Par Juan. Cette 75ème semaine de Sarkofrance est une semaine noire. Et le gouvernement,
pareil à l'orchestre du Titanic, continue de jouer sa partition alors que le paquebot est en
train de sombrer.

Le 6 octobre, ce «lundi noir», un
Président protégé par des CRS parlait à des futurs chômeurs dans
une usine automobile menacée. Tout un symbole.
L'effondrement des marchés financiers a d'abord été une formidable excuse pour
l'équipe au pouvoir: si le chômage a repris sa hausse, «c'est la faute à
la Bourse». Mais cette semaine, la France comme ses voisins européens a connu
le gouffre du krach boursier. Et certains compteurs idéologiques ont dû
inévitablement se remettre à zéro.
L'aveu d'une imposture idéologique
Cette tourmente financière ne pose pas seulement la question de la régulation d'un
système. Elle attaque le discours présidentiel sur le travail et le mérite. Le
flemmard était l'ennemi de la gente sarkozyste. On découvre que des traders
acharnés au boulot et des prêteurs sans scrupules ont coulé le système
qui les a nourri.
Il faut
maintenant socialiser leurs pertes, engloutir des milliards d'euros de nos (futurs)
impôts pour réparer les bévues bancaires. Les libéraux d'hier sont les
premiers à crier au secours de l'Etat aujourd'hui.
Mais ce n'est pas tout. Sans cette crise, le MEDEF n'aurait pas proposé une réforme
des rémunérations des cadres dirigeants. Et quelle réforme ! C'est
un
véritable aggiornamento idéologico-pratique du MEDEF, soutenu officiellement par
Nicolas Sarkozy: limiter les «retraites-chapeaux», subordonner les stock-options
à un intéressement général des salariés, interdire les
attributions d'actions gratuites sans condition de performance, limiter les indemnités de
départ à deux ans de salaires, les prohiber en cas de démission ou
d'échec. On croit lire les confessions d'un Al Capone de la finance.
Il a donc fallu attendre une crise financière, révélant l'imprudence
collective d'un secteur, pour cet aveu public, endossé par le président. La classe
dirigeante économique, toujours prompte à dénoncer le RMiste fainéant,
ne s'imposait aucune gouvernance véritable. Pour le dire autrement, là-haut, certains
se goinfrent sans limite, et dans des conditions déraisonables.
Jusqu'à maintenant, les efforts collectifs étaient pour les faibles, les pauvres et
les sans-voix. Il y a peu, quelques mois à peine, le gouvernement nous expliquait qu'il
était «raisonnable» de sanctionner un chômeur ayant refusé deux
offres «raisonnables» d'emploi et que les seniors devaient cesser de compter sur des
pré-retraites. Il y a peu, la France devait se remettre au travail et virer ses
fainéants, suivant le fameux slogan de campagne «travailler plus pour gagner
plus.»
Merci donc à Wall Street, LEHMAN BROTHERS, JP Morgan, Dexia et autres AIG pour cette mise au
point idéologique.
L'hyper-communication en échec
Ce n'est ni la première fois ni la dernière que Nicolas Sarkozy communique davantage
qu'il n'agit. Il y a 6 mois,
nous
rappelions déjà que le président français appliquait à merveille
la maxime «gouverner, c'est faire croire.» Mais cette fois-ci, il
trébuche.
Tout et n'importe quoi devient matière à communication politique. La crise
s'étendant, la moindre décision, fut-elle technique, évidente ou sans valeur
est devenue objet de communication.
Mercredi, Fillon a ainsi annoncé la création d'une «structure
juridique» qui portera les prises de participations, rachètera les banques en
difficultés et les revendra le moment venu. On a envie de s'étonner : «et alors
?» Il s'agit d'une simple mesure technique, sans aucun impact sur la réalité
des problèmes. Mais annoncer la création d'une structure fait croire que le
gouvernement agit. On pourrait même s'inquiéter: le gouvernement hyperactif de Nicolas
Sarkozy n'avait donc aucun outil d'intervention avant cette création administrative ??
«C'est cette structure qui nous permettra, en cas de besoin, de mettre en œuvre notre
stratégie qui consiste, au cas où une banque serait en difficulté, à la
recapitaliser, à en maîtriser la stratégie et la gestion, à la redresser
et à remettre les participations de l'Etat sur le marché lorsque les circonstances le
permettront»
La crise est aussi trop grave pour que la communication présidentielle fonctionne à
coup sûr. Sarkozy a habitué les Français à s'agiter en conférence
de presse à chaque coup dur. Cette fois-ci, cela ne marche pas, alors que le
président se donne beaucoup de mal: discours de Toulon,
sauvetage de Dexia,
réunion
de la profession bancaire,
puis d'un G4
samedi dernier, déclaration communes des 27 Etats membres de l'UE lundi 6 octobre,
réunion des ministres des Finances le 7 au Luxembourg, cellule de crise à
l'Elysée vendredi. Rien ne rassure les marchés.
Certaines déclarations sont mêmes contre-productives :
vendredi
10 octobre, Bernard Accoyer, le terne président de l'Assemblée Nationale, a
suggéré le lancement d'un emprunt d'État, assorti d'une «amnistie
fiscale» pour ceux qui accepteraient de rapatrier leurs capitaux en France. Serait-on en
guerre ? Faut-il déjà amnistier les collabos de l'évasion fiscale ?
Les mesures qu'il ne prend pas
Tout occupé à rassurer d'insaisissables marchés financiers, le
Président n'a pas pour autant modifié son agenda intérieur :
la
question sociale n'est toujours pas à l'ordre du jour. Sarkozy aurait pu suspendre
(ou annuler) le bouclier fiscal, revaloriser les minima sociaux, et renforcer la protection
sociale. Il aurait pu annoncer des mesures qui rassurent, protègent et soudent un pays
bousculé par une récession internationale.
Il aurait pu
«virer les nuls» de son équipe: Christine Lagarde qui est contredite par les
faits à chaque fois qu'elle s'exprime; Laurent Wauquiez tout satisfait des chiffres du
chômage de juillet,
Rachida Dati qui
s'empêtre dans son autocratisme, ou
Eric Woerth
qui parle de «récession technique».
Rien n'y fait. Les réformettes anachroniques de l'été 2007 voulaient soutenir
le travail, via la défiscalisations des heures supplémentaires. Les Français
ne cherchent pas à travailler plus, mais à travailler tout court. Ces mesures
voulaient encourager la propriété immobilière, les Français ne
cherchent pas à emprunter mais à régler leurs dettes. Ce paquet faisait au
passage quelques cadeaux aux plus fortunés, n'est-il pas temps de les annuler à
l'heure où des centaines de milliards d'euros sont engloutis pour renflouer des banques
imprudentes et vont plomber nos comptes pour des décennies à venir ?
Le gouvernement continue son programme, comme l'orchestre du Titanic jouait sur le
ponton du paquebot. Il a trouvé des dizaines de milliards pour sauver et rassurer les
banques. L'imagination fait toujours défaut quand il s'agit de la protection sociale et
environnementale.
Ainsi, le Revenu de Solidarité Active a été péniblement adopté
cette semaine par l'Assemblée Nationale. Certains à l'UMP râlent contre cette
ponction supplémentaire de 1 milliards d'euros (à peine 1/6ème de ce que les
gouvernements belges, luxembourgeois et français ont injecté une première fois
dans Dexia en l'espace de 24 heures...).
De son côté, Jean-Louis Borloo a ouvert
jeudi le
débat parlementaire sur sa loi d'orientation générale en application du
Grenelle de l'Environnement. Il a quasiment un an de retard, et il a déjà
réduit ses ambitions. Dès la fin de l'été, Sarkozy et Fillon lui ont
expliqué qu'il n'y avait plus d'argent dans les caisses.
Krach boursier, faillite idéologique, agitation médiatique, quelle riche
semaine ! Un vrai trou noir.
Ami Sarkozyste, où es-tu ?
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