Reiser manque plus que jamais au P.A.F. (un acronyme qui lui plairait). Alors, quel plaisir sans
limite de pouvoir retrouver ses géniaux crobards de couvertures bêtes et
méchantes ! Un choix judicieux et commenté allant de 1969 à 1981 pour "Charlie
Hebdo", "Hara-Kiri Hebdo", "L'Hebdo Hara-Kiri", réuni par thèmes (La France, La
France en vacances, la politique intérieure, la foi, les femmes, la géopolitique...).
Avec des commentaires nécessaires pour replacer dans un contexte parfois oublié et
approcher un peu mieux celui qui naquit de père inconnu, vécut une enfance de pauvre
et mourut d'un cancer alors qu'il ne fumait et ne buvait pas.
Mes unes préférées ? Toutes celles où Reiser met en scène porcs
et toutous, sources inépuisables de tordage de boyaux et généralement saisis
dans la plus stricte intimité. Je ne me lasserai jamais de son "Tours, capitale des
rillettes" à l'intention du très coincé maire Jean Royer. Mais les cochons et
cabots humains qu'il a férocement croqués n'étaient pas piqués des
hannetons non plus. Qu'il s'agisse des politiciens (de tous bords), des CRS, des flics, des
chasseurs, des Français moyens, des prolos, des poivrots, des touristes, des syndicalistes,
des gauchistes... A croire qu'il n'aimait personne si il n'y mettait une telle délectation,
celle de l'élève turbulent qui au fond de la classe préfère aux
leçons du professeur gribouiller de salubres insanités sur sa table de cancre
doué.
Ah bien sûr, certains pourront trouver à redire sur son humour bite-couille.
Deux-trois unes ne passeraient peut-être plus aujourd'hui où il est malséant
("mal séant", tiens, tiens...) de rire de tout. Alors, même si quelques unes sont
moins drôles, il y aura toujours des années-lumière entre la vulgarité
crasse d'un Bigard et l'humour irrespectueux de Reiser.
Reiser, c'est du passé ? Eh ben, il a - pas - beau être mort il y 25 ans (il en aurait
67 aujourd'hui), une bonne vingtaine de ses couv' pourraient sans problème être
ré-utilisées en 2008. Par exemple, celle intitulée "Les mal aimés"
où un flic à matraque tord le cou d'un quidam gargouillant "C'est nous qui les
rendons méchants !" ou "Mai 68 - Que sont-ils devenus ?" (daté de 1973) où un
jeune dandy avec la raie au milieu traite de petit con son gamin qui s'esclaffe "Il y a cinq ans,
Papa occupait la Sorbonne".
Reiser n'était pas un caricaturiste au sens strict mais quel talent pour immortaliser mieux
que quiconque un Jacques Chirac, qualifié en un dessin magistral de "bite à lunettes"
! (Oui, c'était en 1976, les politiciens ne portaient pas de lentilles et, de plus fumaient
comme des pompiers).
Une préface de Cavanna (qui commence à en avoir marre de se taper les nécros
de ses potes) et un très bel avant-propos de Jean-Marc Parisis qui rend hommage à "un
feu follet qui ne savait rien, mais qui avait des idées sur tout". Parisis introduit
également chaque chapître thématique et les nombreuses citations des proches du
dessinateur sont tirées de son "Reiser" publié en 1995 chez Grasset.
PS : Reiser est en ce moment à l'honneur au Musée de l’Air et de l’Espace
du Bourget pour une exposition jusqu'au 4 janvier. Le garnement qui dessinait des réservoirs
en forme de testicules au Concorde était un féru d'aéronautique et fut un des
premiers à se lancer sur un deltaplane.
http://www.mae.org/index.php?id=800&tx_ttnews[tt_news]=29&tx_ttnews[backPid]=21&cHash=82fb38a929
Site Internet :
http://www.glenatbd.com/bd/reiser-a-la-une-9782356260901.htm
Titre :
Reiser à la une |
Auteur :
Jean-Marc
Reiser,
Jean-Marc
Parisis | Editeur :
Glénat | Thème :
Bande dessinée