J’ai eu l’occasion d’effectuer l’autre jour un rapide audit
d’utilisabilité sur une application web développée par un ami. Il
s’agissait pour moi de mettre en avant ses principaux défauts, afin de pouvoir les
corriger avant la sortie d’une prochaine alpha.
J’aime bien cet exercice, même si je le trouve frustrant. S’il permet
d’améliorer les points les plus visibles, il ne va cependant pas au fond des choses,
laissant souvent de côté les problèmes les plus importants.
Après quelques clics exploratoires et 2 ou 3 remarques d’intérêt
général, je lui faisais remarquer le grand nombre de bulles et de messages
d’aide disséminés dans l’application. Bien que graphiquement discrets,
on trouvait cependant apposés de manière systématique près de chaque
fonctionnalité importante. Mon ami était assez fier de ce système, lequel
devait permettre – disait-il – à n’importe
quel imbécile d’utiliser son projet sans aucun problème. Outre le nombre
impressionnant d’aides, ces dernières avaient été
rédigées par un cabinet spécialisé pour être les plus claires
possibles. Il a assez rapidement compris le problème. Si vous devez placer des bulles et
des messages d’aide un peu partout dans votre application, c’est qu’elle est
trop complexe, trop obscure, mal conçue ou probablement les trois à la fois. Notre
rapide passe ergonomique autour d’une bière allait se transformer en une nuit
blanche de travail.
Si vous vous heurtez un jour à ce type de problèmes, vous relèverez
probablement trois types de problèmes :
- Des problèmes de nomenclature.
- Des problèmes liés à l’interface elle-même.
- Des problèmes liés aux fonctionnalités proposées.
-
Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire
viennent aisément, Boileau
Pour commencer, soyez certain d’utiliser une nomenclature unifiée. Tous les items
d’un type doivent être désignés par le même mot tout au long de
l’application. Il m’est ainsi arrivé de voir employé les mots
rayons sur la partie front d’un site de e-commerce, et catégories
dans le back office des utilisateurs.
Soyez simples, et allez au plus direct. J’aime beaucoup l’exemple donné par
Steve Krug dans Don’t
make me think à propos des sites d’offre d’emplois, où il comparait
3 nomenclatures différentes pour désigner une même page :
- Offres d’emploi.
- Offres de recrutement en ligne.
-
Job-o-rama
Enfin, employez des verbes d’action quand cela est possible pour désigner les liens
correspondants : télécharger au lieu de
téléchargement, s’abonner au lieu
d’abonnement. En plus d’indiquer clairement une action, ils ont une valeur
incitative non négligeable.
Comment ça elle est pas claire mon interface ?
Si vous avez besoin d’expliquer comment fonctionne votre interface, c’est que vous
l’avez probablement mal pensée. J’ai eu un jour ce soucis avec
l’interface de saisie des billets de Typo, le blogware
open source dont je m’occupe sur mon temps libre. Elle permettait de faire plein de choses
très utiles, mais elle était très difficilement utilisable sans un doctorat
en recherche d’aiguille dans une meule de foin.
Outre la nomenclature, les options et le fonctionnement proposés sont
particulièrement importants. J’aime particulièrement le formulaire de
recherche d’Amazon, dont le modèle a été repris un peu partout.
Il est arrivé à un moment où le formulaire de recherche standard vous
demandait de chercher non seulement dans une section donnée du site, mais également
sur des champs précis des articles : auteur, titre ou description. Le formulaire
d’Amazon simplifiait cela en classant les tris par ordre de pertinence au lieu
d’exiger des utilisateurs qu’ils le fassent eux-même.
L’application sur laquelle nous travaillions n’avait pas de gros problèmes de
zoning général. Elle présentait en revanche des soucis de cohérence
localisés. L’ordre dans lequel les champs apparaissent dans un formulaire est
particulièrement important. Non seulement pour un soucis de cohérence, mais
également de reproduction de ce qui est familier ailleurs.
Enfin, ne négligez pas l’iconographie, elle joue un rôle déterminant
dans la compréhension de votre application. S’il est bon d’innover, il faut
cependant respecter les codes en vigueur.
Google spreadsheet est une application web que nous pourrons qualifier de complexe, et pas
seulement du point de vue de Madame Michu. Sa toolbar se suffit pourtant à
elle-même, grâce à l’emploi d’une iconographie simple et
familière, et à une utilisation adéquate des attributs alt.
Fonctionnelle, fonctionnelle, est-ce que j’ai une gueule d’fonctionnelle ?
Toutes les fonctionnalités proposées par défaut à vos utilisateurs
sont-elles nécessaires ? À force de vouloir en faire trop, on a tendance, et ce
sera mon dernier point, à vouloir charger la mule fonctionnelle histoire de proposer plus
que les autres.
Il faut bien différencier trois types de fonctionnalités :
- Les fonctionnalités indispensables ou nécessaires au fonctionnement et à
l’utilisation de l’application.
- Les fonctionnalités superflues, parfois gadget, utilisables par tout un chacun et dont
l’une d’elle devient souvent la killer feature de votre application au
point, paradoxalement de devenir idispensable. Exemple : les réactions client sur Amazon.
- Les fonctionnalités avancées, généralement complexes
– voire impossibles – à utiliser,
réservées à moins d’1% de vos utilisateurs. Exemple : le formulaire de
recherche avancée de Google.
La mise en avant de chacune de ces fonctionnalités dépendra évidemment des
besoins de vos utilisateurs. Cependant, pesez leur poids réel dans l’utilisation de
votre outil par rapport à la place que vous leur donnez. Mettre des statistiques
particulièrement avancées directement sur le tableau de bord de vos utilisateurs en
ravira certainement quelques-uns, mais risque de faire fuir la grande majorité
d’entre eux qui se diront tout simplement “cette application n’est pas pour
moi”.
Je ne suis pas contre la mise en place de systèmes d’aide, que ce soit sous forme de
messages d’accompagnement, de bulles d’aide ou de liens vers un glossaire. Cependant,
une trop grande prolifération est toujours suspecte à mes yeux, et cache souvent un
vrai problème structurel, preuve que l’utilisabilité doit être prise en
compte dès la conception.
Article original écrit par Frédéric de Villamil et publié sur
Ergonomie, Rails et Architecture de l'information web |
Lien direct vers l'article | Si vous lisez cet article dans son intégralité sur
un autre site que Ergonomie, Rails et Architecture de l'information
web c'est qu'il a été reproduit illégalement et sans autorisation. Merci
de le signaler à son auteur original en cliquant
ici | © t37.net 2008.
