82e semaine de Sarkofrance pour Juan. Les chiffres du chômage explosent, le «travailler
plus pour gagner plus» ressemble plutôt à «travailler plus pour gagner
pareil et faire virer des intérimaires», le pouvoir d'achat est la dernière des
préoccupations de ce gouvernement qui n'apporte plus de soutien qu'aux entreprises et au
capital.

Cette semaine, une chose
incroyable s'est produite. Nicolas Sarkozy a abdiqué. Évidemment, il ne l'a pas
avoué. Il a abandonné la promesse centrale de sa campagne électorale de 2007 :
la priorité au travail. Cette semaine en effet, Nicolas Sarkozy a enfin annoncé la
couleur. Jusqu'ici, la réponse «
sociale» à la crise était
minime.
Le discours de
Rethel incluait un modeste traitement social du chômage. Il y a deux jours, le monarque a
confirmé la donne : face à la crise, le monarque n'aidera que les employeurs et le
capital.
Exit le travail et
les travailleurs !
Électeurs sarkozystes, avez-vous voté pour cela ?
Gesticulateur
Le Monarque a un talent certain : celui de la répétition des discours. Devant les
diplomates, les journalistes, les ouvriers, les maires, il répète à l'envie
les mêmes phrases, les mêmes arguments, appuyés par les mêmes exemples.
Les conseillers en charge de ses discours sont-ils déjà au chômage technique
?
Un confrère blogueur l'a
surnommé
«Gesticulator.» Nicolas Sarkozy excelle effectivement à
cacher ses contradictions et reniements par une
gesticulation
médiatique . Depuis des semaines donc, le Monarque répète jusqu'à
l'écÅ“urement la même rengaine: «
on est passé à
deux doigts de la catastrophe du siècle.» Mais de quelle catastrophe parle-t-il ?
La vraie casse semble pour plus tard, l'an prochain. Les victimes sont connues : les pauvres, les
salariés, les
seniors , les
classes moyennes, les fragiles.
Escamoteur
La déconvenue est totale : pour le 6ème mois consécutif, le chômage
s'aggrave. Nicolas Sarkozy veut vous/nous faire croire que
la «Grande Crise de Septembre» en est l'unique responsable . Le
ralentissement économique français a commencé il y a 6 mois,
révélant l'échec total et absolu d'une politique anachronique. Cette semaine,
le sous-secrétaire d'État au Chômage Laurent Wauquiez a été
envoyé au charbon, et son patron de président a crié ses slogans à
coups d'haussements d'épaules convulsifs. En octobre, le chômage
«officiel» a augmenté de 46 000 personnes pour s'élever à
plus de 2 millions. Ce chiffre ne compte ni les précaires du temps partiel ni
les
chômeurs «techniques.»
Dans leur communiqué de presse, la ministre «
Marie-Antoinette»
Lagarde et son secrétaire Wauquiez n'osent pas avouer le chiffre : 2 004 500 chômeurs
«
officiels» en France.
Mais ce n'est pas tout :
cette
semaine , les services de Jean-Louis Borloo ont annoncé que le nombre de mises en
chantier de logements en France a reculé de 20,6% entre août et octobre,
comparé à la même période un an plus tôt. Le financement par
l'État de 30 000 logements, annoncé par Nicolas Sarkozy en septembre, n'a produit
aucun effet.
Le moral des industriels français a lui touché un nouveau plus bas en novembre,
chutant à 80 points, son plus faible niveau depuis septembre 1993. La France compte 1,1
million de Rmistes, deux millions de travailleurs pauvres et sept millions de personnes vivant sous
le seuil de pauvreté. Pour ceux-là,
la réduction des
indemnités chômage ,
les
franchises médicales , et la réduction des pré-retraites ne sont pas
remises en cause alors que la plus grave crise sociale du siècle menace. Un dernier chiffre
? Le chômage des plus de 60 ans a crû de 4,1% sur l’année. Vive le travail
des seniors !
Imposteur
Tous les efforts gouvernementaux visent le soutien à l'investissement et aux entreprises. Le
pouvoir d'achat et la protection des salariés sont oubliés. Travail versus capital ?
Nicolas Sarkozy a choisi depuis longtemps. La crise fait tomber les masques. Politique de classe ?
Le Monarque n'a pas renoncé à deux de ces mesures les plus inéquitables,
anachroniques et inefficaces: l'incitation aux heures sup et les allègements fiscaux. Qui va
payer ? Voici, à titre de simple illustration,
un florilège des mesures votées cette semaine :
-
Le
RSA est adopté , une bonne chose pour les plus pauvres, mais financé
exclusivement par les classes moyennes.
- Les bénéficiaires du bouclier fiscal n'auront plus à
attendre le remboursement de l'Etat des sommes trop perçues par le fisc. L'an prochain,
ils pourront directement les déduire de leur ISF et de leurs taxes d'habitation et
foncière.
-
Frédéric
Lefebvre a failli réussir à faire un adopter un amendement créant une
nouvelle niche fiscale pour ceux des plus aisés qui souhaitent investir dans les
pays en voie de développement. Le vrai retour de la Françafrique !
- Contre l'avis du gouvernement, les députés ont voté la
prime transport
- Suivant l'avis du gouvernement, les députés ont renoncé aux
taxes sur les stock-options, les actions gratuites et les retraites chapeaux.
- Les parachutes dorés seront exonérés de taxes
jusqu'à un million d'euros.
- La hausse du minimum vieillesse de 25% promise par Sarkozy d'ici 2012 sera
limitée aux personnes seules.
- Alors que l'emprise de la Bourse sur l'économie est accusée de
tous les maux, les députés ont voté que l'attribution de stock-options aux
cadres soit désormais conditionnée à la distribution de stock-options ou
d'actions gratuites à 90% des salariés, Autant tous plonger!
Irresponsable
La récession est là,
il
n'y a que Sarkozy et ses proches pour tenter de nous la cacher . Pour une seule raison,
idéologique et personnelle, Nicolas Sarkozy n'abandonnera pas «SA» mesure
phare, l'incarnation même de son slogan de campagne
«Travailler plus pour gagner
plus» :
la
défiscalisation des heures supplémentaires . Cette mesure, votée dans
les premières heures de la Sarkofrance triomphante,
a détruit l'emploi intérimaire un trimestre à peine après sa mise en
Å“uvre . Dès le mois de juin, le chômage est reparti à la
hausse, malgré les efforts gouvernementaux pour exclure des statistiques le plus grand
nombre de sans-emplois.
En août, une première dégradation sérieuse de l'emploi cassait
l'élan présidentiel ,
deux semaines avant le
premier krach
boursier . Et jeudi dernier, le gouvernement devait préparer les esprits. la
subvention des heures supplémentaires est la plus belle souplesse accordée aux
entreprises de ces dernières années : elle leur permet de se passer de
l'intérim, et d'éviter les CDD. mesure anachronique par excellence, elle signifie
pour le salarié le renoncement à une augmentation de son salaire contractuel.
Mais Sarkozy ne renconcera pas à la mesure, elle est trop symbolique de sa
«
rupture.» En 2009, il ne s'agira pas de travailler plus pour gagner plus,
mais simplement de travailler, même partiellement.
Monarque
Nicolas Sarkozy a peur de s'embêter l'an prochain, quand il ne présidera plus le
Conseil Européen. Après avoir pris l'engagement de plus maquiller les photos
gouvernementales qu'il publie (avec ou sans bague à 15 600 euros),
le Figaro expliquait cette semaine ces états d'âme présidentiels. L'homme
(ou la femme) de la rue pourrait croire que l'actualité française est suffisamment
chargée. Mais la crise sociale et économique que traverse le pays semble peu
préoccuper le monarque. Le Figaro relève ainsi les sujets d'inquiétude et de
réflexion du président français ; en résumé, ses ambitions
sont simples: va-t-il pouvoir toujours autant voyager («
Je vais pouvoir voyager
dans des pays différents») ? Comment garder l'UMP à sa botte
(«
il y a six places à l'UMP en janvier et huit places éligibles pour les
élections européennes, en juin ») ? Comment se montrer autant sur le
«
terrain» («
Le président veut organiser au moins deux
déplacements par semaine» ) ? Bref, une petite crise narcissique en perspective
difficile à gérer pour les proches du chef de l'État.
Comble de la monarchie, voici le retour de la grâce présidentielle, cette fois-ci
pour Noël. la grâce servait notamment à désengorger les prisons, au
moment de la Fête Nationale le 14 juillet. Sarkozy nous a expliqué l'an passé
qu'il ne cèderait pas à la tentation. Finalement, en bon monarque, il a
changé d'avis et se réserve le droit de gracier une poignée de prisonniers
méritants pour Noël. Il a demandé une liste de 50 détenus exemplaires
à la Garde des Sceaux. Cette grâce est un double symbole : fini la grâce
collective, place à la clémence du Monarque.
Le Monarque est tout
de même parfois humilié : une Cour d'appel a imposé à
l'éditeur de la poupée vaudou de bien préciser sur son objet qu'il
était effectivement «
insultant» pour le chef de l'Etat. Merci la
Justice pour ce label marketing supplémentaire !
Quelle alternative?
L'unique réponse du clan sarkozyste (c'est un clan, en êtes-vous convaincu ?) est
l'absence d'alternative.
Sarkozy n'a
pas d'opposant crédible . L'opposition a cependant une chance à saisir. Elle
n'est pas si simple. Les Français craignent désormais davantage pour leur emploi
que pour leur pouvoir d'achat. Pourtant, les arguments sont à portée de main : un
président qui défend sa
«classe»; des efforts
inégalement partagés aux détriments des plus pauvres et des classes
moyennes.
Martine Aubry commence très moyennement son rôle d'opposante en chef. Jeudi,
elle a réclamé la suppression de «
70 milliards d'euros de niches
fiscales.» Vraiment ? Ses conseillers pourraient-ils lui dire que ce montant regroupe
bien des aides très sociales. Ségolène Royal s'est rangée à la
décision contestée de son Parti. Mais elle reste l'une des rares à tacler le
monarque très clairement. Le Modem est lui encore inaudible, faute de
représentation politique à la hauteur. Le mouvement écologiste se regroupe
dans la perspective des élections européennes. Il pourrait révéler
l'imposture
«durable» du gouvernement en matière de défense de l'environnement
. A l'extrême gauche, on attend avec impatience la constitution du Nouveau Parti
Anticapitaliste autour d'Olivier Besancenot, toujours très présent.
Un paysage
semble se dessiner au tour de trois pôles , un centre-gauche, offensif contre l'ineptie
économique et l'imposture républicaine du Monarque; l'autre, écolo, ruinant
la crédibilité présidentielle en matière de développement
durable; le troisième très social, dénonçant la casse sarkozyste qui
frappe les plus fragiles.
Le masque est-il tombé ?
Ami Sarkozyste, où es-tu ?
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