebvre de dépister les « troubles
comportementaux » des enfants dès 3 ans ? « Une vieille lune de la
droite », soupire-t-on dans les syndicats de magistrats. De fait, l'UMP a connu quelques
précédents de déclarations fracassantes et autres recommandations
déterministes visant à voir dès le plus jeune âge les germes de la
délinquance. Sans même parler de l’entretien du candidat Sarkozy avec Michel
Onfray où le premier situait l’origine de la pédophilie dans les gênes,
les juristes se souviennent avec émotion
du rapport Bénisti
(député UMP du Val-de-Marne), présenté au ministre de
l’Intérieur Dominique de Villepin en octobre 2004.
Des pédopsychiatres partout
Dénoncé à l’époque par la Ligue des droits de l’homme, le
PS et de nombreuses associations, le texte du député du Val-de-Marne
présentait aimablement l’échec des politiques de lutte contre la
délinquance et recommandait d’agir
« au plus tôt » :
« Les actions à promulguer entre 3 et 6 ans ou entre 6 et 12 ans sont nettement
moins lourdes à mettre en Å“uvre que celles qui devront être mises en
place à l’adolescence », soulignait le rapport. Un joli graphique (voir
ci-dessous) situait entre deux ans et trois ans et demi l'âge des premiers problèmes
d’insertion dans la société (difficultés à s’exprimer en
français) menant directement, selon le même document, au braquage à main
armée et au trafic de drogues dures.

Entre trois et
six ans, le texte recommandait
« des suivis sanitaires et médicaux
réguliers [...] dans les structures de garde de la petite enfance pour détecter et
prendre en charge dès le plus jeune âge, ceux qui montrent des troubles
comportementaux. » Autrement dit, presque mot pour mot, la proposition faite par
Frédéric Lefebvre lundi 1er décembre. Une fois les troubles
détectés, les collectivités locales étaient invitées à
mettre en place un
« comité de coordination, d’aide et de suivi de
l’enfant », des pédopsychiatres étant chargés
d'intégrer et former les structures d’encadrement de la petite enfance.
Secret professionnel et « difficultés de valeur » à
réviser
Parallèlement à cette généralisation de la pédopsychiatrie, le
rapport recommandait en sixième proposition une étrange redéfinition de
« la notion de secret professionnel », sans doute en lien avec les
innombrables injonctions à la mise en place d’une communication plus étroite
entre personnels médicaux et référents de l’enfant...

Toujours dans ce
rapport Bénisti, en page 17, un charmant paragraphe explique qu’afin de contrer les
« difficultés de valeur » qui empêchent les législateurs
de sécuriser à tout va, il serait bon de
« mettre en place des outils
statistiques fiables et indiscutables qui permettent de montrer de façon objectif (sic !) et
irréfutable les difficultés et les actions à mettre en Å“uvre sans
que les valeurs propres à chacun ne viennent interférer. »
Un casting de choc préfigurant l’UMP sarkozyste
A l’époque de sa publication, le rapport avait fait un certain bruit du fait des
parallèles nauséabonds entre bilinguisme et délinquance : dans sa version
initiale, le rapport soulignait que le fait que la mère ne parle pas la langue
française constituait le point de départ d’une exclusion sociale menant
à la délinquance, désignant même la langue du pays de provenance comme
« patois du pays ».
Cependant, Frédéric Lefebvre n'aura aucun mal à faire valoir ses propositions
au sein de l'UMP : les membres de la commission en charge du rapport Bénisti ont, depuis,
pris du galon. Parmi eux : Christine Boutin,
Chantal Brunel (actuellement
porte parole du groupe), Christian Estrosi (troisième vice-président) et quelques
grandes figures parlementaires comme
Eric Raoult et
Lionnel Luca ,
Guy Geoffroy
(promoteur des centres éducatifs fermés), et
Christian Vanneste
(récemment blanchi d’une accusation de propos homophobes). Idem pour les personnes
auditionnées : Jacques Crémadeills et David Teillet (à l’époque
chargé de mission et conseiller technique au cabinet de Xavier Darcos) et une certaine
Rachida Dati, alors conseillère technique au cabinet de Nicolas Sarkozy.