MÉTHODES POLICIÈRES INDIGNES Il y a trois jours, un témoignage anonyme
était posté sur le fil de commentaires d’un article de
LaTéléLibre, le post 23,
ici
même. Sur LaTéléLibre, une discussion s’engageait sur ces
méthodes policières péremptoires et violentes. Au même moment, notre
confrère de Libération Vittorio de Filippis, ancien directeur de la publication et
journaliste à
Libération subissait un traitement dégradant lors
d’une arrestation à son domicile. Depuis, c’est la cacophonie à la
tête de l’Etat, Michelle Alliot-Marie et Rachida Dati justifiant l’arrestation de
Vitorio de Filippis, et Nicolas Sarkozy demadant à travers un communiqué de
l’Elysée, une mission de réflexion visant à définir
«une procédure pénale plus respectueuse des droits et de la dignité
des personnes».
Nous publions donc aujourd’huiÂ
l’intégralité des témoignages que nous avons reçu sur ces
interventions policières à l’intérieur de deux établissements
scolaires du Gers. Si la lutte contre l’usage du cannabis dans les collèges et
lycées est une préoccupation légitime de tous les parents, les méthodes
utilisées, et justifiées depuis, par les forces de l’ordre, ne sont pas dignes
de notre démocratie. Première descente de gendarmes à l’école des
métiers d’Auch. 16 gendarmes et 2 maîtres-chien ont fouillé les
élèves.
Lundi 17 novembre 2008, 10h30, un prof raconte.
Témoignage
d’un prof de l’école des Métiers (Auch), sur le répondeur de
“la-bas, si j’y suis”, France Inter
(Ce témoignage audio reprend le texte que nous avions reçu samedi dernier)
Ecole des Métiers du Gers. Descente musclée de la gendarmerie dans les
classes.
Je fais cours quand, tout à coup, sans prévenir, font irruption dans le lieu
clos de mon travail 4 gendarmes décidés, accompagnés d’un
maître-chien affublé de son animal. Personne ne dit bonjour, personne ne se
présente. Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe. Les
élèves sont extrêmement surpris. Je pose des questions aux intrus, demande
comment une telle démarche en ce lieu est possible. On ne me répond pas,
j’insiste, on me fait comprendre qu’il vaut mieux que je me taise. Les jeunes sont
choqués, l’ambiance est lourde, menaçante, j’ouvre une fenêtre
qu’un gendarme, sans rien dire, referme immédiatement, péremptoirement.
Le chien court partout, mord le sac d’un jeune à qui l’on demande de
sortir, le chien bave sur les jambes d’un autre terrorisé, sur des casquettes, sur
des vêtements. La bête semble détecter un produit suspect dans une poche, et
là encore on demande à l’élève de sortir. Je veux intervenir
une nouvelle fois, on m’impose le silence. Des sacs sont vidés dans le couloir, on
fait ouvrir les portefeuilles, des allusions d’une ironie douteuse fusent.
Ces intrusions auront lieu dans plus de dix classes et dureront plus d’une heure. Une
trentaine d’élèves suspects sont envoyés dans une salle pour
compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et
d’enlever leurs chaussettes, l’un d’eux se retrouve en caleçon. Parmi
les jeunes, il y a des mineurs.
Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l’élève en ressort un
ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu’il peut toujours porter plainte.
Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne les élèves devant le tableau.
Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous
bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto ! »Il y a des
allées et venues incessantes dans les couloirs, une grande agitation, je vois un gendarme
en poste devant les classes. J’apprendrais par la suite qu’aucun
évènement particulier dans l’établissement ne justifiait une telle
descente.
La stupeur, l’effroi ont gagné les élèves. On leur dira le
lendemain, dans les jours qui suivent qu’ils dramatisent. Ils m’interrogent une fois
la troupe partie, je ne sais que dire, je reste sans voix. Aucune explication de la direction
pour le moins très complaisante. Je comprends comment des gens ont pu jadis se laisser
rafler et conduire à l’abattoir sans réagir : l’effet surprise laisse
sans voix, l’effet surprise, indispensable pour mener à bien une action efficace,
scie les jambes. Ensuite, dans la journée, je m’étonne de ne lire
l’indignation que sur le visage de quelques collègues. On se sent un peu seul au
bout du compte. Certains ont même trouvé l’intervention normale,
d’autres souhaitable.
Je me dis qu’en 50 ans (dont 20 comme prof), je n’ai jamais vu ça. Que les
choses empirent ces derniers temps, que des territoires jusque là protégés
subissent l’assaut d’une idéologie dure.
Ce qui m’a frappé, au-delà de l’aspect légal ou illégal
de la démarche, c’est l’attitude des gendarmes : impolis,
désagréables, menaçants, ironiques, agressifs, méprisants, sortant
d’une classe de BTS froid-climatisation en disant : « Salut les filles ! »
alors que, bien sûr il n’y a que des garçons, les félicitant
d’avoir bien « caché leur came et abusé leur chien ». A vrai dire
des marlous, de vrais durs n’auraient pas agi autrement. C’est en France, dans une
école, en 2008.
Une autre affaire de “prévention” musclée, est rendue publique,
toujours dans le Gers, mais cette fois au collège de Marciac.
Source: Nogaro
Journal
J’ai eu cette semaine un mail concernant une descente de police dans un
lycée du Gers... On a pu entendre aussi le témoignage sur France inter.
J’étais absolument abasourdi par les méthodes utilisées... Mais vous
savez parfois on se dit que les gens exagèrent dans leur témoignage.... Bref, je
reste interrogateur !
Mais voilà que ce WE, j’accueille ma fille Zoé -elle a 13 ans- de
retour du collège de Marciac. Elle me raconte son mercredi au collège...
colère à l’intérieur de moi... révolte... que faire???
J’ai demandé à Zoé d’écrire ce qu’elle me disait
là. Elle a accepté.
Voici donc son témoignage, avec ses mots à elle :
«Â Il nous l’avait dit, le CPE, que des gendarmes allaient venir nous
faire une prévention pour les 4ème et les 3ème.
Ce mercredi là (19/11/2008), toutes les classes sont entrées en cours comme
à leur habitude, en suivant les profs.
A peine 10 minutes plus tard - nous étions assis-, deux gendarmes faisaient
déjà le tour de la salle où nous étions. La prof avec qui nous
étions, les regardait en nous disant « Ils font leur ronde!?? » . Elle
n’était à priori au courant de rien bien sûr. Soudain , la porte
s’est ouverte, laissant entrer deux gendarmes... Enfin non, pas exactement!!! Il y avait un
monsieur chauve habillé en militaire ( le dresseur de chien en fait!) et un gendarme
très gros.
Le chauve nous a dit: « Nous allons faire entrer un chien! Mettez vos mains sur les
tables, restez droit, ne le regardez pas! Quand il mord, ça pique! »
Enfin il a dit ça, à peu près... Je me rappelle surtout du « Quand il
mord, ça pique! »
Après, il est sorti deux minutes et est revenu avec deux autres gendarmes et le chien.
Les gendarmes se sont placés aux deux extrémités de la classe tandis que le
dresseur regardait son chien déjà à l’Å“uvre. Le chien
s’appelait Bigo. Bigo s’est acharné sur plusieurs sacs, en mordant et
arrachant tout ce qui dépassait. Quand à la prof, elle restait derrière son
bureau bouche bée.
Le chien s’est attaqué au sac de mon amie, à coté de moi. Le dresseur
a claqué des doigts en disant: « Sortez mademoiselle, avec toutes vos affaires!
» Elle a rangé son sac, s’est levée et s’est
apprêtée à sortir mais le dresseur l’a repris vite: « Et ton
manteau! » Elle a rougi et emporté aussi son blouson.
Plusieurs personnes de la classe sont ainsi sorties. Le chien vient alors sentir mon sac.
Voyant que le chien ne scotchait pas, que rien ne le retenait là, le dresseur lui a fait
sentir mon corps avant de s’empresser de me faire sortir. Dehors m’attendait une
petite troupe de gendarmes... Enfin, non, pas dehors: nous étions entre deux salles de
classe.
Me voyant arriver, ils se dépêchèrent de finir de fouiller une autre fille.
Mon amie était déjà retournée dans la classe. Quand ils eurent fini,
ils s’emparèrent de mon sac et le vidèrent sur le sol. Un gendarme me fit
vider les poches du devant de mon sac. Il vérifia après moi. Je
n’étais pas la seule élève. Avec moi, il y avait une autre fille qui
se faisait fouiller les poches par une gendarme.
Ils étaient deux gendarmes hommes à la regarder faire. Le Gendarme qui fouillait
mon sac vida ma trousse, dévissa mes stylos, mes surligneurs et cherchait dans mes
doublures.
La fille qui était là fouillée elle aussi, se fit interroger sur les
personnes qui l’entouraient chez elle. Elle assurait que personne ne fumait dans son
entourage. Ils la firent rentrer en classe.
C’était à mon tour! La fouilleuse me fit enlever mon sweat sous le
regards des deux autres gendarmes.....
Je décris: Un gendarme à terre disséquait mes stylos, un autre le
surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe
dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes
ourlets de pantalon. Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures. Le gars qui nous
regardait, dit à l’intention de l’autre gendarme: «Â On
dirait qu’elle n’a pas de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien
vérifier! On ne sait jamais... » Ils ont souri et la fouilleuse chercha de plus
belle! Elle cherche dans les replis de mon pantalon, dans les doublures de mon tee shirt sans
bien sûr rien trouver. Elle fouilla alors dans mon soutif et chercha en passant ses mains
sur ma culotte! Les gendarmes n’exprimèrent aucune surprise face à ce geste
mais ce ne fut pas mon cas!!!!!!
Je dis à l’intention de tous « C’est bon arrêtez, je
n’ai rien!!!! »
La fouilleuse s’est arrêtée, j’ai remis mon sweat et mon fouilleur de
sac m’a dit: « tu peux ranger! ».
J’ai rebouché mes stylos et remis le tout dans mon sac et suis repartie en
classe après avoir donner le nom du village où j’habite.
De retour en classe, la prof m’a demandé ce qu’ils ont fait. Je lui ai
répondu qu’ils nous avaient fouillé. Je me suis assise et j’ai eu du
mal à me consacrer au math!
Tout ça c’est ce que j’ai vécu mais mon amie dans la classe
à coté m’a aussi raconté.
Le chien s’est acharné sur son sac à elle et elle a eu le droit au même
traitement. Mais ses affaires sentaient, alors ils l’ont carrément emmené
à l’internat où nous dormons. Le chien s’est acharné sur toutes
ses affaires m’a t-elle dit. Le gendarme lui a demandé si elle connaissait des
fumeurs de hash, vue qu’ils ne trouvaient rien. Elle leur a simplement répondu que
le WE dernier elle a assisté à un concert!
Le CPE l’a ramené ensuite au collège et elle m’a raconté.
Après les cours, le principal a rassemblé tous les élèves et nous
a dit que bientôt allait avoir lieu une prévention pour tout le monde.
Une prévention? Avec des chiens? Armés comme aujourd’hui?
Une élève de 4ème nous a dit que le chien s’est jeté sur
son sac car il y avait à manger dedans. Elle a eu très peur.
Les profs ne nous en ont pas reparlé....Ils avaient l’air aussi surpris que
nous!
Tous les élèves de 3ème & 4ème ont du se poser la même
question: Que se passe t il?
Et tous les 6ème et 5ème aussi même si ils n’ont pas été
directement concernés! »
Zoé.D.R
Qu’en pensez vous? Que dois je faire ? Qui parle de violence ?
Il me semble important d’écrire ici que ni personne du collège a juger
important de communiquer sur ces faits( ???). Nous sommes lundi 24/11/2008, il est 15h30 et si
Zoé ne m’en avait pas parlé, je n’en saurais rien. Combien de parents
sont au courant ?
Les enfants « victimes » -et je pèse ce mot- de ces actes sont en 4ème
et 3ème.
Ils ont donc entre 12 et 14 ans ! Je n’en reviens pas....
Frédéric
APPEL à la MOBILISATION
DEVANT LE COLLÈGE DE MARCIAC
lors de la tenue du C.A
VENDREDI 5 DÉCEMBRE à partir de 17H15.



