A l’occasion de la parution de “ProspecTic, nouvelles technologies, nouvelles
pensées ?” par Jean-Michel Cornu, directeur scientifique de la Fing - un
ouvrage pédagogique et de synthèse sur les défis des prochaines
révolutions scientifiques (Amazon,
Fnac,
Place des libraires) -, il nous a semblé intéressant de revenir sur les enjeux
que vont nous poser demain nanotechnologies, biotechnologies, information et cognition.
Maintenant que nous avons posé l’avenir des prochaines révolutions
technologiques, observons les clefs pour comprendre et les défis qu’elles nous
adressent.
Peut-on sortir du rapport de force ?
Une grande partie des difficultés à mieux prendre en compte les risques des
diverses technologies viennent des conflits d’intérêts : plutôt que de
chercher des solutions qui puissent émerger des connaissances de chacun et des
échanges entre tous, il se crée un rapport de force qui fait pencher la balance en
faveur de l’intérêt d’un seul des acteurs, au détriment des
autres et bien souvent à l’encontre de l’intérêt
général. Les solutions simplistes et souvent utopistes n’ont pas permis
d’aller beaucoup plus loin. Du coup, la compréhension des causes du conflit
d’intérêts a été souvent délaissée pour n’en
gérer que les conséquences. Les nouvelles sciences et technologies peuvent-elles
nous proposer des approches innovantes de cette question ?
Les sciences de la complexité, qui sont transversales aux différentes nouvelles
technologies, permettent de faire émerger des solutions nouvelles, parfois
étonnantes, à partir des interactions entre les différents constituants
d’un système. Reprenons l’exemple du tir à la corde que nous avons
proposé dans le chapitre 5. Il illustre bien la notion de rapport de force : chacun tire
de son côté et, en général, le plus fort gagne. Le marché est
une des tentatives pour complexifier la situation et éviter qu’une des parties ne
s’accapare l’ensemble des richesses. Mais dans les faits, on observe le plus souvent
l’inverse. Le principe de Matthieu (1) selon lequel « on donne beaucoup à
celui qui a, et on donne peu à celui qui n’a pas » est peut-être une des
règles qui fait converger l’ensemble vers une situation où le rapport de
force devient rapidement inégal. Le plus souvent, la solution proposée consiste
à placer un arbitre, juridique ou politique. Mais ce même arbitre,
inséré lui-même dans la société, n’est pas exempt
d’intérêts particuliers. Les parties en présence vont alors rivaliser
pour influencer le médiateur. Bien sûr, la situation serait radicalement
transformée si les enjeux et les discussions devenaient transparents et si les
intérêts de chacun s’affichaient au grand jour. Mais, cela va à
l’encontre de l’intérêt des acteurs qui disposent d’un avantage de
puissance et qui peuvent s’en servir pour le conserver (2). Nous restons bloqués et
il semble que le rapport de force transforme une situation qui pouvait être complexe en une
solution simpliste, bipolaire, avec une partie qui devient de plus en plus forte et une qui est
de plus en plus dominée. Ce n’est donc pas tant le conflit qui pose problème
que son mode de résolution par le rapport de force et le choix d’une seule des deux
propositions en compétition. Le conflit n’est finalement que le symptôme
d’un problème, il signifie qu’il y a une opportunité pour produire une
innovation
qui permette une meilleure adaptation aux besoins.
Peut-être pourrions-nous utiliser notre intelligence pour modifier les règles
d’interaction, les propriétés globales du système ou encore notre
environnement afin d’obtenir une solution différente au conflit
d’intérêts. En changeant la façon d’interagir dans une des
équipes du tir à la corde ou encore en modifiant le terrain sur lequel se joue le
jeu, la situation
peut devenir différente. Mais, encore une fois, ceux qui choisissent les règles
peuvent également être parties prenantes. Par exemple, les plus rusés
chercheront à trouver la pente du terrain pour profiter d’un avantage. C’est
tout le savoir-faire de Machiavel dans Le Prince et de Sun Tzu dans L’Art de
la guerre que de transformer le rapport de force dans les cas de conflits
d’intérêts en remplaçant la force brute par de l’intelligence.
Mais nous restons cependant toujours dans le rapport de force. La complexité semble ne pas
être suffisante pour trouver une solution qui converge plutôt vers un
intérêt commun que vers un intérêt particulier.
Imaginons maintenant une autre règle ajoutée au jeu du tir à la corde : une
pierre est attachée au milieu de la corde entre les deux équipes. Lorsque la pierre
est légère, le jeu ne change pratiquement pas. Mais si la pierre devient
très lourde, alors les équipes ont de plus en plus de mal à gagner, car cela
nécessite d’apporter une force suffisante pour vaincre
l’équipe adverse mais aussi la masse de la pierre. Lorsque la pierre est
particulièrement lourde, il se passe alors un phénomène intéressant :
les deux équipes peuvent, sans même que cela ne résulte de leur choix, ne
plus être totalement alignées. La corde forme alors un angle dont le sommet est la
pierre. Suivant l’angle formé par la corde, une partie des forces des deux
équipes continue de s’opposer tandis qu’une autre partie s’additionne.
Plus l’angle formé par les équipes se réduit et plus elles arrivent
à déplacer la pierre. Naturellement, le jeu va se transformer et les équipes
vont non seulement s’affronter mais également lutter contre la pierre qui intervient
comme un troisième acteur. Ce jeu à trois acteurs permet de sortir de la
bipolarisation de la situation de départ en faisant converger – au
moins partiellement – les intérêts (3).
Dans notre exemple, l’objectif même du jeu a changé. La pierre modifie la
situation en ajoutant une part de convergence dans une situation de conflit
d’intérêts. Cela se passe au niveau des règles d’interaction, et
modifie le résultat global sans nécessiter une volonté commune, justement
difficile à obtenir dans les cas de conflits d’intérêts. La recherche
d’une solution convergente est appelée stratégie gagnant-gagnant (win-win).
Elle présente un intérêt accru pour toutes les parties, y compris les plus
fortes, qui bénéficient ainsi d’une part de la force des autres plutôt
que de gaspiller leur propre force à les combattre – à condition
bien sûr que le rapport de force ne soit pas trop disproportionné, sinon
l’avantage pour le plus fort est trop faible face à l’énergie à
dépenser pour trouver une solution de convergence.
Pourquoi alors cette approche n’est-t-elle-pas celle utilisée le plus naturellement
par l’homme pour sortir de ses difficultés en alliant ses forces ? Nous allons
chercher si les récentes avancées sur la compréhension des limites de la
cognition humaine peuvent nous éclairer sur ce sujet.
Le langage, source d’intelligence et de conflits
Pour cela nous devons remonter dans le temps. Contrairement à une idée
reçue, le langage n’a pas émergé grâce à notre
intelligence. Jacques Monod considère, à l’inverse, que c’est le
langage qui est la cause de notre intelligence. Certes, de nombreuses espèces animales
disposent d’un langage. Mais ce qui fait la particularité du langage humain
c’est notre capacité à nommer les choses. Nous avons vu dans le chapitre sur
la cognition que notre mémoire de travail à court terme avait des limitations. En
particulier, un de ses constituants, la boucle phonologique qui nous permet de retenir des
concepts pour les enchaîner, permet difficilement de dépasser trois concepts dans un
discours. La relation entre les mots et les concepts qui y sont associés est en revanche
stockée dans notre mémoire à long terme. Nous pouvons y plonger pour faire
allusion à des concepts passés ou bien d’autres que nous imaginons. Notre
mémoire de travail permet ensuite d’articuler ces concepts à la suite les uns
des autres pour construire une longue chaîne qui constitue notre discours, bien que de
temps en temps nous perdions le « fil de notre pensée ».
Notre langage est donc comme une promenade dans les différents concepts que nous avons
stockés et que nous ressortons sous forme de mots. Mais cette fantastique capacité
à dépasser les limitations de notre mémoire à court terme porte en
elle sa propre limitation : tout comme un parcours sur un territoire, le langage ressemble
à une ligne qui serpente parmi nos idées. Nous avons alors une vision
égocentrée, ce qui signifie que nous ne pouvons voir le paysage que depuis
l’endroit où nous sommes dans notre cheminement de pensée, et trop souvent
uniquement la partie qui se trouve devant nous en oubliant de regarder sur les côtés
ou derrière nous.
Si nous arrivons à un croisement, nous devons choisir au préalable, la route que
nous allons emprunter. Bien sûr, il est possible de revenir en arrière et
d’explorer d’autres chemins, mais les limitations de notre mémoire de travail
feront que nous serons vite perdus. Le langage implique donc principalement un mode de
pensée monodimensionnel. En cela il n’est pas très différent de ce qui
se passe lors d’un tir à la corde. Si nous avons choisi une voie et si une autre
personne a choisi une voie opposée, nous tirerons très probablement chacun dans
notre sens jusqu’à ce que le plus fort, ou le plus rusé, gagne. Pour sortir
du simple rapport de force, nous avons vu qu’il fallait introduire un angle, une
deuxième dimension. Mais si cela ne nous est pas apporté par
l’extérieur, comme la pierre de notre exemple, nous avons peu de chance que notre
langage et la pensée qui y est associée nous permettent de nous en sortir.
L’écriture et le regard comme support à d’autres formes de
pensées
Bien que les écrits représentent le plus souvent une pensée
monodimensionnelle disposée sur une page qui en comporte pourtant deux,
l’écriture permet pourtant de réaliser des choses totalement nouvelles.
Ainsi, il devient possible de produire des listes structurées pour définir des
catégories. La question de savoir si, par exemple, la tomate est un fruit ou un
légume ne se pose pas dans les sociétés uniquement orales qui ont beaucoup
moins recours à la catégorisation. Nous pourrions également utiliser notre
langage oral pour détailler différentes catégories et
sous-catégories, mais nous serions vite limités par une autre partie de notre
mémoire de travail à court terme : le calepin visuo-spatial, qui nous permet
d’aborder plusieurs choses simultanément. Sa capacité (l’empan
mnésique du calepin visuo-spatial) est comprise entre cinq et neuf éléments.
L’écriture de listes structurées représente une véritable
révolution cognitive. Il devient possible de poser un ensemble de catégories sur le
papier et de choisir ensuite ce que nous voulons sélectionner. De ce point de vue, nous
sortons de la vision égocentrée (ce que nous voyons quand nous cheminons sur une
route) pour atteindre une vision allocentrée (ce que nous voyons lorsque nous regardons un
plan). La hiérarchisation, permise par la catégorisation des listes écrites,
a également structuré notre pensée et donc notre société. Il
n’est pas neutre dans ce sens que les administrations soient avant tout des organisations
basées sur l’écriture. Celle-ci permet de mieux catégoriser que ne le
ferait le langage oral.
Cette capacité de catégorisation du langage écrit est soutenue par un
système graphique codifié – les listes à points
– qui le rend facile à comprendre et à utiliser par le plus
grand nombre. Cependant, la liste à points est utilisée dans des textes
particuliers, moins littéraires. Ainsi par exemple dans cet ouvrage, elle a
été utilisée dans les encadrés pour aider à structurer les
différents domaines, alors que le corps du texte est resté plus traditionnel pour
en faciliter une lecture plus linéaire (4). Les outils de mind mapping (5)
représentent une autre forme de hiérarchisation des idées.
Mais la hiérarchisation elle-même comporte d’autres limites. Dans un tel
système, deux personnes ou deux concepts qui sont reliés à un
troisième ne sont jamais reliés directement entre eux. Le tableau permet une autre
vision des choses que l’on peut qualifier de matricielle. La pensée scientifique
expérimentale utilise beaucoup ce type de représentation.
Pour permettre de relier n’importe quel concept avec n’importe quel autre, tout en en
donnant une vision d’ensemble, il faut alors les représenter sous la forme
d’un schéma ou d’une carte. Cette dernière, bien qu’elle offre
moins de possibilités que le schéma libre, est plus intuitive et mieux
codifiée (6). Ainsi, l’agence japonaise Information Architects réalise-t-elle
des analyses des différents acteurs du numérique en utilisant comme support des
cartes du métro. Les schémas sont diversement utilisés suivant les
professions. Dans certains cas, ils sont très codifiés et sont devenus de
véritables écritures comme, par exemple, la représentation des
réseaux de signalisation en biologie. Suivant le proverbe chinois « Une image vaut
mille mots », les schémas permettent de représenter des interactions
complexes multidimensionnelles d’une façon facilement appréhendable par
l’esprit humain. Ils servent de support à un autre mode de pensée que
l’anthropologue Jack Goody a appelé la raison graphique.
Pensée-2 et conflits d’intérêts
Nous l’avons vu au début de ce chapitre, il est très difficile de sortir du
conflit d’intérêts d’une autre façon que par le rapport de force
en conservant un mode de pensée linéaire. Faire converger les intérêts
dans un sens bénéfique aux différents protagonistes nécessite une
vision cartographiée, donc allocentrée, des intérêts de chacun et des
possibilités de modification. La nécessité d’un changement de mode de
pensée pour résoudre les conflits a été analysée, dès
1985, par le psychologue et cogniticien maltais Edward de Bono. Il a formé pour cela le
terme de pensée-2 pour la distinguer de la pensée exploratoire –
le raisonnement linéaire qui crée un cheminement pour arriver à un
résultat de type vrai ou faux. Le nombre deux peut représenter non seulement un
deuxième mode de pensée, utilisant une partie différente de notre
mémoire de travail que notre pensée habituelle basée sur le langage, mais
aussi le fait d’utiliser une cartographie à deux dimensions, ou encore la
nécessité de procéder en deux étapes : d’abord dresser une
carte, et après seulement l’utiliser.
Plutôt que de débattre pour savoir lequel de deux protagonistes a raison, la
cartographie des idées permet au contraire d’explorer les différentes
positions, de chercher comment les articuler et même de s’en servir pour
développer de nouveaux concepts (un saut qualitatif dans la dialectique de Hegel).
Ainsi, la cartographie permet de sortir du conflit « bipolaire ». Il ne reste plus
alors qu’une crise « multipolaire » qui peut, au contraire, être
salutaire en favorisant un changement d’approche.
La cartographie mentale
Si la pensée-1 peut être supportée à la fois par le langage oral et
écrit, sommes-nous condamnés pour ce qui est de la pensée-2 à
dépendre d’un outil extérieur, que ce soit une simple feuille et un crayon ou
bien un ordinateur ? Pour répondre à cette question, nous devons regarder les
choses de façon plus approfondie.
Notre aptitude à former un discours est limitée par la capacité de la boucle
phonologique de notre mémoire de travail, qui peut conserver à l’esprit trois
concepts qui s’enchaînent suivant une suite logique. Nous avons pu dépasser
cette limitation en conservant dans notre mémoire à long terme des mots
associés aux différents concepts. Ainsi, notre mémoire de travail n’a
qu’à ordonner à chaque étape les différents concepts
puisés dans notre mémoire à long terme et indexés par des mots (7).
Dans le cas de la pensée-2, nous avons vu que nous étions limités par la
taille de l’empan mnésique du calepin visuo-spatial, qui gère les
données en parallèle plutôt qu’en série dans notre
mémoire de travail à court terme. Pour dépasser cela, nous pourrions
utiliser une carte déjà conservée dans notre mémoire à long
terme (par exemple, un plan de ville) pour y stocker les différents concepts cette fois
indexés par le lieu où nous les avons placés sur notre carte.
C’est exactement ainsi que fonctionne l’art de la mémoire dont Cicéron
attribue l’origine aux Grecs. Lors d’un banquet, raconte-t-il, le poète
Simonide de Céos fut invité comme il était de tradition pour faire
l’éloge du maître des lieux. Mais il y inclut un passage à la gloire de
Castor et Pollux. Scopas, le maître de céans, dit alors à Simonide
qu’il ne lui paierait que la moitié de son dû et qu’il n’avait
qu’à demander le solde aux dieux jumeaux. Un peu plus tard au cours du repas, une
personne appelle Simonide pour lui dire que deux jeunes gens l’attendent dehors. À
peine sorti de la maison, il voit le toit s’effondrer sur l’ensemble des convives.
Les corps sont écrasés à tel point qu’ils sont méconnaissables
pour leurs proches venus les identifier. Le poète est alors capable de reconnaître
la totalité des victimes en se rappelant les places qu’ils occupaient lors du
banquet fatal.
Progressivement, d’un simple système mnémotechnique, l’art de la
mémoire s’est transformé en un système qui ambitionnait de
catégoriser l’ensemble de la pensée humaine sur un plan spatial. Bien
au-delà du simple procédé mnémotechnique, ce système dessinait
un art de créer de la pensée. Mais l’utilisation même de
l’expression « art de la mémoire » a sans doute poussé à
oublier ces techniques au moment où l’imprimerie, puis l’ordinateur se
substituaient à nos capacités de mémoire. Pourtant ce type de
méthode, utilisé dès le Moyen Âge par les moines, permet de
penser avec un très grand nombre de concepts simplement en les associant à des
parties d’un lieu connu, conservé quant à lui dans notre mémoire
à long terme.
Une nouvelle pensée ?
De même que le langage symbolique nous a permis de dépasser nos limites
physiologiques grâce à l’utilisation du langage, l’art de la
mémoire – nous devrions plutôt dire l’art de penser
cartographié – nous donne la capacité de poser d’abord un
nombre illimité de concepts, pour ensuite seulement les combiner et nous en servir pour
créer de la pensée. Cette
vision cartographique nous donne la possibilité, contrairement à la pensée
linéaire du discours, d’appréhender pleinement la combinaison des
différentes positions dans un groupe. Elle permet en cela de sortir des oppositions pour
inventer de nouvelles convergences. Cet autre mode de pensée sera-t-il suffisant pour
permettre la résolution des conflits d’intérêts par un échange
entre les protagonistes eux-mêmes ? Peut-être pas, mais il semble tout au moins
nécessaire. Il sera intéressant de voir si les enfants de l’internet, du
pair-à-pair et du web 2.0 seront plus à même d’utiliser les conflits
d’intérêts pour inventer des solutions nouvelles qui ne soient pas au
détriment de l’un ou de l’autre.
Le mode de pensée cartographique pourrait également avoir d’autres
applications, y compris dans le développement technologique. C’est du moins ce que
suggère Michel Riguidel, directeur du département informatique et réseaux
à Telecom ParisTech. Il considère que l’informatique est aujourd’hui
limitée par son approche monodimensionnelle. La machine de Turing, qui en constitue le
socle, fonctionne de façon séquentielle. De même, les protocoles, qui
permettent la communication sur les réseaux, sont également bâtis sur une
suite d’étapes. Michel Riguidel en appelle donc à des langages de
programmation spatiaux (8).
Et si nous développions désormais notre pensée-2 comme nous l’avons
fait pour notre pensée-1 ? Et si nous développions un langage commun
cartographié et l’enseignions dans les écoles, comme c’est le cas pour
le langage linéaire ? Tout cela sans renier l’apport indispensable du discours. Cela
pourrait représenter une rupture cognitive majeure, offrant à l’homme non
plus un mais deux modes de pensée. Les conséquences sont difficiles à
appréhender, mais elles pourraient se développer dans le domaine des conflits
humains, dans la création et la transmission de nouvelles connaissances et probablement
dans de nombreux domaines de la société.
Jean-Michel Cornu
Extrait de ProspecTic, nouvelles technologies, nouvelles pensées, FYP Editions,
2008.
_____________
(1) Ce principe est nommé d’après l’évangéliste Matthieu
(12,13, traduction Louis Segond) : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans
l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce
qu’il a ». On le rencontre dans les réseaux « sans échelle
».
(2) En économie, une telle situation où une personne est imparfaitement
renseignée sur une autre conduit à ce qui est appelé une asymétrie
d’information. Elle peut mener à une antisélection (en anglais, adverse
selection) : une mesure aboutit à un résultat opposé à celui pour
lequel elle a été créée.
(3) Mais si les deux équipes se rejoignent pour tirer la pierre dans le même sens,
alors on est ramené à un simple « conflit d’intérêts
» entre la pierre et les deux équipes réunifiées.
(4) Cependant, des gras, des soulignés et des italiques ont été
utilisés pour permettre une recherche dans le texte global. Il est malgré tout
paradoxal de constater que ce chapitre présentant un mode de pensée
différent du discours linéaire est écrit de façon traditionnelle,
à défaut d’avoir une formalisation suffisamment acceptée des
schémas d’idées pour qu’ils puissent servir d’écriture de
façon autonome.
(5) Les cartes heuristiques, ou mind mapping, sont des diagrammes qui présentent les liens
entres différentes idées. Le plus souvent, il s’agit de représentation
arborescente.
(6) La carte qui permet de représenter des idées comme des territoires ne permet
pas toujours de relier des concepts distants ou d’indiquer des recouvrements entre deux
idées. Elle peut cependant être complétée d’indications
graphiques (par exemple des couleurs).
(7) Nous pourrions faire un parallèle avec les registres de l’unité centrale
d’un ordinateur qui stockent provisoirement pour les traiter les données de travail
puisées dans la mémoire centrale.
(8) Les programmations graphiques de type Logo, l’informatique quantique ou encore
l’adaptation morphologique de certains insectes aux conditions de leur environnement vont
dans ce sens. Mais elles ne sont pas encore adaptées au traitement de tous les
problèmes comme l’est la(...)