Coulisses de Bruxelles, UE -
19 hours and 16 minutes ago
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//a Hier soir, le Président de la Commission, le Portugais José Manuel Durao Barroso
(photo: Thierry Monasse), a invité à dîner une vingtaine de journalistes
français en poste à Bruxelles. Il s’agissait d’une conversation non
attribuable, en em« background »/em comme on dit ici. Toute la presse écrite (Le
Monde, le Figaro, les Échos, la Tribune, le Point, etc.) était présente, les
télévisions (TF1, F2 et F3), les radios ainsi que la presse spécialisée
et, bien sûr l’Agence France Presse. Toute la presse ? Non, pas tout à fait :
votre serviteur n’était pas invité, tout comme Nicolas Gros, le correspondant
de Ouest France. Comme d’habitude, devrais-je dire. Le em« crime »/em de ces deux
journalistes ? Avoir déplu au souverain Barroso./p p La date de ma em« disgrâce
»/em est très précise : le 14 avril 2005, six mois après sa nomination,
j’ai publié un portrait assassin du nouveau Président de la Commission,
intitulé : em« le Portugais ensablé »/em. Nicolas Gros s’est
retrouvé sur la même liste noire à peu près de la même
période, celui-ci ayant commis dans France Soir, où il travaillait à
l’époque, un article intitulé : em« Erreur de casting à la
Commission »/em. Depuis, nous sommes systématiquement écartés de toutes
les rencontres informelles, rencontres dont je suis tenu informé par mes collègues,
je vous rassure... Chaque fois que je croise son porte-parole, Johannes Laitenberger,nbsp; je lui
demande d’organiser une rencontre avec Barosso. À chaque fois, il me répond
qu’il va y penser. Mais il jure par ses grands Dieux qu’il ne s’agit d’un
boycott délibéré à mon égard. Il est vrai que mes articles sur
Barroso sont toujours aussi durs, mais il ne m’a donné aucune raison de changer
d’avis sur sa personnalité – bien au contraire —
et surtout pas sur la politique qu’il mène./ppCe boycott peut aller très loin.
Le 8 février dernier, Barroso a donné une conférence de presse publique,
où étaient présents une vingtaine de journalistes, pour féliciter la
France d’avoir ratifié le traité de Lisbonne. La porte-parole adjointe, Leonor
Ribeiro da Silva, une Portugaise qu’il a amenée avec lui de a
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alt=Dsc05464 style=margin: 0px 0px 5px 5px; float: right; //a Lisbonne, est chargée de
donner la parole. Je suis au premier rang et lève immédiatement la main.
Systématiquement, elle m’ignore – je suis devant elle
— et désigne des journalistes slovène, tchèque, polonais,
britannique, etc., évidemment plus impliqués qu’un journaliste français.
Il a fallu que je hurle : em« est-il normal que l’on me refuse la parole ? »/em
pour que Barroso, gêné, m’autorise enfin à poser ma question.../p pLe
problème est qu’on ne peut interdire à une personnalité le droit de
recevoir qui elle veut, même si c’est avec les sous des contribuables. Barroso est
libre de dîner avec tel journaliste et pas avec tel autre. Mais lorsque cela devient une
politique systématique et que cela dure depuis quatre ans, cela pose question sur le sens de
la démocratie de ladite personnalité et sur son rapport à la presse et aux
journalistes. S’il faut s’abstenir de le critiquer trop durement pour avoir droit
à l’information, c’est la liberté qui est menacée. Car le message
envoyé à l’ensemble de mes confrères est le suivant : déplaisez,
et vous risquez de ne plus avoir accès au souverain. Donc, attention à ce que vous
écrivez. Barroso n’a manifestement pas oublié les pratiques de sa famille
idéologique de jeunesse, les Maoïstes... En 22 ans de métier, j’ai
écrit de nombreux papiers qui ont déplu. Mais jamais je n’ai été
confronté à un tel « blacklistage »./p pC’est seulement hiernbsp;
soir que le boycott sournois dont Libération est victime depuis quatre ans est apparu au
grand jour, « le petit groupe de journalistes » étant devenu la
quasi-totalité de la salle de presse française à Bruxelles et deux grands
journaux seulement étant écartés, Libération et Ouest France.
L’Association de la presse internationale (API), qui regroupe les correspondants
européens, a envoyé une lettre au porte-parole de la Commission pour lui demander
selon quels critères les journalistes étaient invités, son souci étant
d’éviter ce type de liste noire sournoise./pbr /pEt pour la bonne bouche, revoici ce
fameux portrait qui a tant déplu au grand démocrate qui préside la Commission,
quot;dur argileuxquot;nbsp; :-D/pbr /blockquotepSon nom est-il la clef ? Durao Barroso, en
traduction littérale du portugais, cela signifie très dur (durao) et argileux
(barroso). José Manuel Très Dur Argileux. Une contradiction ontologique qui vous
forge un homme. De quelle matière est donc fait le président de la Commission
européenne ?/p p D'acier ? Ce conservateur portugais, qui s'appuie fermement sur la droite
européenne, a défendu jusqu'à l'entêtement Rocco Buttiglione, le
commissaire italien qui a tenu des propos jugés homophobes et insultant pour les femmes.
Barroso a refusé tout aussi fermement de retirer la proposition Bolkestein qui a pourtant
déclenché une crise d'hystérie de belle ampleur en France pour le plus grand
bonheur des opposants à la Constitution./p p D'argile ? In extremis, Barroso a
lâché Buttiglione pour ne pas sombrer avec lui. Confronté à la
colère de Jacques Chirac, il a avalé son chapeau en acceptant la «remise
à plat» de la directive Bolkestein. Sur quasiment chaque dossier sensible, sa
volonté affichée s'est effritée lorsqu'il a rencontré une
résistance. Alors, Barroso, le libéral déterminé, ou Barroso, le
pragmatique qui navigue à vue ? /p/blockquote blockquotepL'homme ne se laisse pas facilement
cerner. Jusque dans son physique : faux air de Raffarin, petit, râblé, puissant,
faisant plus vieux que son âge (seulement 49 ans), il évoque plus un habitué du
ring que l'intellectuel pur jus qu'il est, un juriste formé au Portugal, en Suisse et aux
Etats-Unis, amateur de peinture moderne et de jazz, polyglotte maniant aussi bien le
français que l'anglais ou l'espagnol./p p La France, elle, a tranché : elle a fait de
lui l'incarnation de cette Europe «libérale» qui lui fait si peur, un chapeau
sans doute trop grand pour lui. Si la Constitution est rejetée, Très Dur Argileux
aura une part de responsabilité non négligeable : em«S'il avait su la fermer
sur la directive Bolkestein comme le lui avait demandé Chirac, on n'en serait pas
là»/em, peste un haut diplomate français. De fait, c'est au lendemain d'un
discoursnbsp; -rédigé par un fonctionnaire britannique ! , dans lequel il clame son
attachement au honni em«principe du pays d'origine»/em, que le non passe pour la
première fois devant le oui dans les sondages. Une em«erreur hallucinante»/em,
reconnaît un haut fonctionnaire de la Commission, alors que le débat sur la directive
s'apaisait. Chirac lui a d'ailleurs violemment sonné les cloches./p pPourquoi avoir
agité l'épouvantail Bolkestein ? D'autant que, comme le rappelle à juste titre
Barroso : em«C'est quand même moi qui aie annoncé que je tiendrai compte de
toutes les craintes suscitées par cette directive. En plus, ce n'est pas l'un de mes
projets, puisqu'elle a été adoptée par la précédente Commission
sans que la France ne dise rien.» /emD'où cela vient-il alors ? De son inconscient
libéral ? Même pas, assure cet homme qui sait être charmeur en privé :
em«Je suis un réformiste attaché à l'économie libérale de
marché.»/em C'est tout Barroso, ces formules où chacun trouve plus ou moins son
compte. Il reconnaît cependant qu'il n'a peut-être pas mesuré que les mots n'ont
pas le même sens partout : em«Au Portugal, privatiser, c'est mettre fin au
contrôle de l'Etat et donc accorder davantage de liberté. Pour la France où
l'Etat est jugé protecteur, ce n'est pas la même chose»/em, ironise-t-il./p pLe
handicap de Barroso, c'est qu'il a déboulé dans le jeu européen sans y
être préparé, et sans être désiré par le couple moteur de
l'Union, Berlin et Paris. Le candidat rêvé pour succéder à Romano Prodi,
c'était Guy Verhofstadt, le Premier ministre belge, un libéral, certes, mais aussi un
fédéraliste convaincu et surtout un opposant de la première heure à la
guerre en Irak. C'est d'ailleurs pourquoi Londres a posé son veto. Blair a alors
soufflé le nom de son ami José Manuel à ses partenaires. Même si Barroso
a soutenu la guerre en Irak, Schröder et Chirac laissent faire, tout en faisant la grimace.
Dénué de toute expérience européenne, au pouvoir dans son pays
seulement depuis deux ans, le voici donc propulsé à la tête de la Commission.
La gauche du Parlement européen, elle, ne se trompe pas sur le personnage en refusant de lui
accorder la confiance. Pas grave, puisque l'Europe est largement à droite. Au lieu d'en
tirer la leçon et d'essayer d'élargir sa base, Barroso va assumer ses habits de
président de droite en nommant à tous les postes clés des libéraux pur
jus (concurrence, marché intérieur, commerce international, etc.). Les commissaires
allemand (socialiste) et français (chiraquien mais taxé d'étatisme comme tous
les Français) sont marginalisés sans état d'âme./p pDe droite, Barroso
l'est assurément après un départ à l'extrême gauche : il a
commencé au sein d'un petit parti maoïste, le Mouvement de réorganisation du
parti du prolétariat (MRPP) au temps de la Révolution des oeillets. Etonnant ? Pas
tant que cela quand on sait que le MRPP a été l'un des principaux opposants à
la prise du pouvoir par le Parti communiste portugais, au point que beaucoup pensent aujourd'hui
qu'il a été financé et manipulé par la CIA. Après un
séjour à Londres, il adhère à la fin des années 70 au
très mal nommé «Parti social-démocrate» portugais, un parti de
centre droit, toujours par engagement anticommuniste. Il a trouvé sa voie. L'homme gravira
patiemment tous les échelons. Il ne cache pas que son ambition est de devenir Premier
ministre. Une fois élu, il impose alors une cure de rigueur sans précédent
à son pays, dont les comptes publics ont été laissés dans le rouge vif
par les socialistes. Il fallait du courage. Mais au milieu du gué, après à
peine deux ans de mandat, il s'exile à Bruxelles. Une semaine plus tôt, son parti a
pris une claque monumentale aux élections européennes... Ce père de trois
grands enfants (21, 18 et 16 ans), toujours marié avec leur mère, a laissé le
maire de Lisbonne, son successeur longtemps haï à la suite d'une querelle de coeur, se
faire battre aux législatives./p pUn éditorialiste portugais, Miguel Sousa Tavares,
qui connaît bien son homme, a écrit récemment dans le quotidien Publico, que
em«ses idées sont desséchées par les manoeuvres politiciennes, les
stratégies de conquête du pouvoir et les ambitions personnelles»/em. C'est
em«un personnage constamment disposé au compromis et prêt à
négocier tout et le reste y compris l'essentiel/em, poursuit Tavares : emRien n'est
sacré, rien n'est définitif, tout est négociable»/em. Martin Schulz, le
président du groupe socialiste au Parlement européen, ne pense pas autre chose :
em«Quand il parle aux socialistes, il est socialiste. Quand il parle aux libéraux, il
est libéral. Il dit aux gens ce qu'ils veulent entendre.»/em Barroso le
caméléon, Barroso le manoeuvrier ? em«Parfois je me trompe. Je n'ai aucune
peine à le reconnaître,/em se défend-il. emJ'ai des doutes, je l'admets. Mais
n'est-ce pas une preuve d'intelligence.»/em Barroso le pragmatique, donc ?/p pChirac ne lui
pardonne pas ses erreurs de manoeuvre et sa volonté de mettre en scène un isolement
de la France sur la directive Bolkestein. Il a donc fait pression sur France 2 pour lui interdire
l'accès de Cent Minutes pour convaincre, de peur que Barroso fasse monter le non.
em«C'est quoi ces méthodes de république bananière ?»/em
s'indigne-t-on dans l'entourage de Barroso. Il a le sentiment que l'Elysée cherche à
le transformer en un bouc émissaire bien commode en cas de rejet de la Constitution.
Impressionné par le courage de Bolkestein, qui n'a pas hésité à venir
en France pour répondre aux critiques sur son projet, Barroso envisage de violer l'embargo
chiraquien pour mener campagne. Barroso, le dur, bande ses muscles. Ira-t-il jusqu'au bout ?
/p/blockquote

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