Par Laurent Pinsolle. Le débat sur l’euthanasie resurgit fréquemment. Le cas de
Chantal Sébire avait dernièrement ému l’opinion. Le gouvernement a
réagi en commandant un deuxième rapport au député Jean Leonetti,
après celui de 2005. En voici les conclusions.

Le débat sur
l’euthanasie est complexe et sensible. Il touche à l’éthique et à
la conception de la vie car on ne peut pas accepter de donner la mort à autrui à la
légère, même s’il s’agit d’une demande expresse de la
personne concernée.
Règles religieuses
Curieusement, on souligne assez rarement le poids de la religion dans ce débat. Car
l’église catholique condamne clairement cette pratique et il est difficile de ne pas
voir dans certaines oppositions à ce droit à mourir une influence des règles
religieuses. Malgré tout, dans un pays très laïc comme la France, on constate
que l’opinion est en train de basculer en faveur d’une autorisation de
l’euthanasie, à la lumière de cas comme celui de Chantal Sébire,
où tout semble indiquer qu’il serait plus humain de laisser ces personnes mourir comme
elle le souhaite. Malgré tout, le seul mouvement de l’opinion ne doit pas suffire
à autoriser une telle pratique.
Il faut donc examiner les arguments des opposants à l’euthanasie. Comme le rapporte
Le Monde, Jean Leonetti
« qu'un comité d'experts,
s'il était appelé à se prononcer sur les demandes d'euthanasie
présentées par des patients, n'aurait pas de légitimité
à se placer au-dessus des
lois ».
Déficit d'engagement politique
Cet argument est assez surprenant dans la mesure où si l’Assemblée passait une
loi autorisant l’euthanasie, alors le comité ne ferait que suivre la loi. En
outre,
« le député relève que le suicide ne constituant
pas une infraction, l'aide au suicide – le fait de fournir à
quelqu'un qui a la volonté de se suicider les moyens de le faire
–, n'est pas pénalisable », moyen commode de laisser
faire sans crainte de poursuites judiciaires mais sans s’engager politiquement par le biais
d’une loi. Bref, devant le manque d’arguments convaincants et la porte ouverte à
l’assistance au suicide, la conclusion de ce rapport manque de clarté.
Pourtant, cette question est importante et appelle un choix autre que cette porte très
légèrement ouverte qui ne tranche pas vraiment. Cette position reflète un
manque de courage et d’honnêteté. Pour ma part, je crois qu’il faut
autoriser l’euthanasie. Ne pas vouloir interrompre la vie de personnes humaines
désireuses de mettre fin à une vie sans issue a pour moi quelque chose
d’animal, comme une volonté absurde de laisser faire la nature, un renoncement
d’une part de notre humanité.
Respecter notre humanité
Car l’humanité, c’est justement le refus des simples règles de la nature.
Qu’y a-t-il d’humain à laisser une personne souffrir inutilement quand elle
souhaite abréger des souffrances incurables ? Bien sûr, il pourrait y avoir des
abus, mais ils pourraient sans doute être évités en instaurant un délai
minimum ainsi qu’un comité d’experts chargé de s’assurer que la
demande est solide et pas issue d’un coup de tête.
Parce que légiférer sous le coup de l’émotion est rarement une bonne
solution, le choix de faire un nouveau rapport suite au cas de Chantal Sébire était
une bonne idée. Malheureusement, les conclusions du rapport Leonetti confirme une
législation qui ne tranche pas clairement.
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