Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. La France et
l'Allemagne ne partagent pas la même vision de l'économie européenne. La
question d'une relance ne fait pas l'unanimité. Leurs dirigeants respectifs ne s'entendent
pas. Pourtant, l'action concertée est plus que jamais nécessaire face à la
crise.

Si tout le monde parle de relance
européenne, tout semble dépendre de la volonté de l'Allemagne. D’abord
il faut espérer qu’une relance européenne ne serait pas une relance pour les
camions ou les autoroutes, mais une relance vers une économie verte, soumise à
l’écologie, sinon cette relance est plus qu’inutile, elle est nuisible.
Divorce
Mais si les Allemands ne sont pas les plus hostiles à l’écologie - ils sont
même en avance sur les Français dans presque toutes les nouvelles technologies
environnementales - l’idée de la relance ne leur plait pas. Or, comme la France plus
l’Allemagne c’est 50% du PIB européen, on ne voit pas vraiment comment on
pourrait se passer d’eux.
Le divorce entre les deux pays s'explique parce que les deux dirigeants ne s’entendent pas ;
parce que Nicolas Sarkozy a essayé de faire l’Union de la méditerranée
à la barbe de Mme Merkel, parce qu’il a pris à bras le corps et seul la crise
financière.
Mais aussi parce que l’Allemagne ne va pas bien économiquement. Vous direz la France
non plus. Mais l’Allemagne a fait d’énormes efforts de compression des
coûts salariaux, résultat elle reste le premier exportateur mondial avec un niveau de
vie qui s’est effondré. Elle a rééquilibré son budget. Elle
n’a pas envie de mettre des milliards d’euros au pot qui profiteraient aux autres.
C’est tout le problème de l’interdépendance des économies
européennes : ce que fait une économie, l’autre en profite. Par exemple la
relance Mauroy de 1981 avait profité aux constructeurs automobiles allemands. On avait
donné de l’argent aux Français, et ils avaient importé. C’est un
phénomène de passager clandestin : c’est moi qui paye le billet, et c’est
toi qui voyages.
Action
concertée
Cela peut s'éviter par une action concertée. Par la solidarité. Toute action
égoïste, solitaire peut être « pénalisante » pour
celui qui croit en profiter. L’Allemagne a fait du dumping fiscal, en terme
d’impôt sur les bénéfices et de charges sociales. Elle a affaibli
l’économie française. Mais il se trouve que la France est son principal client
: elle s’est donc affaiblie en retour, telle est prise qui croyait prendre.
Moralité : la solidarité est souvent plus payante que la compétition en
économie. Quand chacun joue perso, l’équipe perd. L’Allemagne joue perso
avec sa politique économique, mais la France elle aussi joue perso en parlant de
« fonds souverain à la Française ». A quoi bon un tel fonds
souverain ? Quelle différence entre des capitaux français ou esquimaux si les deux
donnent du travail ? Ou allemands d’ailleurs ? La compétition est un concept plus
théologique plus qu’économique.
La phrase : « Il
est d’usage de compenser un
sentiment d’infériorité économique par rapport à
l’Allemagne en ricanant discrètement sur le dogmatisme de nos partenaires
d’Outre-Rhin » Emmanuel Todd,
Après la démocratie
(éd. Gallimard)
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