Par Renaud Dély. Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan ont, chacun à
leur manière, décidé de capitaliser sur le non des Français au
traité constitutionnel européen en 2005. Est-ce un bon calcul, sachant que, depuis,
la crise est passée par là? Pas sûr.

Réveiller le souvenir de ce printemps
radieux, ressusciter la ferveur de ces meetings triomphants, bref, refaire le coup du 29 mai 2005 !
Tel est l’espoir que partagent les deux petit Poucet siamois qui viennent de lancer chacun
leur mouvement, le tonitruant Jean-Luc Mélenchon et son Parti de gauche, et le virulent
Nicolas Dupont-Aignan, et son mouvement Debout la République. Chacun dans leur camp, ces
deux élus de l’Essonne, ce drôle de laboratoire qui n’en finit pas de
donner des portées de manoeuvriers socialistes à la scène politique (Julien
Dray, Manuel Valls, François Lamy, etc), pensent pouvoir récupérer les voix
qui avaient eu raison de la Constitution européenne il y a bientôt quatre ans. Et
entendent faire tourner les tables pour réveiller l’esprit du non. Il ne s’agit
toutefois pas de se contenter de faire du spiritisme politique. En quatre ans, l’eau a
coulé sous les ponts - de droite comme de gauche – et souvent pour
valider les thèses nonistes pourfendant les dégâts de la
dérégulation néo-libérale.
Le « Dupont-Aignan de gauche », Jean-Luc Mélenchon, se frotte donc les mains
devant l’état de santé désespéré de la concurrence noniste
qu’il lui reste à affronter à gauche : les socialistes qui faisaient à
l’époque cause commune avec lui ont adoubé une « ouiste »,
Martine Aubry, à leur tête, et celle-ci a commencé par aller ratifier à
Madrid, le manifeste des sociaux-démocrates qui valide le traité de Lisbonne
adopté sans référendum. Dès lors, la voix de Benoît Hamon,
Laurent Fabius et des autres risquent de ne trouver plus guère d’écho lors de
la campagne des européennes. Quant à José Bové, il s’est
rallié à l’europhile Daniel Cohn-Bendit au risque lui aussi de
disparaître.
Nous ne sommes pas dans les conditions d'une répétition de 2005
Quant au Mélenchon de droite, Nicolas Dupont-Aignan, il mise, pour faire son trou, à
la fois sur la disparition du FN, où Le Pen s’apprête à continuer son
grand ménage de printemps en virant Bruno Gollnisch avant d’installer sa fille
à la caisse de la boutique familiale, sur la ringardisation de Philippe de Villiers
embourbé dans ses chouanneries, et sur l’impopularité persistante du pouvoir
dont risquent de souffrir les listes UMP.
Pas sûr pour autant qu’il faille pour eux se contenter d’être dans la
répétition. Le sursaut salvateur annoncé après la victoire du non a
fait long feu et si le résultat du 29 mai 2005 reste déterminant, notamment quant au
sort réservé aux classes populaires, et demeure structurant dans le débat
politique français, ses conséquences doivent sans nul doute être relues
à l’aune de la crise financière, économique et sociale actuelle. Il ne
suffira pas de dénoncer le cours actuel de l’Union européenne au moment
où le monde réclame davantage de régulation et de recours à la
puissance publique. C’est bien à une réorientation de la construction
européenne qu’aspirent aujourd’hui les peuples, un discours professé dans
les mots tant par Mélenchon que par Dupont-Aignan sans que l’internationalisme de
l’un ou le protectionnisme de l’autre soient capables, pour l’heure, de le
traduire dans les faits. Il est vrai que tourner le dos à 20 ans de
dérégulation néo-libérale promet d’être sportif quand
l’écrasante majorité des gouvernements des 27 pays de l’UE sont
eux-mêmes libéraux. Construire une autre Europe, bien sûr, mais avec qui ? Au
fait, quelqu’un a-t-il remis la main sur le plan B ?