Le Parti de gauche, l'organisation lancée par Jean-Luc Mélenchon naîtra
officiellement cet après-midi lors d'un meeting. Qui sont ses militants ? Combien sont-ils ?
Qui sont ses alliés ? En fait, tout reste à faire. C'est la lutte initiale.
« Ça faisait dix-huit ans que je me “cognais” des gens que je ne
pouvais plus voir. Pas physiquement ! Mais leur manière de faire de la politique
pleine de renoncements et de compromis... C’est sans doute l’euphorie du début
mais je suis exalté » « Exalté », Franck
Pupunat , l’animateur de la motion embryonnaire Utopia
au sein du PS, l'est depuis qu'il a annoncé qu’il ralliait le Parti de gauche (PG)
créé par Jean-Luc Mélenchon et Marc Dollez
. Cet après-midi, il sera de ceux qui monteront à la tribune pour le meeting fondateur du PG . La foule
a de fortes chances d'être au rendez-vous : rien n’a été laissé
au hasard. Des « départs groupés » ont été
organisés depuis tout le territoire pour rejoindre l’ÃŽle Saint-Denis en
proche banlieue parisienne. Et une liste d’invités est là aussi pour donner
de la crédibilité à cette entreprise et convaincre les derniers
récalcitrants. Parmi les VIP, le député du Bundestag Oskar Lafontaine qui,
avec le Die Linke , a réussi en Allemagne ce
que le sénateur de l’Essonne espère bien réaliser en France. A ses
côtés, on retrouvera notamment l'économiste médiatique Jacques Généreux ou encore le
« Ken Loach méridional », Robert Guédiguian.
5 000 signataires. Autant d'adhérents ?
Danielle Simonnet est conseillère de
Paris. Comme Franck Pupunat, elle a largué les amarres de Solférino pour rejoindre
le PG. Et comme lui, elle prendra la parole au cours du rassemblement. Pour ce meeting, elle
table sur « 1 500 personnes ». Mais au-delà de ce meeting, combien
de personnes le nouveau parti compte-t-il dans ses rangs ? Pour l’instant :
aucun. Et pour cause : les cartes d'adhésion n’existent pas encore. Mais
d’après Danielle Simonnet, « 5 000 personnes en France, 500 à
Paris » ont signé « l’appel » lancé par Jean-Luc
Mélenchon et Marc Dollez via le site du PG. Des déclarations d’intention, pas
encore des adhésions. Si Ségolène Royal avait pris les clefs du parti
à la rose, sans doute que le PG, en réaction, aurait accueilli une vague de...
déclarations d'intention ! Là, ce n’est pas vraiment
l’hémorragie du côté des socialistes. Et pour ce qui est des caciques
du PS, ce n’est pas non plus l’affluence : « On n'a pas besoin de
ça », explique l’élue parisienne, « Ce qu’on veut faire, ce
n’est pas le PS bis. S’ils viennent tant mieux. Mais si d’autres
personnalités émergent, ce n’est pas plus mal. » Quant
à Franck Pupunat son réservoir de militants est assez maigre. Quand bien
même, il reconnaît à demi-mot qu'ils n'ont pas été nombreux
à le suivre : « Partir du parti socialiste, c’était une décision
individuelle. Certains sont restés pour résister... »
Et puis il y a l’association Pour la République sociale (PRS), une
sorte de « club politique trans-partis de gauche » animé depuis sa
création en 2004 par Mélenchon. PRS est une des chevilles ouvrières de la
campagne du « non » au Traité constitutionnel européen. PRS,
c’est une force de frappe militante à l’efficacité assez redoutable. Et
c’est cette structure qui permet aujourd’hui au PG d’exister. Sans PRS, point
de PG. Pour autant, les membres de l'association n’ont pas suivi comme un seul homme
Jean-Luc Mélenchon dans l’aventure du Parti de gauche...
Un « front de gauche ». Mais avec qui ?
Reste la question des alliances. Le sénateur de l’Essonne souhaite constituer
« un front de gauche » pour les prochaines élections
européennes. Avec l’allié de toujours (ou presque), le PCF , les
choses n’ont pas été bien difficiles. A l’issue d’une rencontre
le 18 novembre dernier, les deux partis « ont décidé de
s’engager ensemble dans la construction d’un front de gauche pour une autre Europe
démocratique et sociale, contre la ratification du Traité de Lisbonne et les
traités européens actuels ». Avec le NPA , la
tâche s'est révélée plus ardue. A sa création, Olivier
Besancenot a porté un regard un peu dédaigneux sur ce nouveau parti. Mais dans un
entretien paru dans L’Express ce jeudi, il a fini
par expliquer que la « démarche [de Jean-Luc Mélenchon] allait dans le bon
sens » et qu’à l’avenir il serait possible de mener des campagnes
« ensemble ». Malgré tout le leader trotskiste tient à
marquer sa différence : « Mélenchon veut faire un ancien vrai Parti
socialiste. Notre objectif consiste non pas à refaire la gauche, mais à construire
une autre gauche. »
A côtés du PCF et du NPA, il y a d’autres organisations politiques auxquelles
le sénateur de l’Essonne fait des appels du pied : les
Alternatifs , Lutte Ouvrière , le Parti ouvrier indépendant et
le Mouvement républicain et citoyen
(MRC) de Jean-Pierre Chevènement. Mais les deux hommes ont quelques points de
désaccord. Quand Mélenchon parle d’un « front » qu’il
souhaite constituer à gauche du PS, l’ancien ministre de l’Intérieur,
lui, avance une autre idée : « un grand parti de toute la gauche
» qui pourrait rassembler de Marie-George Buffet jusqu’à Dominique
Strauss-Kahn. Si l’on ajoute à cela que le Parti de gauche vient d’attirer
à lui deux parlementaires proches de Chevènement (Jacques Desallangre,
député de l’Aisne ancien du Mouvement des citoyens et François Autain,
sénateur de la Loire-Atlantique élu sous l’étiquette MRC), on imagine
mal le couple faire un bout de chemin ensemble...
Mais avec ou sans le MRC, de toute évidence, la route s'annonce difficile pour Jean-Luc
Mélenchon et ses « camarades ». Car pour eux, l’échéance
est très proche : les élections européennes en juin 2009. Mais après
tout, quand «Méluche» s’est lancé dans la bataille du « non
» au Traité constitutionnel européen, peu de gens y croyaient...
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