
Derrière le nom Neïmo se cache un quatuor parisien qui a fait de la
scène son terrain de jeu favori pour défendre son rock à la fois
mélodique et abrasif.
Déjà le tubesque Hot Girl, extrait de
leur premier album From Scratch sorti en 2005, avait marqué les
esprits. Fort d'une expérience internationale, Bruno (chanteur), Camille (guitare),
Matthieu (claviers, basse) et Alexis (batteur) sont de retour avec « Moderne Incidental
», un album truffé de pépites musicales à la croisée des
Strokes et des Clash. Rencontre avec certainement l'un des groupes les plus anglo-saxons de
l'hexagone.
Pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas, Neïmo c'est qui ?
Quand ? Comment ?
Camille : On a appris à faire de la musique ensemble. Au fil
du temps on a commencé à rencontrer des gens, ce qui nous a conduit à signer
sur une major. Le résultat ne s'est pas bien passé parce que le label était
en pleine restructuration. On l'a donc quitté le label.
Matthieu : On avait passé 1 ou 2 ans à parler de
musique sans en jouer. On nous avait proposés de faire des remixes, mais on n'était
pas tenté. En trois mois on a composé un nouvel album et le mois d'après on
a commencé des concerts. En même temps on avait fondé une petite structure.
Ce qui nous a permis de faire valoir notre musique et de la vendre. A cette époque on
était trois. Mathieu jouait de la basse et du synthé
comme aujourd'hui, mais on avait une boîte à rythme et c'est lui qui la
gérait aussi. Moi je jouais de la guitare et Bruno chantait.
Au fil des concerts il y a un tourneur qui nous a repérés. On a donc fait une
tournée en France, en Belgique et en Suisse pour promouvoir l'album. C'était
vraiment une bonne opportunité pour nous parce que on n'avait plus de maison de disques
mais on avait quelqu'un qui nous permettait de faire des concerts et donc de se faire
connaître. Les concerts ont commencé à prendre une ampleur
intéressante. On a engagé un vrai batteur, Alexis, le
membre secret du groupe ! (rires) Ce qui nous a permis d'aller encore plus
loin et de donner une autre dimension à Neïmo. La promo
du premier album était terminée. On a commencé à composer pour le
deuxième opus et on est partis à l'étranger pour tester nos morceaux.
Ça fait partie des choses qu'on aime beaucoup, jouer les morceaux en concert avant
de les enregistrer.
Donc la scène devient un véritable test ?
Matthieu : C'est comme une fringue. Une fois que tu l'as
achetée tu vas la porter devant les gens et tu vas voir comment tu l'assumes. Quand tu
joues ton morceau tu te demandes comment les gens vont réagir. Une fois sur scène
tu sens si le public est réceptif ou pas. Tu vois les gens même si tu as les
lumières dans la gueule ! Les micro-tournées qu'on a organisées par-ci
par-là nous ont permis de voir si les morceaux de notre deuxième album allaient
plaire ou pas. Une fois encore par le biais de diverses rencontres, on a pu signer sur un label
aux USA et être distribué aussi en France en signant sur le label le Village Vert.
Qu'est-ce que le soutien du Village Vert vous apporte ?
Camille : Ce qui est important c'est qu'on n'a
plus à porter la responsabilité d'une maison de disques. Il font leur boulot
très bien.
Matthieu : Le fait de voyager nous a donné beaucoup
d'idées de compositions. ça nous a mis dans une super dynamique. Par exemple le
titre Johnny 5 parle beaucoup de notre expérience à NY. C'est
de pouvoir se dire on va s'exporter.
Quelles sont vos influences ?
Matthieu : Dans un groupe, si jamais les gens écoutent tous
la même chose, aiment la même chose et sont arrivés à la musique avec
les mêmes artistes, ils ont tendance à cloner un peu. En ce qui nous concerne, on a
des influences qui sont très différentes. Du coup, quand on travaille ensemble,
ça donne Neïmo ! Avec Camille, on aime beaucoup de groupes de rock des 70s et 80s. Pour nous, ces
années là ont été déterminantes.
Bruno : C'est globalement New Order,
Bowie (de 1976 à 1982), le Velvet. Après, chacun écoute des choses différentes parmi
lesquelles Sacha Distel aussi en ce qui me concerne (rires). Par exemple en ce moment Camille est
très MGMT, moi je suis plus Vampire
Weekend. On n'essaie pas du tout de s'influencer mutuellement.
Camille : C'est un peu comme en archéologie : «
Il y a machin en telle année qui a écrit tel refrain de telle
façon, ce serait pas mal d'y penser... » Le mieux c'est d'avoir un souvenir
faussé d'un truc comme ça tu crois l'avoir copié alors qu'en fait tu viens
de créer quelque chose de nouveau.
Comment s'est passée votre rencontre avec la producteur Alan Moulder
(Samshing Pumpkins, Arctic Monkeys) qui a mixé plusieurs titres de l'album ?
Camille : Quand on a rencontré le label américain,
ils nous ont demandé de faire une liste avec les noms des producteurs avec lesquels on
aimerait bien travailler. L'album était déjà enregistré mais on
voulait quand même avoir le top sur certaines chansons.
Bruno : Dans les deux/trois premiers noms de la liste, il y avait
Alan Moulder. Pour le nouvel an, on était à New York.
On avait fait un super concert. On avait fini la soirée chez nos attachés de presse
new yorkais. On est arrivés dans une soirée qui comptait une trentaine de
personnes. On est arrivés à 8 d'un coup, t''imagines un peu ! Un ami DJ me
présente à un grand mec anglais. Plus tard, il y a un autre pote qui vient me voir
et me dit : « Ah tiens, il faudra que je te présente Alan
Moulder. Il est vraiment très cool, il faut que tu le rencontres. » Et
là je lui dis : « J'ai dit bonjour à un mec tout à
l'heure qui s'appelle Alan, c'était un anglais...Me dis pas que c'était lui ?
» Mon pote savait qu'il faisait partie des premiers sur notre liste et c'est pour cela
qu'il avait fait en sorte qu'il soit à la soirée. Donc, je suis allé voir
Camille et Matthieu et je leur ai dit
: « Bon, c'est peut-être le réveillon, mais on a du pain sur
la planche ! Alan Moulder est là, il ne faut pas qu'on le
lâche ! Je ne veux pas qu'il passe une minute sans un Neïmo à côté de lui ! » On s'est
retrouvé à parler de biologie, de la carrière de Bowie, de nos albums préférés pendant des heures. Au final,
Alan a accepté de travailler avec nous. On était
déjà très fier de ce qu'on avait enregistré mais il nous a
apporté ce qu'on n'était pas capable de fournir seuls à l'album.
Matthieu : De toutes les personnes avec lesquelles on a
été amenés à travailler, même si elles ont toutes
été très compétentes, c'est celui qui nous a sans doute le mieux
compris. C'était une chance parce qu'on n'avait pas 36 essais avec un producteur pareil.
Bruno : On a eu un échec avec un autre producteur
auparavant. On donnait un concert à New York et il est venu nous parler. Il nous a
proposés de passer à son studio. On est y allé, on a commencé
à discuter et ça a fini en session d'enregistrement jusqu'à 3 heures du
matin. Au final, il n'est pas du tout allé dans la direction qu'on voulait. Il a fait des
choix qui ne nous ont pas convenus. C'est assez prétentieux parce que le mec était
très bon mais on s'est offert le luxe de refuser parce que ça ne collait pas avec
ce qu'on voulait. Alors que ce qu'il a fait pour les Strokes est
absolument génial. A un moment, on s'est dit qu'on allait passés pour des enfants
gâtés à refuser le travail de ce producteur. Heureusement, Alan est arrivé !
Le titre de cet album a-t-il une signification particulière
?
Bruno : Ça vient de Diamond Lane, le titre le plus ovni de l'album. Je ne chante même pas dessus !
Les paroles finissent par Call it modern accidental love. Mais on ne
voulait pas qu'il y ait le mot love dans le titre de l'album. On a donc
garder modern incidental et pour que ça fasse encore plus classe, on
a mixé le français et l'anglais pour que ça devienne moderne incidental. Symboliquement, par rapport au disque ça faisait le pivot
et en plus de cela, toutes les chansons de l'album sont des comptines urbaines donc l'idée
d'incidence, de hasard moderne collait très bien avec cet aspect général.
Vous avez une large expérience à l'étranger...
Bruno : On n'est pas non plus super connus à
l'étranger. Faut juste avoir les couilles d'y aller, ta guitare sous le bras.
Matthieu : On avait besoin de cette énergie parce qu'on
avait un peu tourné en rond en France. Si on voulait voir du nouveau on était
obligé d'aller ailleurs pour que ça évolue. Ça me paraissait
impossible d'aller à NY et de jouer là-bas, mais une fois que tu y es et que tu as
pris ta guitare, tu joues, tu rencontre des amis, puis des amis d'amis et tout se fait
naturellement. Je pense que les Américains ou les Anglais, quand ils viennent jouer en
France, ont la même appréhension.
Bruno : Pour les petits groupes anglais ou américains, je
pense que c'est encore plus rare d'avoir des occasions de jouer en Europe. Quand ils y
parviennent, c'est vraiment la consécration ! Pour nous, c'est avant tout un choix et tu
sais que ça va être aussi beaucoup de galères. Dormir à cinq dans une
chambre d'hôtel, galérer avec ton matos,... On a été parmi les
premiers à faire ça, mais ça a ouvert la voie à d'autres groupes,
Brooklyn ou les Tatianas notamment.
On leur a donné des conseils en se basant sur notre expérience. On s'est tous
endurcis comme ça. C'est con à dire, mais c'est pas les Naast qui ont fait ça, ils ont dû jouer une ou deux fois à
Londres, c'est tout. En ce qui nous concerne, on a joué une centaine de fois à
l'étranger, entre l'Angleterre, les USA et l'Allemagne. C'est sans doute pour ça
aussi qu'on chante en anglais. Néanmoins, ça ne sert à rien non plus
d'essayer de faire des concerts n'importe où à n'importe quel prix. Il ne faut pas
avoir peur de bosser, d'avoir le courage d'affronter toutes les galères qu'il peut y avoir
autour. Il n'en reste pas moins qu'aux dires de tous les publics qu'on a pu cotoyer, à
chaque fois qu'on a joué à l'étranger on a été meilleurs que
les autres groupes de la soirée. Donc c'est encourageant !
Matthieu : Grâce à ces expériences, je pense
qu'aujourd'hui on est capables de jouer n'importe où et dans n'importe quelles conditions.
Ça nous permet de faire plus de show. Donc c'est une très bonne
école. Le fait de voyager nous a donné beaucoup d'idées de compositions.
ça nous a mis dans une super dynamique. Par exemple le titre Johnny
5 parle beaucoup de notre expérience à New York.
Bruno : La première fois qu'on a joué à
Londres c'était avec Stuck In The Sound et Nelson. On flippait ! On s'est dit mais comment on va être accueillis ? En
fait, la salle était remplie aux deux tiers. C'est juste une question de culot et de
courage.
Votre meilleur souvenir de scène ?
Matthieu : La
Flèche d'Or ! C'est sans conteste le premier endroit où on a pris du
plaisir sur scène. C'est aussi là qu'on a constitué un premier public. On a
commencé à faire en sorte que les gens viennent et reviennent, et à avoir
des retours sur Internet.
Camille : Je me souviens d'une soirée là-bas
où ils avaient changé la configuration de la salle et il y avait un rideau. On
s'est dit qu'on allait s'en servir pour notre entrée en scène. Le rideau s'est
ouvert alors qu'on avait entamé le premier morceau et c'était l'hystérie
totale ! On n'avait plus le contrôle !
En tant que groupe parisien, quel regard portez-vous sur la scène
rock parisienne actuelle ?
Camille : Il y a clairement des horizons différents qui se
dessinent selon les influences.
Matthieu : Mais le fait qu'il y ait une scène rock, c'est
l'essentiel ! Bruno : On a tous à peu près grandi ensemble.
Camille : Tu sais pas forcément si les groupes vont faire
ça pendant longtemps. Mais l'ensemble est assez cohérent.
Bruno : En réalité, la scène parisienne se
distingue par famille de bar. Il y a un an, il n'y avait que trois bars rock : Shebeen, PopIn et Truskel. Le Shebeen a toujours été le
bar le plus délaissé. On n'y emmène pas les Arctic
Monkeys comme au PopIn, ni Radiohead comme au Truskel. Par contre, le
Shebeen a eu toute la scène émergente. En ce sens, il
a vraiment servi de laboratoire pour développer tous les groupes qui se retrouvaient
à l'open bar le lundi soir. Mais parler de scène parisienne c'est même plus
valable : les Dodoz viennent de Toulouse, Hushpuppies sont de Perpignan. On verra qui tiendra le plus longtemps... Et
finalement, qu'est-ce qu'on en a à foutre ?!
D'où vient votre nom de scène Neïmo ?
Bruno : C'est une énorme blague ! C'est un prénom
finlandais à la base qu'on a trouvé sympa. L'idée d'avoir un nom scandinave,
ça nous plaisait. Même si avec le recul ça sonne plus japonais que
scandinave. Le problème c'est qu'on a rencontré un finlandais la semaine
dernière qui nous a dit qu'il ne connaissait personne qui porte ce prénom !
Matthieu : Ce qu'il y a d'intéressant dans Neïmo c'est la musique et pas le nom !
Myspace : http://www.myspace.com/neimo