John Gilbert enfile un sous-pull ridicule (que Lon Chaney a dû refuser de mettre) et
incarne... dans cet attirail
le fameux magicien Cock Robin qui fait plus d'étincelles que le groupe du
même nom. Toujours l'ambiance de ces petits cirques de pacotilles avec femmes fatales en
exhibition (je vous conseille Spiderwoman), patron glauque (Le Grec (Lionel Barrymore), plus
dangereux qu'un sandwich du dit pays), magicien dragueur sur la brèche (John Gilbert) et
créature féminine "sublime" sortie d'un conte des Mille et Une Nuit (Salome
jouée par Andrée Adorée, grasse comme un loukoum - adoré, c'est bien
un participe passé, non?). Le Grec couve Salome qui fait les yeux doux à Cock Robin
qui drague tout ce qui bouge dont une bien innocente bergère. Histoires sentimentales qui
s'entremèlent et qui cachent de sombres histoires de pognon, le Grec lorgnant sur le
pactole du père de la bergère qui vient de vendre 3456 moutons, le John, lui,
tirant profit chaque soir de cette bien aimable bergère qui l'entretient. On ajoute
à cela une curieuse créature dangereuse, un varan du Komodo... qui vient de
Madagascar (super dangereux, tu m'étonnes, pour avoir fait tout ce chemin) et qui te saute
à la tronche horriblement, pour peu que l'accessoiriste l'ait bien lancé. On
apprécie cette ambiance de multiples petits regards en coin, de drames qui se nouent en
coulisse (Le Grec qui se déguise, pour, lors du clou du spectacle de magie,
véritablement couper la tête de Cock, diable), de petites rues mal
éclairées où personne n'est à l'abri d'un coup de feu...
La tension monte et puis tout d'un coup le film bifurque vers le drame sentimentale violoneux
avec le Cock qui, poursuivi de toute part, trouve refuge dans l'appart de Salome avec celle-ci...
Il est alors question d'un vieil homme aveugle (Oh peuchère) qui loge ici même et
qui attend son fils parti à l'armée; en fait celui-ci est en prison et Salome de
couvrir habilement la vérité, en faisant croire au vieux qu'un jour son fils
reviendra - elle écrit elle-même de fausses lettres... Forcément notre Cock
va peu à peu fondre pour la gonzesse et devenir doux comme un agneau grâce à
son influence ultra-positive, lui qui faisait tout de même super peur dans son sous pull
des années 70. Ce changement de direction dans la trame est un peu surprenant même
si cela permet à Browning de se focaliser sur ses deux stars et de faire des
économies de décor (signé du terriblement prolixe Cedric Gibbons, 1050 films
à son actif et quelques 11 Oscars (ne cherchez pas, il est dans tous les
génériques que je regarde actuellement de Garbo à Borzage - tiens, c'est
presque un chiasme, étonnant). Heureusement le varan enragé fait une nouvelle
apparition pour un final haletant... Enfin plus ou moins (l'accessoiriste s'en donne vraiment
à coeur joie pour lancer comme un malade le pauvre animal), le final étant un peu
convenu voire à l'eau de rose... Mais bon, les trois acteurs ne déméritent
point et l'atmosphère brumeuse de ce festival de cirque dans cette bonne ville de Budapest
est, au départ, relativement bien rendue. Un très honnête Browning.