Par Laurent Laurent. Les opposants à Sarkozy sont si divers qu'ils ressemblent à une
liste à la Prévert. Comment pouvons-nous nous entendre, si nous ne savons pas comment
nous appeler? Mais quel nom choisir?

À l’heure
où le Parti Socialiste est vraiment coupé en deux (au bas mot) et où
l’on s’égaille en nombreux courants et partis, alors qu’un jour il faudra
bien, au contraire, s’unir mais que cette union semble bloquée (ah malheur), on
pourrait s’avancer un peu en se posant la question de ce que nous sommes. Pour cela, peut-on
trouver un mot, un nom pour nous qualifier. Comment nous appelons-nous ?
A la recherche du nom perdu
Il s’agit de trouver un mot d’actualité pour qualifier le sous-ensemble des
Français qui subissent la politique actuelle et sont sensés vouloir que ça
change demain, au point de voter ensemble, le jour venu, pour réaliser l’alternance.
Un vocable sous lequel se regrouper, depuis l’extrême-gauche jusqu’au centre ,
comprenant les non-possédants, les républicains et les démocrates, les restes
de la gauche, les radicaux avec les modérés, ceux qui ont voté
Ségolène Royal au 2ème tour avec les petits, les sans-grade et les
énervés.
Au travail (dans le désordre). D'abord, on ne peut pas s’appeler les
« pauvres » même si ce vocable a un certain avenir, car il y aura des
classes moyennes flouées à rallier. On ne peut pas non plus dire les
« ouvriers ». Ni les « prolétaires » au sens
premier. Ça fait trop XXème siècle. Et deuxième phase du
communisme. Le terme « employés » fait trop bureau, voire bureaucratie. Ensuite
il y a « travailleurs » qui n’est pas mal. Mais malheureusement porte la marque
de la caricature d’Arlette Laguiller.
Baptême
La « France d’en bas », ça fait communication de
fourbe, à la Raffarin-Chirac. Comment peut-on y croire ? Et ce n’est pas à
l’adversaire de baptiser son opposant naturel. Il y a bien le « peuple »...
C’est pertinent mais usé. Un peu trop Révolution française, comme
« Tiers-état ». On pourrait dire les
« citoyens » ou les « républicains » mais en
fait cela correspond à ceux qui respectent seulement le système légal, non
sans fierté parfois. Cela ne suffit pas pour construire une nouvelle
équité.
Car rappelons-le, le but de l’alternance politique ce n’est pas seulement un changement
de dirigeants, mais un changement de politique ; sinon prenons un nom comme les Montaigu ou les
Capulet, familles rivales dans Shakespeare : ou Gibelins contre les Guelfes dans le Florence de la
Renaissance, pour de simples querelles de pouvoir. Et rappelons aussi que le beau terme de
républicain fut galvaudé naguère par les Républicains
Indépendants giscardiens – ah malheur ! – ainsi que le
RPR qui fut « pour la République », beau contre sens. Et que dire du
Parti Républicain américain, aujourd’hui ? Ah malédiction !
Scrogneugneux
Alors, on pourrait s’appeler les « anti-sarkozystes » ? Trop
réducteur, pas assez politique. Le « Tout-Sauf-Sarkozy » n’a pas trop
marché à la dernière présidentielle, dit-on. Bon. Dans notre
société du vrac, dans les romans à la mode, on trouve les « gens »
. Terme minimalo-naturaliste qui a l’inconvénient de comprendre aussi les
possédants, les passants, enfants ou vieux et les scrogneugneux. C’est comme le terme
« le public ». Non. Ensuite, il y a « les petites
gens ». Impossible ! Pourquoi pas la « canaille » non plus ? Sous
l’Empire romain, on parlait de la « plèbe » (terme cité
à l’occasion par Michel Onfray). Et dans la Grèce Antique, les
« esclaves » qui était ceux qui travaillaient. Impossible.
Il y a encore les « anti-capitalistes », terme qui fait son chemin, mais qui
ne comprend pas les centristes et libéraux, partisans du système (hélas), mais
indispensables pour l’alternance. Il y a eu récemment les «
alter-mondialistes » qui se sont évaporés. Ah ce n’est pas facile !
Bien sûr, ce terme regroupe aussi les « exclus », les «
immigrés économiques », les « sans papiers », les
« sans logement », et les « sans travail »,
les « démunis ». Parties qui ne sont pas le tout, mais
qu’il faut comprendre. Ainsi qu’en d’autres termes les
« quidams », les « nécessiteux », les «
péquenauds », les « ploucs », les
« mimiles » et les « gueux », les
« manants », les « roturiers »... Que dire ?
Que faire ?
Alors ne nous compliquons pas : disons la « gauche ». Soit en cartel, en union, en
plurielle, en front populaire, aujourd’hui en « durable ». Mais le MoDem a
juré que ça n’existait plus. Donc pas de majorité sur le nom seul de
« gauche ». Dire « le centre et gauche » et ce sera la gauche de gauche qui
fera une crise. Que faire, disait Lénine ?
Alors on pourrait-on dire :
« ceux-qui-gagnent-moins-de-quatre-mille-euros-par-mois » ? C’est tout
à fait majoritaire mais trop long. On ne va pas dire non plus les « moins 4000
» ! Ou les « QSP moins ». Ou, tenez, se regrouper sous un symbole,
comme la coalition de l’Olivier. Bof, ça manque de politique tout de même et
peut faire long feu. On ne peut se revendiquer d’une couleur : le noir, le rouge, le rose, le
vert, l’orange ? Aujourd’hui, la couleur arc-en-ciel est proposée. Mais
bon...
Liste à la Prévert
Allons, Français, encore un effort ! Il s’agira d’un nom regroupant une liste
à la Prévert. Où le mariage de la carpe et du lapin est tenté. Ce qui
est a priori impossible, mais si ces deux-là se regroupent sous le terme : les animaux,
alors ils peuvent revendiquer leurs droits. Et nous voilà sauvés. Et si l’on
trouve un nom, ce sera peut-être comme un titre, il suffira d’écrire le livre
qui s’en suit (de bons livres ont déjà été écris à
partir d’un bon titre). Ah, j’ai oublié : ce nom pourrait être celui
d’une personne derrière laquelle on se regrouperait pour renverser les forces de
droite. Un nom propre ! Oui mais lequel ?
Juste après l’élection de Sarkozy, des commentateurs avisés avaient
judicieusement analysé que celui qui battrait Sarkozy en 2012 ou 2017, était encore
un inconnu. Grande finesse d’analyse, le nom inconnu.
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